LA GRILLE DE LA COUR DU MAI
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chambres de la Cour d'appel. Dans la salle du conseil de la première Chambre, l'ornementation se compose de portraits (sans valeur iconographique à l'exception du dernier) des premiers présidents depuis l'an VIII : d'Aguesseau, Treilhard, Gilbert de Voisins, Séguier, Troplong, Delangle, Devienne, Gilardin, Larombière et Périvier (celui-ci est signé L. Oblé); on remarque aussi un joli cartel en bronze ciselé et doré de l'époque Louis XV, œuvre de Ch. Cressent, qui représente (( l'Amour vainqueur du temps » . Dans le cabinet du premier président, sont à signaler deux bustes en marbre modernes dus au ciseau d'Octobre, et un portrait de Guillaume de Lamoignon, par Léon Olivié (d'après Philippe de Champaigne). Le cabinet du procureur général est décoré d'un charmant cartel en bois doré de Noël Balthazar, et une arrière-pièce renferme un petit cartel en forme de cœur, en bronze ciselé et doré, œuvre de Lepaute^
La salle des Pas Perdus des Chambres de la Cour, au deuxième étage, doit recevoir prochainement une statue de D. Puech, consacrée à immortaliser la u Cour d'appel ».
Complètement refaites après l'incendie de 187 1, les salles des cours d'assises ouvrent sur un escalier qui prend naissance dans une vaste galerie, ou vestibule de Harlay, long de 55 mètres sur 24 de large, où l'on accède par la grande façade de la place Dauphine^. Cette façade, élevée sur un perron monumental, est l'œuvre de Duc, qui s'est inspiré dans
1. Ces différents objets d'art sont reproduits dans la récente publication de F. DuMOSTHiER, Les bronzes du mobilier national (Paris, 191 1, in-folio).
2. On avait projeté là, par la suppression de toutes les maisons subsistantes, d'élever une série de portiques s'adaptant au style du Palais, et, au centre de la nouvelle place, une statue colossale de la Loi. Par raison d'économie sans doute, on a renoncé à cette idée primitive, et personne ne le regrettera.
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cet ouvrage de l'art antique et de l'art égyptien. Le vestibule, dont la perspective n'est pas exempte de beauté, a valu à son auteur des distinctions flatteuses (1869) et une haute réputation ^ : il est formé d'une série de travées séparées par des arcs doubleaux et couronnés de calottes sphériques ingénieusement combinées, les pilastres divisant les travées et les entre-colonnements étant parfaitement symétriques aux colonnes et aux entre-colonnements de l'extérieur ; le sommier des arcs des voûtes repose sur des consoles en encorbellement sur les chapiteaux des pilastres, et les arcs sont parallèlement reliés à l'axe de la galerie par le moyen d'autres arcs qui, à leur point d'intersection avec les premiers, reçoivent la retombée des voûtes cylindriques et des calottes sphériques placées dans les axes des travées.
Dans chacun des entre-colonnements, des baies ménagées dans la muraille ont reçu des statues allégoriques de la « Prudence » et de la « Vérité », par Dumont; du « Châtiment )) et de la « Protection » , par Jouffroy ; de la « Force » et de la (( Justice » , par Jaley. Ces sculptures ont été exécutées en i865. A droite et à gauche des hautes portes de bronze, d'autres niches étaient destinées à recevoir les statues de Gharlemagne, de Philippe Auguste, de Louis IX, de Napoléon, qui n'ont jamais été exécutées.
Par de riches vestibules, parés de colonnes monolithes, on atteint la porte d'honneur où commence l'escalier, décorée d'un fronton architectural où a été encastré un bas-relief représentant la (( Justice » (par Perraud) ; dans l'escalier même, en face du premier palier, se dresse la statue de la u Loi » (par Duret) ; tandis que les portes des Assises, aux belles parures
I. Le buste de l'architecte Louis Duc, signé H. Cliapu (1891), a été placédàui le vestibule de Harlay qui est le meilleur de son œuvre.
