‹ Le Palais de justice et la Sainte-Chapelle de ParisChapitre 113 sur 123 · Catalogue de J883, n° i88o à · texte numérisé non relu

Catalogue de J883, n° i88o à

2. Bibliothèque nationale, Cabinet des Estampes, Oa 11, f" 84-85.

226 ÉPAVES DU PALAIS ET DE LA SAiNTE-GHAPELLE

seigneur à genoux (Eudes, duc de Bourgogne) vient en présent oCFrir un dyptique représentant le Christ et la Vierge ; tout auprès, sur un piédestal de bois, est placée en évidence une petite nef en or d'un fin travail. On a pensé * que cette peinture avait été exécutée à l'occasion du sacre de Clément VI à Avignon en i3li2, et cette hypothèse assez vraisemblable donne une grande valeur iconographique à ce curieux monument d'art médiéval.

Il y avait également à la Sainte-Chapelle un portrait d'adolescent peint sur bois, qu'une inscription sur le panneau désignait comme étant la représentation figurée de Louis IX à l'âge de treize ans (1226), quoique le costume des personnages indiquât plutôt un contemporain de Charles VIII ou de Louis XII. L'œuvre n'est plus connue aujourd'hui que par d'anciennes gravures. Mais M. le comte P. Durrieu a retrouvé chez le comte Ch. de Montferrandun petit panneau qui semble bien correspondre à ce qu'était, d'après les copies et les descriptions, l'original conservé à la Sainte-Chapelle. Il faut d'ailleurs renoncer à y voir un portrait authentique du créateur de la Sainte- Chapelle, comme on l'a cru longtemps : selon le sagace érudit M. Durrieu^, ce ne peut guère être autre chose qu'un arrangement, modifié postérieurement, d'un portrait de Philippe le Beau, père de Charles-Quint.

Le tableau du Parlement. — Dès les premières années du xv" siècle, la Grand'Chambre du Parlement était ornée

1 . Ernest Petit, qui a donné une reproduction de ce tableau au tome VII de son Histoire des ducs de Bourgogne de la race capétienne (1901), p. 278, est le premier qui ait donné une explication satisfaisante du sujet; son opinion a été adoptée par Henri Boucuot, Les primitifs français (1904), p- gS.

2. Revue de l'Art ancien et moderne, XXIV (1908). pp. 32i-33i.

d'un panneau ^ accroché et mis en place par le maçon Perrin Corbeau, qui représentait le Christ en croix entre la Vierge et saint Jean : un fragment de compte permet de circonscrire d'une façon très précise la date de cette peinture, œuvre de l'enlumineur Jean Virelay ^.

Pour quelque raison ignorée, ce tableau fut remplacé par un autre plus de cinquante ans après. D'un document extrait des registres mêmes du Parlement, et consigné à la date du 2 juillet 1454^, il résulte en effet qu'une somme avait été affectée par la Cour à cet objet, et que le conseiller Jean Paillart, chargé du recouvrement et de la garde des fonds, étant décédé, on retire cette somme des mains de ses héritiers et exécuteurs testamentaires. Aucune trace d'ailleurs du nom du peintre, aucune mention du sujet de cette peinture.

Est-ce bien ce tableau que plusieurs historiens de Paris, Du

1. Il y en avait aussi dans d'autres salles; en i/jo3, l'enlumineur Hugues Foubert écrit, peint et enlumine un panneau pour le Parlement, et en i/io5, Golard de Laon repeint l'encadrement du « calendrier » du Parlement [Archives nationales, KK 336, f° 78 v" et loi v°) ; en i4i5, il est question d'un autre tableau pour la Chambre des enquêtes (N. de Baye, Journal, II, p. 211).

2. Archives nationales, KK 336, f° ici : « A Jehan Virelay, enlumineur demourant à Paris, pour autres deniers à lui paiez par ledit huissier, qui deubz lui estoient, c'est assavoir pour avoir livré un tableau de bois d'Illande, pour la façon d'icellui, pour une peau de parchemin colée dessus ledit tableau, en laquelle est escript l'évangile saint Jehan, un crucefix, Notre Dame et saint Jehan, et une vignete autour dudit tableau, lesquelles choses ont esté mises en la grant chambre de Parlement,... le xi® jour de décembre cccc et v. »

3. « La Court a ordonné et ordonne que sur les héritiers et exécuteurs du testament de feu maistre Jehan Paillart, jadiz conseiller en la court de Parlement, et commis par icelle à recevoir les deniers ordonnez pour la façon du tableau de la grant Chambre de Parlement, sera faicte exécution comme pour les deniers du Roy, pour la somme de i/i3 1. i s. 4 d. parisis restant de ce qu'il en avoit reçu. » [Archives nationales, X** i/|83, f" i5o) ; texte cité par H. Moulin, Le Christ du, Parlement (Paris, Charavay, i883), p. 10.

Breul entre autres en i6i2,ont signalé : « un riche tableau contenant le crucifix de nostre Seigneur »? Est-ce bien le même qui est demeuré à la même place durant trois siècles et demi? Il conviendrait alors de l'identifier avec le panneau qui, transporté au Louvre après la suppression du Parlement, fut restitué en 1811 à la Cour, sur les demandes instantes du premier président Séguier, et finalement retourna au musée du Louvre en igoS, après avoir figuré en bonne place, l'année précédente, à l'Exposition des Primitifs française A cette identification je prévois un grave obstacle : la date. Il faudrait le supposer peint en i454, au lieu de lui assigner une époque voisine de iliSo, et la distance à franchir est grande. Peut-être n'est-il pas impossible d'ailleurs d'adopter comme base l'année i454; car cette date s'applique à l'exécution du testament de Jean Paillart et non à l'exécution qui n'était pas commencée et qui a bien pu tarder de quelques années.

