‹ Le Palais de justice et la Sainte-Chapelle de ParisChapitre 114 sur 123 · Archives nationales, Pi · texte numérisé non relu

Archives nationales, Pi

h. N" /jBg de l'École française (catalogue Villot).

CONSERVÉES DANS LES COLLECTIONS PUBLIQUES. aSi

La Vierge de Germain Pilon. — Le « Guide « de Thiéry (1787) signale à l'intérieur de l'église de la Sainte- Chapelle, près de l'orgue, une figure de Germain Pilon, représentant une Notre-Dame de Pitié, et considérée comme un chef-d'œuvre. Cette statue en terre cuite y figura en effet jusqu'à la Révolution, et apparaît dans les vues intérieures du monument. On ne s'étonnera pas que ce célèbre sculpteur, qui habitait en l'île du Palais, au bout du jardin, et qui fut enterré en la basse Sainte-Chapelle le 5 février 1690, ait travaillé à l'embellissement du monument.

Après avoir été déposée sous le Consulat dans la chapelle de l'École militaire, à Saint-Cyr, la Vierge est entrée au Louvre en 1890. u Malgré l'afféterie des mains et des pieds auquels l'artiste a donné un allongement excessif, on peut tenir ce remarquable morceau pour une des créations les plus émouvantes de Pilon ' . ^) Le marbre est aussi visible à Paris, en l'église Saint-Paul-Saint-Louis.

Émaux. — On voyait autrefois à la Sainte-Chapelle deux tableaux votifs en émail limousin colorié, d'égales dimensions (i m. 07 de haut sur o m. 70 de large), véritables chefsd'œuvre du xvi* siècle qui trouvèrent d'abord asile au musée des Petits-Augustins, puis en 18 16 au musée du Louvre; quelques écaillures et détériorations ne sont pas dues à ces déménagements successifs, car elles ont été constatées dès 1767 par Gabriel de Saint-Aubin (dessin de l'ancienne collection Ph. de Chennevières).

Le premier de ces objets représente, dans l'ovale du milieu.

I. L. GoNSE, La sculpture française (Paris, iSgS, in-folio), p. reproduction de cette Vierge.

le Calvaire, et aux angles ornés de salamandres, dans des médaillons circulaires, Jésus mis au tombeau, Jésus portant sa croix, François P^ et Éléonore d'Autriche agenouillés, chacun de ces cadres étant séparé par de petits motifs de décoration (figures d'anges portant les instruments de la Passion, à gauche et à droite ; les armoiries de France, en haut, et la devise du roi François I^^ en lettres noires sur un ccusson émaillé de blanc, en bas, avec la date i553) ; dans l'entourage de l'ovale, des évangélistes et apôtres, séparés par les initiales du roi. Au bas de la plaque centrale, en lettres noires sur un cartel blanc, on lit sur six lignes : Léonard Limosin esmailleur

ET PEINCTRE ORDINAYRE DE LA ChANBRE DU ROY, M. F. l553;

le nom de l'artiste et la même date se trouvent inscrits à trois autres endroits.

Le second de ces objets, dont la disposition est identique, ne diffère du précédent que par les sujets ; la devise, les chiffres et les initiales sont de Henri II ; le motif central représente Jésus sortant du tombeau, et dans les angles ce sont Jésus et Madeleine, Jésus au jardin des oliviers, Henri 7/ et Catherine de Médicis également agenouillés (on note seulement quelques divergences dans les couleurs). En lettres d'or on lit la mention: Léonard Limosin peintre du roys, i552 ; et sur la dalle du sépulcre, en lettres noires: Léonard Limosin, M. F. i553.

