‹ Le Palais de justice et la Sainte-Chapelle de ParisChapitre 101 sur 123 · Archives nationales, H · texte numérisé non relu

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3. Il se basait, pour réduire dans de telles proportions, sur ce que les fers employés n'étaient pas tous de même qualité.

NOTICE DESCRIPTIVE. igg

fîque grille du Palais de Justice a coûté 2o4 626 francs K Tous les ornements et couronnements de la grille furent détruits pendant la période révolutionnaire ; les emblèmes qu'elle portait ne pouvaient être tolérés. Puis, le peu de soin que l'on prit ensuite, pour en préserver les panneaux, amena une corrodation des vantaux qui auraient fini par se désassembler tout à fait. Le gouvernement de la Restauration confia à l'architecte Peyre le soin de la rétablir dans son état primitif 2. Il a fallu démonter, ressouder toutes les parties basses et les montants, refaire même entièrement à neuf les panneaux du bas, ainsi que toutes les pièces de relevé qui composaient l'élégant couronnement. Ce travail a été exécuté avec beaucoup de soin et de précision. Enfin, en 1875, toute la grille a été redorée et réparée; et elle est telle aujourd'hui qu'on la vit sortir en 1785 de l'atelier de Bigonnet 3.

La façade de la salle des Pas-Perdus s'étend du côté droit de la grille. Le soubassement est percé de quatre baies en plein cmtre; en haut, un motif décoratif, placé entre les deux pignons, est composé d'un groupe de deux figures de femmes debout, accostant un grand écusson aux attributs de la Justice : œuvre de Toussaint. Cette façade est ajourée de deux demiroses inscrites dans les arcades en plein cintre qui accusent les deux nefs juxtaposées de la salle.

I. Pour plus de détails, voir H. Stein , La Grille du Palais de Justice de Pan. dans le Balletin de la Société de VHistoirede Paris, 1911, pp. 208-217 . n't; .:" ' ^W0''< à M. le Comte de Chabrol (Paris, 1828, in-A») •

et Bibliothèque nationale, Cabinet des Estampes, Va 236% f" 69. '

6. On en peut d'ailleurs juger en comparant la reproduction que nous donnons de 1 état actuel avec la gravure (signée: de Sainl-Morien direxit) Arclit^ '1 "r t ,?r Marchand, d'après le dessin de M. Antoine Architect du Roy n {Bibhctlu-que nationale, ibidem, f- 58).

Notice Archéologique

La disposition de la Sainte-Chapelle s'explique par l'usage auquel elle était destinée. Complément d'une demeure royale, elle devait être d'un facile accès à ses habitants. En construisant un édifice à deux étages ^ l'architecte avait trouvé le moyen de permettre au roi, à sa famille et à sa suite, de venir de plain-pied jusqu'à leur oratoire réservé (chapelle haute), tandis que la partie basse, correspondant au rez-de-chaussée du palais, demeurait à l'usage du personnel inférieur et des gens de service. Mais, tandis qu'aujourd'hui la communication se fait uniquement entre les deux étages par les escaliers fort étroits qui ont été ménagés dans les tourelles de la façade, il y avait autrefois un escalier extérieur, large et élevé de quarante-quatre marches, qui servait d'introduction à la chapelle haute : cet escalier, reconstruit à plusieurs reprises et la dernière fois en i8i i, a été définitivement supprimé en i85o.

I. Il existe d'autres exemples de chapelles à deux étages, par exemple au palais des comtes de Champagne à Provins et à l'archevêché de Reims (lia' siècle).

On admire beaucoup, on a admiré de tout temps les

élégantes et harmonieuses proportions de ce vaisseau, double en hauteur, qui sont les suivantes :

Longueur hors œuvre 36 m.

Longueur dans œuvre . . . . , 33 —

Largeur hors œuvre 17 —

Largeur dans œuvre 10" 70

Elévation extérieure (jusqu'à la pointe du pignon de la

façade) 42 5o

Hauteur de la voûte de la chapelle basse 6 60

Hauteur de la voûte de la chapelle haute 20 00

Hauteur de la flèche au-dessus du comble 33 25

De la base au sommet, l'édifice est construit en pierre dure de choix, dénommée liais cliquart; chaque assise est cramponnée par des agrafes de fer coulées en plomb, d'un système reconnu excellent ; dans la pose et dans la taille les ouvriers ont rivalisé d'intelligence et de précision ; la sculpture a été soignée dans ses plus petits détails, et la pureté de l'exécution ne le cède en rien à l'excellence des matériaux utilisés. En employant ici le mot de chef-d'œuvre, on ne saurait être taxé d'exagération.