Quoi qu'il en soit, ce panneau du Louvre, qui mesure 2 m. 5odans sa plus grande hauteur sur 2 m. 62 de large, représente, comme son prédécesseur de i4o5, un Calvaire en forme de triptyque; mais le sujet a été amplifié. A gauche du motif central, où l'on voit les saintes femmes et saint Jean pleurant au pied de la croix, deux personnages sont debout : saint Jean-Baptiste, tenant un livre ouvert, tète nue, et saint Louis, en costume royal, sous les traits présumés de Charles VIP; à droite, deux autres personnages également debout : saint Denis en cvéque, portant sa tête coupée, et

1. Catalogue de l'Exposition (édit. définitive), n° 355 (avec reproduction).

2. Si cette hypothèse est admise, il faudrait penser que l'artiste, ayant à représenter un roi décédé depuis longtemps, n'a rien trouvé de mieux que de reproduire les traits du dernier monarque défunt; ce qui conduirait à supposer que le tableau a été peint avant la mort de Louis XL Car il ne peut être question de le croire contemporain de Charles VIL

LE BATON CANTORAL — BUSTE DE CONSTANTIN (Cabinet des Médailles)

Charlemagne en habits impériaux, coilTé d'un bonnet conique. En haut, Dieu le père; au fond, derrière le Calvaire, une vue de ville qui est peut-être, dans la pensée de l'artiste, Jérusalem; et au second plan, derrière le roi, une vue de Paris, avec la tour de Nesle, et, de l'autre côté du fleuve, une partie du Louvre et du Petit Bourbon. Malgré quelques restaurations opérées en 1842, mais qui ne l'ont pas trop détériorée, cette peinture est d'une bonne tenue et d'une forte facture qui en font une œuvre de premier ordre dans le cadre de nos primitifs.

On a longuement discuté sur l'artiste auquel on pourrait attribuer cette page précieuse; on a successivement prononcé les noms de J. van Eyck, de Memling, de Jean de Bruges ; on a même pensé pouvoir déchiff'rer tout ou partie du nom de ce dernier peintre sur la broderie de l'habit de l'un des personnages. A. bon droit doit-on se méfier de ces lectures rarement admissibles. Aujourd'hui d'ailleurs on considère généralement cette œuvre comme d'origine française, et due au pinceau d'un artiste parisien : si tel mouvement ou telle pose peut paraître quelque peu s'inspirer d'un motif flamand, d'autres charmantes figures du triptyque, certains détails de costumes, la personnalité des bourreaux même, semblent assez éloignés de l'art brugeois ou gantois. Contentons-nous donc d'admirer l'ancien Calvaire de la Grand'Ghambre du Parlement sans chercher à pénétrer davantage son individualité, et en proposant comme date probable d'exécution les dernières années du règne de Louis XL

Le tableau de Prudhon. — Le préfet de la Seine Frochot commanda à Prudhon un tableau pour la salle d'audience de la Chambre criminelle; le sujet choisi était : « La justice et la vengeance divines poursuivant le crime». La

23o ÉPAVES DU PALAIS ET DE LA SAINTE-CHAPELLE

peinture fut exécutée ^ exposée au Salon de 1808, et transportée à l'endroit désigné. Mais elle n'y demeura pas longtemps. Dès août 1810, on la transféra au musée du Louvre-, pour l'exposer dans le salon des tableaux modernes, et de nouveau on l'exposa au Salon, en 181 4- Elle reprit ensuite sa place au Palais de Justice, lorsqu'aux premiers jours de la Restauration on la remplaça définitivement par une (( Crucifixion » . L'auteur demanda alors à en être dépositaire jusqu'à ce qu'une nouvelle place fût assignée à son œuvre; en novembre 181 5, le préfet de la Seine déclare que « ce chef-d'œuvre doit être mis dans un local affecté à un service départemental^ ». On la trouve ensuite dans la galerie du Luxembourg jusqu'en 182^, et trois ans après elle entre décidément, et pour n'en plus sortir, au musée du Louvre*, en échange de quatre tableaux de Christ en croix qui trouvèrent place dans diverses chambres du Palais, et dont les auteurs s'appelaient de Lassus, J. Ouvrié, Tardieu et Vinchon.

L'œuvre avait été d'abord conçue d'une autre manière, si l'on en juge par un dessin de Prudhon acquis par le musée du Louvre en i85i , et un autre dessin de la collection E. Marcille. Elle a été gravée plusieurs fois. La ((Justice» personnifiée par un glaive et des balances, et la (( Vengeance » armée d'une torche planent au-dessus d'un lieu solitaire et rocheux, où l'on voit étendu par terre le corps nu d'un jeune homme assassiné; au milieu de la nuit s'éloigne rapidement un autre homme, vêtu d'une tunique et d'un manteau, qui brandit un poignard, A gauche apparaît la signature : P. P. Prudhoîs, 1808.

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