LE PALAIS DE JUSTICE. Î^O
les avocats généraux demandèrent qu'un local leur fût assigné pour se réunir avec le procureur général, à qui ils devaient communiquer, « deux ou trois fois par semaine, le matin, » les affaires concernant le service du Roi. Une délibération du 15 juillet mit à leur disposition dans ce but la cliambre du sceau , mais à titre provisoire seulement, et jusqu'à ce qu'il en fût autrement ordonné.
Ce provisoire dura près d'un siècle. Les membres du parquet réclamèrent en vain une salle plus convenable et surtout plus indépendante. En 1565, le Parlement leur assigna « la chambre haute, où se tient le greffier; » et l'année suivante, sur une nouvelle requête, appuyée par un trésorier de France, la même décision intervint. Tout ce qu'ils purent obtenir fut une provision de bois et de « chandelles » pour les jours où ils s'assemblaient à la chancellerie; la cour ne consentit pas même à leur donner une buvette séparée : elle daigna seulement les autoriser à prendre du vin dans l'une des chambres , lorsqu'ils en auraient besoin.
En 1G21 pourtant, ils s'unirent aux officiers de la Table de marbre qui se trouvaient, comme on Ta déjà dit, à peu près aussi mal logés qu'eux, et adressèrent tant au Parlement qu'au Roi de telles plaintes , que la construction d'un édifice plus convenable fut résolue.
Cette fois le projet si longtemps ajourné se réalisa. Il est vrai d'ajouter que son exécution répondit assez mal à l'impatiente attente des gens du Roi. 11 est peu de nos magistrats modernes, surtout dans les grandes villes, qui se contenteraient de la pièce basse,obscure, étroite, dans laquelle on logea pêle-mêle un procureur général, deux avocats généraux et huit substituts. Située au rez-de-chaussée, près de la salle Saint-Louis, éclairée par deux petites fenêtres garnies d'épais barreaux de fer et qui s'ouvraient sur une cour peu étendue , elle n'avait pour tout ornement qu'une grande cheminée de pierre polie et pour tous meubles qu'un bureau et six chaises. Ce chétif mobilier fut un jour l'occasion d'un incident qu'on jugera
saQS doute puéril, mais trop caractéristique pour ne pas être rapporté.
Le 14 novembre 1646, le procureur général Lenet, moins connu par ses travaux judiciaires que par le rôle important qu'il joua dans les troubles de la Fronde comme conseiller du prince de Condé , entra dans la grand' chambre et se plaignit avec vivacité de ce qu'ayant voulu prendre au parquet un siège placé entre la cheminée et une fenêtre, il y avait trouvé assis l'avocat général de Xaintonge qui s'était borné à « hocher la teste, » lorsqu'il l'avait invité à le lui céder. C'était, dit-il, une irrévérence envers sa personne et un empiétement sur ses droits. Son prédécesseur, M. Hugues Picardet , n'avait jamais eu d'autre siège, et personne ne s'était avisé de le lui disputer. Lui-même en avait jusqu'alors joui sans trouble. Et d'une voix indignée , il requit la cour de le rétablir dans sa paisible possession.
C'était une pure question de préséance. Elle parut néanmoins si grave au Parlement qu'il manda de suite les deux avocats généraux. Le