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de bronze sculptées par Chapu, sont surmontées de frontons qu'embellissent deux figures allégoriques, assises, de Gumery ^ .
La grande salle de la Cour d'assises est ornée de panneaux et d'un plafond de Lebmann et décorée richement; une autre voisine, de dimensions identiques, reste à créer.
Le plafond de la Chambre du Conseil a pour l'orner une peinture de J. Lefebvre : « la Justice conseillée par un ange ».
Très riche de décoration, d'une coloration à la fois sévère et magnifique, la première Chambre de la Cour a perdu le Christ (de Bonnat) qui la parait et qu'on lui a enlevé ^ ; le plafond à caissons rehaussés d'or est orné d'un motif central exécuté par Bonnat en 1901, ainsi que de figures en grisaille, par Guifard, d'après des dessins du même peintre, et les anges accostés de fleurs de lys qui surmontent les portes sont des sculptures sur bois, restaurées par Domet, qui proviennent de l'ancien Palais ; le fronton de la porte d'entrée est ornée de deux lions, dont l'exécution a été confiée à Hayon. Elle a été terminée vers 1892. Toute voisine, à droite, la salle des appels correctionnels avait été décorée de peintures de Lebmann^, qu'a détruites l'incendie de 1871; on a reconstruit cette salle en 1875, mais l'art n'y a pas retrouvé son compte.
Cour de Cassation *. — La façade du quai de l'Horloge, d'un style grec sévère, est composée d'un grand ordre corinthien surmonté d'un étage d'attique, d'un fronton circulaire et
i.Ont encore collaboré à cet ensemble les sculpteurs Lemaire, Oliva et Lequien; les peintres Jobbé-Duval, Lefebvre, Richomme et Ulmann; le décorateur Denuelle. ^
2, On projette de le remplacer par une tapisserie.
3. « La Justice protégeant l'Innocence et poursuivant le Grime » (1868). [\. Elle occupe une superficie de 4932 mètres carrés.
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d'une large frise ; le comble en retrait, en forme de coupole tronquée, la termine ; dans les entrc-colonnements on voit deux enfants debout soutenant le miroir de la Vérité (par Ghapu) et quatre cariatides isolées qu'a sculptées Lequesne ; à droite et à gauche, deux statues de Cugnot représentent « la Loi protégeant l'Innocence » et u la Loi châtiant le coupable ». Du quai un escalier monumental mais froid, de style grec, orné de panneaux de marbre vert d'Italie, et au plafond d'un motif de Cugnot, conduit aux chambres du conseil de la Cour de Cassation et au parquet du procureur général ; au-dessus d'une porte de palier, deux enfants ont été sculptés par Chapu. Par d'autres communications à l'intérieur du Palais ^ , on accède à la bibliothèque delà Cour, au cabinet du premier président, aux cabinets des présidents de chambre, du procureur général et des avocats généraux, aux cabinets des greffiers, aux salles d'audience, aux vestiaires des magistrats et des avocats. Une grande galerie, dite des bustes, parallèle à la galerie Mercière, dessert ces différents services; huit bustes en marbre de magistrats ou jurisconsultes célèbres, exécutés en 1877 ^, lui donnent quelque relief : ce sont Domat (par Eude), Pothier (par Alf. Lanson), Cambacérès (par Chambard), Portails (par Osbach), Bigot de Préameneu (par Th. Hébert), Trei- Ihard (par Frison), Favart de Langlade (par Destréez), et Maleville (par Roger). De plus, dans des dessus de portes, en
1. Sur la galerie Mercière, la grande porte de communication est décorée d'un dessus de porte (le Flambeau de la Vérité accosté par deux femmes) de Jouffroy.
2 . Destinés à remplacer ceux que le procureur général Dupln avait choisis en iSSk pour être exécutés comme lui paraissant « former le type principal de toutes les gloires dans la législation, la magistrature et le barreau : L'Hôpital, Daguesseau, La Vacquerie, Mole, Henrion de Pansey, Talon, Séguier, Cujas, Dumoulin, Patru et Gerbier.
