‹ Le Palais de justice et la Sainte-Chapelle de ParisChapitre 108 sur 123 · Ici la restitution ne paraît pas avoir été fidèle · texte numérisé non relu

Ici la restitution ne paraît pas avoir été fidèle

2. Tout entière moderne; les fragments originaux de l'ancienne ont été déposés au musée de Cluny.

qui ornent les combles et les pinacles de l'IIôtel-Dieu afin de les imiter ici '. Et l'année i853 a vu relever cette svelte et élégante flcclie, complément indispensable de l'édifice, où l'on a cherché à reproduire celle qui existait avant l'incendie de i63o : elle est en bois de cèdre, revêtue de plomberies exécutées au marteau, dans le style du xv^ siècle-. Trois étages octogones supportent l'aiguille. A l'étage inférieur, une base octogone, divisée en un système d'arcatures trilobées, porte les statues en pied des douze apôtres (2 m. 5o de haut), et parmi eux saint Thomas, qu'une équerre distingue en guise d'attribut, reproduit les traits de l'architecte Lassus ainsi que le constate une inscription ^. Sur les pilastres à larmiers des quatre principales divisions de ces arcatures rampent des chimères; les angles sont butés par de gracieux contreforts saillants, avec étrésillons dont les pieds droits ornés de fleurons sont taillés en aiguilles. Chaque étage est éclairé par un fenestrage ogival divisé par un meneau central. Les arcs fenestrés à trilobés de l'étage intermédiaire sont couronnés de pignons amortis par des pinacles ciselés. Sur les pieds droits formant l'ossature du clocher s'élèvent enfin, à Tétage supérieur, et aux extrémités des pignons, des anges qui portent les instruments de la

1. Il a fait cgalement mouler deux clélicieut chefs-d'œuvre de serrurerie, le guichet et le marteau qui se voient à la porte principale.

2. On trouvera des releA'és, des élévations, des plans et des détails de toutes les parties de la Sainte-Chapelle alors restaurées dans les tomes VI (i856)etVII (1867) de YEncydopédie d'architedure de P. V. Calliat et Ad. Lance. On trouvera une vue de la Sainte Chapelle avant le rétablissement de la flèche dans l'ouvrage de Sauvan et ScniiiT, ainsi que dans le Magasin Pittoresque, II (i8oi), p. 121.

3. Sur des mascarons placés à différents endroits des combles sont reproduits les traits de Geolfroy-Dechaume, sculpteur, de Bellu, m' charpentier, de Pyanet, ornemaniste, de Durand, m« plombier, et de quelques autres conducteurs de l'oeuvre.

NOTICE ARCHÉOLOGIQUE. 2o3

Passion. L'aiguille est tout émaillée d'un semis de fleurs de lys dorées, inscrites dans un chevron renversé; et, à la pointe de l'abside, un ange en plomb, d'une hauteur de 3 mètres, tient une croix processionnelle et domine tout l'édifice. Les personnes admises à voir de près la charpente de la flèche sont unanimes à déclarer que c'est un ouvrage de la plus grande valeur, où le charpentier a groupé les ressources multiples de son art par des combinaisons savantes qui constituent la coupe, l'assemblage et l'aff'ermissement des innombrables pièces dont elle est faite * ; on admire particulièrement le système de moises entaillées qui se croisent en tous sens avec des moises coudées pour éviter toutes les chances d'écartement. Le tout a été construit avec les plus belles essences de chênes empruntés aux forêts de Bourgogne ; et il convient d'associer à l'architecte Lassus les noms de ceux qui ont travaillé sous ses ordres dans cette belle entreprise.

L'harmonie parfaite de cette flèche ciselée comme une œuvre d'orfèvrerie, et qui chevauche sur le centre du faîtage delà toiture, tout en claire- voie, en pinacles et en clochetons, avec l'édifice qu'elle surmonte, n'a pas peu contribué à sa popularité.

Il y avait autrefois cinq cloches dans le clocher^, fondues sur les tons et notes de sol, fa, mi, ré, ut, et bénites en 1788; la première, Marie-Louise, avait été nommée par le roi et la

f. L'ancienne charpente, au dire de Morand (p. 28), passait déjà pour une des plus belles efc des plus hardies de Paris. Le clocher penchait légèrement, mais ce défaut provenait « de l'exécution du travail et non du dessin».

2. Elles ont remplacé quatre autres cloches fondues en i665 par Laurent Le Guay et nommées Louise-Anne (par Louis XIV et Anne d'Autriche) , Marie-Philippe (par Marie-Thérèse et Philippe, frère du roi), Henriette (par Nicolas Nicolaï et la duchesse Louise de La Mothe-Houdancourt, gouvernante des enfants de France). Cf. Archives nationales, LL G33.

2o4 LA SAI^iTE-CHAPELLE.

reine; la seconde, Louise-Élisabelh, par le dauphin et la dauphine; la troisième, Anne-Louise-IIenriette, par Henriette de France et le duc d'Orléans; la quatrième, Marie-Adélaïde- Louise-Philippe, par Adélaïde de France et Louis-Philippe d'Orléans, duc de Chartres; la dernière, Anne-Aymar, parle premier président Aymar de Nicolaï et la duchesse de Fleury. Tout cet ensemble a disparu à l'époque révolutionnaire.

