‹ Le Palais de justice et la Sainte-Chapelle de ParisChapitre 20 sur 123 · Dans le manuscrit français · texte numérisé non relu

Dans le manuscrit français

a6 LE PALAIS.

qui existait avant 1618, du moins pouvons-nous citer quelques-uns des vers que lui consacre le poète Marc-Claude do Buttet dans une pièce publiée par lui à l'occasion des préparatifs faits pour le festin des noces d'Emmanuel-Philibert de Savoie avec Marguerite de France^:

Sur piliers assemblez de hautein artifice

A longs arcs étendus se soutient l'édifice :

Le plancher est doré de ce long beau manoir,

Le bas est à carreaux de marbre blanc et noir,

Pavé comme un tablier, et en longue ordonnance

Sur les hauts piliers sont les sacrez Roy s de France.

Du haut bout de ce lieu, le beau jour apporté

Là dedans se rabbat d'une sombre clarté :

Les vitres peintes sont un ouvrage semblable.

Puis d'un pur marbre noir la belle longue table

Se voit tout le grand large en la salle tenir :

Et trois degrés on monte avant que d'i venir.

Un peu plus bas de front superbement se dressent

Quatre hauteins buffets, que grands richesses pressent

En si pesans thresors, qu'ils font les ais ploicr,

Et font le lieu ardant de bien loin flamboier.

Là, degrés sur degrés, en leurs luisantes places,

Sont les beaux vases d'or, les hanaps et les tasses,

Les larges plasts, flaccons, les egueres et nefs,

Et les barils d'argent nettement burinés :

Il semble tout partout que la grand'salle rie

Par les riches éclairs de tant d'orfaverie.

On voyait encore dans la Grand'Salle, outre trois cheminées monumentales dont deux au nord, un grand cerf en

1. Le premier livre des vers de Marc-Claude de Buttet, savoisien (Paris, i56i,in-8). .. ... . ....

bronze* qui disparut dans l'incendie de 16 18 ; on n'en a pas moins continué à désigner sous ce nom l'arcade où il était figuré-. Enfin une peau de serpent, non pas suspendue à la voûte comme on l'a souvent écrit, mais attachée à une des murailles,

Ciijus pellis adhuc muro est affixa palatii^,

passait pour être un trophée de Godefroy de Bouillon,

Illic sunt etiam monimenta insignia palmae Quam tulit ex victo Gothofredus fortior angue,

qui l'aurait rapporté de la première croisade. D'aucuns prétendaient au contraire qu'il provenait des fouilles faites dans les fondations du Palais même, et que de là était née une prophétie relative à l'expédition de Louis IX en Egypte. Ce serpent (ou crocodile) est mentionné déjà par un document de 1482.

Les jours de grandes solennités, on entrait dans la Grand' Salle * par la porte gothique dite de Philippe le Bel (servant d'entrée à la galerie des Merciers et précédée d'un perron mo-

1. Il n'avait pas toujours été en bronze, puisqu'on i3G4 (8 mars), Jean d'Orléans fut chargé dépeindre un cerf pour la Grand'Salle du Palais.

2. Mémoires de Mathieu Mole, IV, p. 827. — Cf. aussi II, p. Sig (à la date de i635) : « M. le Chancelier a fait savoir qu'il étoit à la Sainte-Chapelle et a-t-on député deux de Messieurs pour aller au devant jusques sous le cerf, et l'ont accompagné jusque en la Grand'Chambre. »

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