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forme de niches, on voit quatre bustes, également en marbre, de Solon (par Marcilly), de Lycurgue (par Daniel Dupin), de Démosthène (par Lequien), et d'Ulpien (par Amy).
La Chambre criminelle, œuvre de Duc, possède de riches sculptures en bois de chêne, et un plafond à caissons orné d'attributs qui sont rehaussés d'or. Au-dessus du fauteuil du premier président, on distinguait jadis un u Christ » du peintre Sublet. La Chambre du Conseil est ornée d'un buste en marbre de Faustin Hélie(par Allouard) et de deux portraits: l'avocat de Sèze, et le procureur général Baudouin (aujourd'hui premier président). Si la galerie qui conduit à la Chambre du Conseil de la Grand'Chambre a été incendiée et refaite en 1894, la Chambre des requêtes fut par contre épargnée : elle a conservé sa belle décoration murale en soierie de Lyon, qui date de l'Empire, et s'est de plus enrichie d'un plafond peint par Êlie Delaunay. Dans la salle d'audience de la Chambre des requêtes, le plafond est décoré de trois allégories de la « Justice )), par B. Ulmann, et le « Christ en croix » est une copie d'après Philippe de Champagne. La Chambre du Conseil nous offre un buste en marbre du président Bonjean, par E. Sollier (1874), des portraits du jurisconsulte Henrion de Pansey et du procureur général Chaudru deRaynal, ainsi qu'un admirable cartel de Caffiéri, l'une des rares œuvres d'art anciennes que renferme le Palais ; sa décoration murale, assez originale, se compose de vues des villes jadis sièges de parlements provinciaux, et d'un panorama général du Palais d'après la miniature des Heures du duc de Berry * .
I. D'après le Moniteur du 7 novembre 1809, on plaça alors clans une des Chambres de la Cour de Cassation un grand tableau de Leraonnier, exposé l'année précédente, qui représentait « les ambassadeurs de Rome demandant à l'Aréopage d'Athènes communication des lois de Solon ». D'après le Moni-
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La tour Saint-Louis (ou Bonbec) est occupée, au premier étage, par le vestiaire des chambres civiles et criminelles, au second, par le salon des magistrats, au troisième, par la Chambre du Conseil des avocats. Là on a conservé, en souvenir de l'ancien Palais, une décoration de plafonds peints à solives apparentes; les cheminées sont inspirées de motifs anciens.
En retour sur la rue deHarlay se trouve la Chambre civile, dont le vestibule, au sol tout de marbre, est décoré d'une porte de bronze avec figures de Jouffroy, d'un buste de Justinien en bronze, et d'un médaillon dû au ciseau de Cliapu. C'est une œuvre sévère de lignes, sobre de décoration, qui est due à Louis Duc. Elle contraste singulièrement avec la Chambre civile elle-même, construite par Coquart avec un luxe inouï et une débauche d'ornementation et de sculpture sur bois, dans un style complètement différent* : le plafond central, de Baudry, est accompagné d'allégories peintes par Delaunay (la Vérité et la Justice mettant le Crime en fuite) ; le Christ de Bonnat, qui ornait la muraille, a été remplacé par une tapisserie des Gobelins (saint Louis).
Dans le cabinet du premier président, on voit les portraitsdt ses prédécesseurs, Maleville (par P. Nanteuil, 1877), Barbier (par Georges Ferry, 1886), Merville (par Marcel Baschet, 1894), Mazeau (par sa fille, Mme Choppard), celui du présisident de chambre Bernard (par Alice Lecomte), ainsi que le
tenr du i5 septembre ï834, on plaça dans la salle du conseil de la Chambre des requêtes, en face du portrait du chancelier Daguesseau, un beau portrait de Napoléon tenant le code, peint en 1810 par Robert Lefèvre. Ces œuvres d'art ont été détruites Ont également disparu les statues en plâtre de Trouchet et de Portalis (par Deseine ; orig. au Palais de Versailles) qui y avaient été installées en iSôg [Gazette des Tribunaux, 7 août 1869).