Si l'extérieur de la haute Sainte-Chapelle est digne de notre admiration, réservons encore la meilleure part à l'intérieur, qui constitue un joyau charmant, un véritable chef-d'œuvre qui émeut l'âme en même temps qu'il enchante les yeux, et qui demeure un des très rares monuments religieux de notre pays que les générations postérieures n'ont pas défigurés, que les restaurations modernes ont su respecter.

On est frappé tout d'abord du développement anormal du fenestrage, qui occupe tout l'intervalle des contreforts, et s'élève jusqu'au sommet des murs. L'architecte — qu'il s'appelle ou non Pierre de Montereau — a su réduire au strict minimum les points d'appui, si fermes sur leurs bases et si bien ajustés qu'il ne s'est pas produit la moindre inflexion depuis bientôt sept cents ans. Le poids entier des voûtes porte ainsi sur les contreforts extérieurs, eux-mêmes d'une surprenante légèreté, et l'on a pu, sans craintes pour sa solidité, transformer en simples faisceaux de colonnes les parois latérales du monument.

La chapelle haute comporte une seule nef, voûtée comme la partie inférieure; un banc de pierre court tout à l'entour, destiné au public qui y était admis à suivre les offices. Quatre grandes baies ogivales s'ouvrent de chaque côté, et sept travées plus étroites rayonnent autour du chevet. Les retombées des voûtes à chaque trumeau sont soutenues par des faisceaux de

STATUES D'APOTRES PROVENANT DE LA CHAPELLE HAUTE (Musée de Cluny)

NOTICE ARGHÉqLOGIQUE. 3o5

colonnes très différenciées dans la nef et au rond-point ; les chapiteaux sont rehaussés de feuillages finement ciselés et couronnés par un tailloir à pans sur lequel viennent retomber en faisceaux les arcs doubleaux et les nervures croisées des voûtes. Le soubassement est décoré d'arcatures trilobées dont l'ornementation polychrome est empruntée à la flore commune dans quelques-unes de ses variétés (feuilles de chêne, de lierre, de houx, de violettes, etc.); le couronnement est orné d'anges thuriféraires, de médaillons quadrilobés, de sujets historiés représentant des saints et des saintes. Ce système d'incrustation de verre peint sur sa face interne et appliqué à la décoration murale est très spécial ; les fonds des écoinçons et des quatre lobes des arcatures sont incrustés de plaques de verre simulant l'émail, au revers desquelles sont peints et dorés des ornements et des scènes de martyre, et il y a dans cette mosaïque de verre comme un souvenir de l'Orient imaginé pour chercher à rivaliser avec la splendeur des mosaïques byzantines, tandis que les nervures des mêmes arcatures sont couvertes de gaufrures dorées et peintes. L'emploi des tons brillants qui caractérise ce genre de décoration paraît destiné à se marier avec les vitraux. Les traces de l'ancienne ornementation étaient suffisantes, lors de la restauration, pour entreprendre une restitution parfaitement sûre, quia été de tous points réussie ^ Steinheil en est l'auteur. Les quatrefeuilles ainsi disposés dans tout le pourtour de la chapelle, originairement de 44, sont au nombre de 42 : on y remarque entre autres saint Jean-Baptiste, saint Denis, saint Etienne, saint Laurent, saint Quentin, saint Sébastien, saint Hippolyte, sainte Marguerite.

I. Ces précieux restes ont été relevés avec le plus grand soin par les ar-

3oG LA SAINTE-CHAPELLE.

Dans l'encadrement de la porte d'entrée, du côté interne, des peintures ont été également exécutées par Steinheil : un Christ assis sur son trône et adoré par quatre anges béni(t le peuple. Autour de l'arc et sur le linteau d'autres anges sont en prière; de chaque côté, les prophètes Isaïeet Jérémie. A la gauche du Christ sont représentées les trois scènes de sacrifice de l'Ancien Testament : Abel offrant l'agneau, Abraham immolant son fils, Melchisédec portant le pain et le vin. A sa droite on voit les trois symboles du sacrifice de la croix : immolation de l'agneau pascal, le sang du Christ sur les maisons des Hébreux, élévation du serpent d'airain dans le désert.

Autrefois, chaque pile intérieure de la haute chapelle soutenait une statue d'apôtre ^ ; les douze, de grandeur naturelle, étaient représentés à chaque trumeau séparant les fenêtres sur une console feuillagée et sous un dais à tourelles. En pierre de liais d'un travail excellent et couvertes d'ornements peints et dorés, qui imitaient les plus riches brocards aux bordures rehaussées de pierreries, ces figures surent traverser intactes tous les siècles de l'ancien régime, et trouver grâce devant les critiques du xviii* siècle qui voulurent bien vanter « leur goût de dessin assez bon )) : la Révolution les déplaça et transporta dix d'entre elles '^ en l'an Y (août 1797) au musée des Monuments français, où Lenoir les utilisa pour la décoration d'une salle consacrée au xiv° siècle^. Mais le démembrement de ce musée amena leur dispersion. Les unes, au nombre de

chUectes Bœswilhvald et Duban ; leur travail est conservé dans les carton de la Commission des Monuments historiques.

i. Portant chacun une croix de consécration, en forme de monstrance, s'aiustant sur un disque muni de son pied.

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