Cet artiste s'est surpassé dans ce double travail de quarantesix plaques où il a utilisé des dessins du Primatice et employé des paillons et rehauts d'or, réunies par des filets d'or qui en dessinent les contours et les encadrent ^

I. Le musée du Louvre possède encore une Vierge d'ivoire que l'on voudrait pouvoir identifier avec celle qui existait autrefois à la Sainte-

Bâton cantoral de la Sainte-Chapelle. — (Buste de Constantin le Grand). — Cet ancien sceptre consulaire (o m. 3i de hauteur) se compose de plusieurs parties distinctes, mobiles et superposées : i° un buste d'empereur romain, en sardonyx, dont la tête était autrefois ceinte d'un diadème d'or ; il est vêtu d'une cuirasse qui couvre l'égide où la tête de Méduse a fait place à une grande croix entourée d'un cercle, et d'un paludamentum dont les plis se continuent par une draperie en vermeil adaptée ; — 2° de deux mains en argent, la droite tenant une couronne formée d'une double torsade également en argent, la gauche ayant tenu une grande croix en argent à double branche, qui a disparu ; — 3° d'un piédestal composé d'un socle en vermeil garni d'arceaux gothiques que supportent de grandes feuilles d'acanthe en forme de corbeille, et terminé en pointe d'un pommeau en vermeil où l'on distingue des traces de fleurs de lys, et d'une vis destinée à fixer l'objet sur une hampe qui manque aujourd'hui. Le dessin qu'en a donné le chanoine Morand dans son Histoire de la Sainte-Chapelle en 1790 permet de reconstituer ce monument dans l'état où il se trouvait avant l'époque révolutionnaire, qui l'a abîmé et mutilé. Il a pendant de longs siècles servi, muni d'une hampe d'ébène, au chantre de la Sainte-Chapelle, qui le portait dans les cérémonies officielles comme insigne de sa dignité. Il provient du lot des objets engagés à saint Louis par l'empereur de Constantinople, et servait également en Orient d'emblème distinctif d'une hiérarchie à la cour byzantine ; en dépit de cette origine illustre qu'on ignora ou qu'on voulut ignorer, on supprima au xive siècle sans doute l'antique tête de Méduse et on ajouta

Chapelle ; malheureusement une lacune grave de quarante ans dans l'histoire de cet objet d'art ne permet pas d'être plus affirmatif.

quelques attributs en rapport avec le rôle pieux auquel on le destina : le buste passa longtemps aux yeux du vulgaire pour représenter saint Louis '.

Reliques de la Sainte-Chapelle. — Nous avons mentionné plus haut^ les reliques encore existantes aujourd'hui.

Grand Camée (Glorification de Germanicus). — La scène gravée sur ce camée, le plus grand que l'antiquité nous ait légué (o m. oo sur o m. 26), est partagé .en trois registres. Au centre, Germanicus prend congé de Tibère et de Livie. kM milieu, trône Tibère, lauré, nu jusqu'à la ceinture, tenant le sceptre et le bâton augurai, les jambes couvertes de l'égide entourée de serpents . Au côté de l'empereur et sur le même siège, sa mère Livie, laurée comme lui, vêtue d'une ample robe et portant dans la main droite un bouquet de pavots et d'épis. Devant eux, se tient Germanicus, debout, couvert du paludamentum et de la cuirasse, le bouclier au bras gauche, les cnémides aux jambes, et portant la main droite à la crinière de son casque, dont le timbre est orné d'une tête d'aigle. Sa mère Antonia, debout à sa gauche, la tête ceinte d'une couronne de laurier, le regarde et pose symboliquement la main sur le casque du héros. La scène se passe en l'an 17 de notre ère, époque où Germanicus vient de s'illustrer contre Varus ; il prend congé de Tibère et sa mère Antonia l'aide à revêtir son armure ; à côté de lui, son fils Caligula a endossé la cuirasse, pris son bouclier, chaussé les caligae, et se dispose à

1. E. Babelon, Guide Uliislré an Cabinet des médailles cl antiques de la Bibliothèque nationale, Idem, pp. 186-191, avec une représentation (p. 188) dans l'état où il était en 1790, tl'aprc3 le chanoine Moranrl.

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