I . Des sommes considérables y ont été dépensées ; le tapis de la Savonnerie à lui seul a coûté 90000 francs. Elle a été inaugurée le 6 avril 1892.
buste en terre cuite de Delangle. Dans le cabinet du procureur général, on remarque les bustes modernes, en marbre, de Dupin aîné, de Merlin de Douai (par Guitton),de Thouret (par Destréez, 1879), ^* ^® f*^'^^ Fabre (par E. Marcellin, 1880), ainsi que les portraits des procureurs généraux Delangle, RenouardetManau (ce dernier par Hipp.Berteaux, 1898). Enfin, dans le cabinet des avocats généraux, on peut signaler les portraits des procureurs généraux : Bertauld (par S. Leroy), Mourre (par J. Quantin, 1877), et Servin (par Just L'Hernault).
La galerie Saint-Louis, parallèle à la Chambre criminelle, en partie détruite pendant la Révolution, fut reconstruite par l'architecte Gisors en i833, en s' aidant de reproductions anciennes, dans le goût du xv® siècle*; elle fut démolie en 1868, rebâtie par Duc et inaugurée en novembre 1877. On est unanime à regretter l'ancienne, car celle-ci manque totalement de style, mais la décoration en est somptueuse. Partagée en huit travées, éclairée par un nombre égal de vitraux peints, elle est ornée de deux peintures murales exécutées en 1876 -1877 par Merson, qui se font pendant, et d'une statue en pierre polychromée de saint Louis assis, œuvre de E. Guillaume.
La Grille de la cour du Mai. — La grille que l'on décida de substituer à l'ancienne entrée de la cour du Mai ^,
I. II restait alors des anciennes constructions en bois une galerie du XY* siècle, qui servait de salle des Pas Perdus à la Cour de Cassation, et donnait accès à toutes les chambres, aux greffes et aux parquets, mais elle se trouvait dans un tel état de délabrement qu'on ne réussit pas à la sauver (^Moniteur du 3i octobre i833).
3. La jjorte qui existait avant la grille a été dessinée par Lallemand eu
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comme complément des grands travaux entrepris après l'incendie, fut imaginée par Desmaisons que l'on chargea aussi d'en surveiller l'exécution (1783- 1785). Un maître serrurier de la rue de Miromesnil, Bigonnet, se chargea de la fabrication et de la pose; la sculpture en fut confiée à Antoine Rascalon, le même qui en 1781 avait créé le modèle en relief du nouveau bâtiment du Palais *, et la peinture à Wattebled. Cette grille est composée de trois portes, celle du milieu représentant un motif d'ordre ionique, orné de deux pilastres isolés couronnés de chapiteaux angulaires à quatre faces : un riche entablement, orné d'oves et de modillons, d'une frise d'ornements antiques et de grandes fleurs de lys fleuronnées, est dominé par les armes royales accompagnées d'un globe de quatre pieds de diamètre, fleurdelisé et surmonté de la couronne royale et de palmes, du cordon de l'ordre de Saint-Michel et du cordon de l'ordre du Saint-Esprit, que soutiennent deux consoles antiques se mariant avec le socle et agrémentées de feuilles d'acanthe . Pour prix d'un travail aussi considérable, Bigonnet fournit un long mémoire, qui se chiffrait par une demande de 346798 fr., non compris 9 242 réclamés par le sculpteur. Le mémoire ^ fut soumis successivement à la revision de l'architecte Antoine qui le réduisit à 162 238 francs ^, puis à celle de Desmaisons, qui proposa 199010 francs. Pour les départager, on s'adressa à un troisième expert, Nicolas Ducret, dont l'estimation fut intermédiaire entre les deux précédentes : 179 179 francs, indépendamment des accessoires. Enfin de compte, la magni-
1783 (^Bibliothèque nationale, Cabinet des Estampes, collection Destailleur, V* 53''). On en trouvera ici une reproduction.