DE S. M. L’EMPEREUR NAPOLÉON III
V Empereur a habité ce palais les 28, 29 mai 3 et 4 juin.
Sur celte galerie, se trouvait autrefois l’entrée de plusieurs chambres. On a abattu les anciens murs de séparation, et on est parvenu ainsi à faire deux vastes pièces carrées. L’une d’elles sert de salle à manger, avec office y attenant, et l’autre de salon officiel de réception. Les jours de grande fête, on ôte les portes de communication et on improvise de cette manière deux pièces spacieuses où peut se presser la foule des danseurs.
Dans le grand salon, on voit une immense glace de Venise, surmontée de trumeaux en bois doré, que le bey fit venir avec beaucoup de peine d’Italie. Puis on remarque un très-beau portrait en pied de l’Empereur, par Wintberhalter, donné par S. M. à l’hôtel de la division.
Par l’une des portes latérales du grand salon de réception nous pénétrons maintenant dans la salle dite des Trophées. Celle-ci a une physionomie toute particulière qui séduit au premier aspect. Trois colonnes de marbre minces et cannelées en spirale se dressent avec élégance,
servant de supports aux ais du plafond, auxquels sont suspendues des lanternes coloriées d’un fort joli modèle, ainsi que deux lustres avec girandoles en verroterie dans le goût italien, qui datent du temps du bey. Dans le milieu de la longueur de la pièce, on voit un koubou entouré de divans. A droite et à gauche de cette alcôve, existent deux portes dont les panneaux sont recouverts en entier par de grandes glaces enserrées dans une boiserie garnie d’enluminures. La porte de droite donne dans un petit cabinet ; — celle qui lui fait pendant ouvre dans un autre petit salon que nous visiterons tout-à-l’heure. Trois fenêtres prennent jour sur une galerie, une autre sur un jardin, et enfin au fond existe un balcon, sorte de belveder, d’où le visiteur peut contempler à loisir les jardins et l’ensemble du péristyle de la cour dite de l’État-Major.
Les murs latéraux de la salle des Trophées sont couverts de grandes rosaces aux couleurs éclatantes ; des faïences vernies garnissent le sol et lambrissent une partie de la muraille entre chaque fenêtre. Celles-ci sont garnies de volets à double ventail, revêtus de miroirs à l’intérieur et de ravissantes arabesques en cèdre du côté opposé. Ces arabesques sont d’un haut intérêt comme œuvre de sculture. On dirait des festons ou des découpures appliquées sur une surface unie ; ce sont autant de lianes s’enroulant avec symétrie et d’un goût de dessin parfait.
On voit encore dans cette chambre, qui était autrefois le logement de Fathma, fille du bey, un échantillon fort curieux de l’ancien mobilier : c’est une applique pour bougies, ayant la forme d’un coquetier, que l’on surmontait d’un œuf d’autruche. Cette applique est en bronze doré, avec trois branches auxquelles on plaçait les bougies.
A droite et à gauche du koubou, scellées dans les parties pleines du mur, on aperçoit deux plaques en marbre blanc dont la partie supérieure est ornée d’une sculpture dans le genre italien. Elles contiennent, par ordre chronologique, les noms des généraux qui se sont succédés, depuis 1837, dans le commandement de la province de Constanline. En voici la reproduction exacte :