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Le Palais de justice et la Sainte-Chapelle de Paris

On a longtemps cru que les constructions communément appelées thermes de Gluny, aujourd'hui en ruines, sur la rive gauche de la Seine, avaient abrité l'empereur Julien et les premiers rois mérovingiens qui établirent leur résidence à Paris. Aujourd'hui il apparaît plus vraisemblable que le palais des rois a toujours été situé dans l'île de Lutèce, où la défense pouvait être mieux organisée, où l'enceinte fortifiée pouvait donner aux habitants plus de sécurité ^

I. « Julien venu à Paris dans un but de défense militaire ne pouvait résider en dehors des murs de la Cité ; il déclare lui-même dans son Misopogon qu'il passe l'hiver dans sa chère Lutè^ce, ville des Parisiens située sur le fleuve qui l'environne de toutes parts, en sorte qu'on ne peut y aborder que de deux côtés, par deux ponts de bois... Il faut chercher son palais à l'inté-

Quoi qu'il en soit de ces opinions divergentes, on ne peut nier l'existence de vestiges importants de la civilisation gauloise et de l'occupation romaine dans toute la Cité, en particulier à l'endroit même où se dresse aujourd'hui le Palais de Justice de Paris. A plusieurs reprises, les fouilles nécessitées par les fondations de bâtiments nouveaux y ont mis à jour des débris et des monuments intéressants.

En 1784, un autel ou cippe de pierre, en forme de parallélogramme, fut découvert lors de la construction de la partie du Palais élevée derrière l'abside de la Sainte-Cliapelle, sur la rue de la Barillerie ^ ; il a été conservé et on a pu le voir longtemps dans le vestibule d'un escalier, à la Bibliothèque nationale (aujourd'hui au musée de Cluny)"^.

En 1845 et années suivantes, des antiquités romaines ont été mises à jour presque au même endroit, à 2 m. 96 de profondeur, dans un mur de l'ancienne enceinte du Palais^.

rieur de la Cité, le long des remparts de l'an 3oo, aux abords du Vieux Palais de Justice. » (G. Julhan, dans les Comptes rendus de l'Académie de Inscriptions, 1902, p. i4.)

1. Grivaut de la Vincelle, Recueil des monumeats antiques découverts dans l'ancienne Gaule (Paris, 1817, 2 vol. in-4 et atlas); — Jollois, Antiquités romaines et gallo-romaines de Paris (Paris, i843, in-4 ; extrait des Mémoires présentés par divers savants à l'Académie des Inscriptions et Belles-Lettres, a' série, I, pp. 56-6o) ; — Alb. Lenoir, Statistique monumentale de Paris, pL rx ; — E. Ûoffbxveb., Paris à travers les dges, 2^ édit. (Paris, i885, in-/i), I, pp. i3-i5.

2. On pense y reconnaître sur les difTérentes faces Mercure, sa mère, une divinité gauloise du nom de Belenus considérée comme protectrice de la navigation, et une représentation du culte de Mithra. Ce monument passe pour un des plus curieux autels gaulois que notre sol ait révélé.

3. Duc et DoMMET, Rapport adressé au Préfet de la Seine sur les antiquités romaines trouvées au Palais de Justice dans le courant des mois de juin et juillet I8U5 (Paris, i8/j6, in-8 avec plan); — Boutaric, Antiquités romaines trouvées en 18^5 au Palais de Justice (Paris, 18/16, in-8; extrait des Mémoires de la Société des antiquaires de France, XVIII, l846, pp. 33i-3/io).

Parmi les objets exhumés qui méritent une mention, il faut citer des tuiles de couverture et de recouvrement, des carreaux de brique, des fragments de tuyaux de chauffage, des fragments de terre rouge ornés ou striés, des morceaux de pierre couverts d'enduits décoratifs (avec restes de fresques dans les tons noirs, jaunes et rouges), des parties de corniche à modillons et de chapiteau, des pilastres ornementés, un génie ailé en bas-relief, quelques fragments d'inscriptions ^ et en même temps des médailles antiques en bronze contemporaines d'Auguste, de Trajan, d'Adrien, d'Antonin et du Bas- Empire. Lors des fouilles exécutées en i848 dans la cour de la Sainte-Chapelle, et sous les maisons qui la limitaient au sud, pour la construction du nouveau tribunal de police correctionnelle, on a retrouvé des restes de colonnes d'un édifice important : une de ces salles, située à l'angle sud-est, présentait encore sur l'appareil régulier de ses murailles deux parties peintes, hautes de i m. 26, larges de i mètre, et composées chacune d'un grand compartiment de couleur noire, encadré de bordures et de fdcts de teintes verte et blanche : on les a transportées au musée de Cluny et on a dressé un plan général des fouilles^. Une tour a été reconnue plus à l'est, et provient comme le reste d'une enceinte militaire évidemment romaine. Les musées de Cluny et Carnavalet ont hérité de débris de matériaux d'une semblable antiquité ^ : une base de colonne creusée de sillons profonds paraissant provenir d'un portique de palais, et l'on pense que ces sillons ont été creusés en

1. L'un d'eux, qui paraît bien être consacré à l'éloge funèbre d'une jeune fille, serait de la fin du i«^ siècle ; après avoir appartenu au musée de Cluny, il est aujourd'hui au musée Carnavalet (Catalogue igoS. p. tiS).

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