Quel est son auteur? Depuis le chanoine Morand, qui, obéissant sans doute à une tradition transmise de bouche en bouche et de siècle en siècle, a prononcé le nom de Pierre de Montereau, il est universellement admis et répété que c'est à cet architecte que Louis IX confia l'exécution de ce travail. En vérité, Pierre de Montereau était, au milieu du xiii® siècle, le maître d'œuvre le plus célèbre. Depuis que nous connaissons sa participation considérable à la reconstruction de la basilique de Saint-Denis, à l'époque même où il faut placer

VUE GÉNÉR/ûLE EXTÉRIEURE

NOTICE ARCHÉOLOGIQUE. igS

rédification de la Sainte-Chapelle, depuis que nous le savons appelé un peu plus tard, par la confiance du chapitre cathédral, à la direction des travaux de Notre-Dame de Paris, après la mort de Jean de Chelles, nous sommes obligés de reconnaître en lui des qualités exceptionnelles qui rendent la tradition et l'affirmation du chanoine Morand tout à fait vraisemblables ^ A qui, en effet, le roi pouvait-il s'adresser, sinon au plus réputé des architectes alors vivants, à celui dont tout Paris vantait l'habileté professionnelle et que ses contemporains avaient, sur son tombeau, à Saint-Germain-des-Prés, décoré du titre de u princeps lathomorum ))? Et cependant, un doute subsiste. Certaines particularités de construction, qui paraissent distinguer le talent de Pierre de Montereau et qui font son originalité, ne se retrouvent pas à la Sainte- Chapelle^ Si, comme il paraît àpeu près certain, il les a luimême adoptées dans la construction de la chapelle du château de Saint-Germain-en-Laye, comme à Saint-Denis, qui l'eût empêché de les introduire ici? Et quelle pourrait être la raison de cette abstention? D'autre part, son concours à Saint- Germain-en-Laye s'expliquerait assez difficilement s'il n'avait pas été choisi préalablement par le roi comme son maître d'oeuvre préféré, celui sur qui on pouvait se reposer en toute confiance. Et l'on ne connaît aucun maître d'œuvre de ce temps qui puisse lui être comparé. L'attribution à Pierre de Montereau, basée sur la tradition, est donc admissible, sans

1. ViOLLET-LE-Duc, Dicllonncdre d'architecture, If, p. agS, a noté que les chapelles latérales voisines des croisillons, à Notre-Dame, présentent des détails et des profils identiques à ceux de la Sainte-Chapelle. Mais ces chapelles doivent être un peu postérieures. "

2. Cf. Henri Stein, Pierre de Montereau architecte de l'église abbatiale de Saint-Denis, dans les Mémoires de la Société des antiquaires de France, LXI (1900"), p. 7g.

être absolument prouvée, et l'on voudrait retrouver le document qui mettrait fin à tant d'incertitude.

Extérieurement, la Sainte-Chapelle, normalement orientée, se présente précédée d'un porche à double étage, ouvert sur trois côtés, que surmonte une terrasse à balustrade de pierre, ajourée, qui a été ajoutée après coup, comme on peut le déduire de la présence d'un ornement assez grand, en forme de k minuscule gothique, qui y a été sculpté ; cette lettre, couronnée par des anges au milieu des fleurs de lys de la balustrade, est l'initiale du nom Karolas (Charles), qui rappelle les travaux entrepris en ce lieu par ordre de Charles VIII.

Du côté du porche, la Sainte-Chapelle se trouve de plainpied avec la cour ; du côté du chevet au contraire, elle est située assez fortement en contre-bas et protégée par une grille qui l'enclôt également du côté du midi. Mais cette grille n'a pu la garantir contre le danger de l'inondation récente, qui n'a pas fait autant de dégâts que celle de 1690, bien que F eau ait séjourné pendant plusieurs jours à la fin de janvier 1910 : une inscription, posée sur le côté droit du porche par les soins du service des Monuments historiques, rappelle cet événement extraordinaire et indique la hauteur à laquelle sont arrivées les plus fortes eaux, atteignant exactement le pied de la Vierge au trumeau de la porte d'entrée.

Nous possédons une ancienne représentation originale de la Sainte-Chapelle dans le manuscrit de Jacques Cellier S qui date de i583 environ et qui est reproduite en tête de ce chapitre, ainsi qu'une figure gravée d'une petite partie du chevet, au milieu du xvi® siècle^. D'autres vues, plus récentes,

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