PRINCIPAUX ÉVÉNEMENTS HISTORIQUES
Il paraîtra superflu de raconter ici en détail les divers événements politiques ou les importantes cérémonies qui ont eu le Palais pour théâtre. Contentons-nous de signaler les épisodes les plus saillants.
La Grand'Salle, la plus vaste de Paris, était utilisée pour festins et cérémonies d'apparat; ainsi en i3i3, pour un grand banquet en l'honneur de la chevalerie du fils du roi. Si les funestes journées de la Jacquerie parisienne y eurent leur contre-coup, par le meurtre qui y fut accompli (février i358) des maréchaux de Champagne et de Clermont, en présence du roi de Navarre, le calme y revint sous le règne suivant. Les historiens racontent à l'envi la magnifique réception qui y fut faite, en janvier 1878, par le roi de France à l'empereur Charles IV : grand banquet de 800 couverts ^ et concert dans la Grand'Chambre du Parlement, ornée de boiseries sculptées, parée et brillamment illuminée ; l'empereur et sa suite occupèrent des logements dans le bâtiment du Palais affecté aux appartements royaux, tandis que le roi allait s'installer dans les nouvelles constructions de l'étage supérieur que son père avait fait élever '2.
1. Voir un essai de représentation de ce banquet dans le manuscrit des Grandes Chroniques [Bibliothèque nationale, ms. français 2818, f" 473 v»), reproduite par C. Couderc dans son Album de portraits d'après les collections des manuscrits de la Bibliothèque nationale, f"» xl.
2. « A la chambre qu'il lui avoit fait appareillier, c'est assavoir en la Chambre faicte de bois d'illande, qui est coste la chambre vert, et regarde d'une part sur les jardins du Palais et d'autre part à la saincte Chapelle, et
Cette fête donna lieu dans la Grand'Salle à une représentation tout à fait inusitée et digne de la machinerie moderne : « L'histoire et ordonnance fut comment Godefroy de Bouillon conquit la sainte cité de Jérusalem. Au bas bout de la salle qui estoit restée fermée de rideaux, tellement qu'on ne pouvoit rien voir par dehors, il y avait une nef bien façonnée dans la forme d'un vaisseau de mer, garnie de voiles et de mâts... ; de plus estoit joliment peinte et pavoisée... et garnie par dedans de gens très bien armés... et fut ladite nef poussée^en avant par gens qui estoient cachés dedans, et très légèrement et si bien tournée qu'il sembloit que ce fut une nef flottant sur l'eau... Et après ce sortit de derrière les rideaux un autre entremets fait à la façon et ressemblance de la cité de Jérusalem. Et y estoit le Temple bien imité et aussi une haute tour assise auprès du Temple... Là estoit un homme très exactement vestu en habit de Sarrazin, et qui en langue arabique crioit la loi en la manière que font les Sarrazins, et estoit la dite tour si haulte que celui qui estoit dessus joignoit bien près les lambris de ladite salle. Et le bas tout autour de ladite cité, où il y avoit forme de crénaux et de murs et de tours, estoit garni de Sarrazins armés à leur manière... Et lors se mirent les deux entremets l'un comme l'autre, et descendirent ceux de la nef, et par belle et bonne ordonnance vinrent donner l'assaut à la dite cité;... finalement montèrent dessus et conquèrent... »
Dès lors les cérémonies se multiplient. Le 11 novembre i38o, réception du jeune Charles VI au Palais : ce fut l'oc-
loutesles autres chambres de derrière laisslT pour l'Empereur ; et pour son fils le Roy des Romains laissa et fit ordonner les chambres de dessous où souloient se retraire les roynes de France ; et prist et se logea le Roy es haultes chambres à galathas que fit faire le roy Jehan son père. » [Grandes Chroniques de France, édit. P. Paris, VI, p. 376.)
casion de trois jours de fête consécutifs *, suivis d'une réunion des trois États. A la fin de juin i384, réception en grande pompe de Léon de Lusignau, roi d'Arménie; le dimanche 23 août 1889, fête solennelle du sacre d'ïsabeau de Bavière, avec festin le lendemain sur la table de marbre ;en iSgo, fêtes en l'honneur de la reine d'Angleterre, fille du roi; en juin 1899, grande réception de Manuel Paléologue, empereur de Constantinople ; douze mois après, fête à l'occasion du mariage du duc de Bourbon. Toutes ces cérémonies n'allaient pas d'ailleurs sans apporter de grands troubles dans l'organisation intérieure de l'édifice et des nombreux services qu'il abritait : chaque fois, le Parlement est invité à déguerpir, et se transporte soit aux Augustins, soit ailleurs; des valets sont occupés pendant plusieurs jours à opérer les déménagements indispensables ; des ouvriers enlèvent en grande hâte des parquets et des bancs, descellent des fenêtres, condamnent des portes, pour ensuite venir réparer les dégâts commis et rétablir les choses en l'état ^.
Un accident imprévu vint une autre fois troubler le Parlement et arrêter la marche régulière de ses services ; ce fut l'inondation de la Seine à la fin de janvier i4o8. Aucun président, procureur, avocat ou conseiller ne put venir au Palais le 3o de ce mois, à l'exception du premier président et d'un conseiller qui y habitaient ; deux ponts avaient été abattus par l'impétuosité des glaçons, et la débâcle du fleuve avait amené si grand péril « que c'était horreur », au témoignage du greffier Nicolas de Baye ^, qui a consigné dans son registre
1. « Fecitque festum in palaclo ubi tribus sequentibus diebus facta sunt hostiludia. » [Chronographia regum Francorum^ édit. Moranvillb, III, p, i.)