Archives nationales, LL 694, f
2. Registres du Bureau de la ville de Paris, Vil, pp. aSc-aSi.
NOTICE HISTORIQUE. ^o
ordonnèrent des recherches immédiates de police, qui n'aboutirent à aucun résultat. Le bruit courut partout que le vol n'était qu'une feinte, et que le roi, poussé par sa mère, avait engagé le précieux objet en Italie pour une grosse somme d'argent. Il fut enjoint à toutes les personnes qui pourraient avoir connaissance du vol de venir dénoncer le coupable au prévôt des marchands : on assurait l'impunité et une prime de 5oo écus au révélateur. Sans tarder, il fut ordonné aux capitaines et gardes des portes de fouiller avec une diligence extrême tous les gens suspects qui sortiraient de la ville; les capitaines de la rivière recevaient des ordres aussi sévères ; le chevalier du guet fut invité à placer trois archers devant la porte de la Sainte-Chapelle. Et, pour calmer l'émotion populaire, Henri III, après avoir prescrit une procession générale, fit exécuter aussitôt un reliquaire semblable à celui qui avait ainsi disparu, ce qui n'empêcha point le roi, l'année suivante, de faire enlever, ostensiblement cette fois, cinq rubis des reliquaires représentant une valeur de 780000 livres. En 1689, les chanoines paient au duc de Mayenne une somme de I 33o écus pour sauver leur trésor; en 1691 et 1692, de nouvelles aliénations furent autorisées par la Chambre des Comptes. La grande châsse nous est connue par des reproductions diverses : la plus ancienne figurait dans le missel détruit de J. Jouvenel des Ursins (xve siècle)*; en outre un exemplaire d'une image populaire, datant du xvii« siècle, a été conservée au Cabinet des Estampes de la Bibliothèque nationale; Morand l'a également publiée 2.
I Exécuté vers i/jaS pour le duc de Bedford et disparu dans l'incendie de 1 Hôtel de Ville de Paris en 1871 ; cf. Didot, Missel de J. J. des Ursins (Pans, 1861, m-B) ; Gazelle des Beaux-Arts, août 18C6 ; ^Recueil lithographie de Dusommerard, t. II (7* série), pi. xi.
2. Cf. encore le bréviaire à l'usage de Paris (xV siècle) qui appartient à
i5o LA SAINTE-CHAPELLE.
Un orfèvre était chargé des réparations et devait prêter serment ^ ; les chanoines-marguilliers étaient préposés à tour de rôle, chaque semaine, à la surveillance des joyaux et des ornements de la Sainte-Chapelle. A la mort d'un trésorier, les clefs étaient confiées à un greffier ou à des chanoines, jusqu'à la nomination du successeur; et à l'entrée en charge de chaque nouveau trésorier, on procédait à un nouvel inventaire : quelques-uns de ces documents nous ont été conservés^.
Par bonheur, les derniers siècles épargnèrent davantage ce qui restait des objets précieux, sinon la Révolution n'y eût plus rien trouvé lors des récolements officiels qui y furent ordonnés, comme ailleurs, en présence du dernier trésorier, de plusieurs chanoines et du sacristain. Les opérations^ furent confiées à Doyen pour les peintures, à Mouchy pour les sculptures; elles eurent lieu les 23 novembre 1790 et 24 février 1791. Les i4 avril et 3 mai suivants, malgré les protestations des chanoines, nombre d'objets de valeur furent portés
la bibliothèque de Ghâteauroui (ms. n" 2) ; outre une vue de la Sainte-Chapelle, on y voit la représentation de la châsse et la présentation des reliques au peuple dans l'intérieur du monument. Dans les Très grandes heures de Charles F perdues dans l'incendie de la Bibliothèque de l'Université de Turin, on voyait (p. /j^i) une miniature représentant Charles V à genoux devant les reliques ; voir la pi. ltii de l'Atlante paleografico artistico de Ca.rta, Ci- POLLA et Frati (Torino, 1899, in-folio).
1. En i/|55 Jean Cain remplace comme tel Philipot Garnier ; son logis et son atelier étaient sur la Pont-au-Change.
2. Le premier fut fait en 1379; les autres datent de i322, iS^i, 1869, i363, 1877, i48o, i534, 1573-76, 17/10 et 1783 ; l'ensemble de ces documents, dont quelques-uns étaient déjà connus, a été publié par M. A. Vidibr dans les tomes XXXIV et XXXV (1907-08) des Mémoires de la Société de l'histoirt de Paris.
3. Etat des objets d'art placés dans les monuments religieux et civils de Paris au début de la Piêvolution française, par Henri Stkiî», I (Paris, 1890, in-8), pp. iio-ii5.
NOTICE HISTORIQUE. i5i
à la Monnaie, tandis que des voitures de meubles partaient pour les Petits- Augustins ; et lorsque l'inventaire fut clos, le 1 6 juillet, il ne restait plus dans la Sainte-Chapelle que les objets scellés. Sur les autels, on avait signalé notamment la présence de magnifiques émaux, que Doyen décrivit avec soin ; dans la nef, douze apôtres en pierre u sculptés en gothique » et une Mère de douleur, en pierre, par Germain Pilon ; dans le chœur, quatre anges en bronze, sur des colonnes de marbre noir, par Jean Goujon; dans une chapelle, un calvaire sculpté en bois, par Pilon ; dans la sacristie, un fameux camée antique, qualifié par Mouchy de « sublime » et indiqué comme représentant le triomphe de Tibère, ainsi qu'une Vierge mère, «gothique », sculptée en ivoire ^ Dans la chapelle basse, on remarquait l'autel en marbre rouge, plusieurs cénotaphes en pierre et marbre, des inscriptions funéraires et plusieurs statues gothiques en pierre sur la porte extérieure.
Différents objets du trésor avaient été réclamés par le roi et remis par les représentants de la municipalité parisienne au commissaire désigné à cet effet, le lo mars 1791. Le procèsverbal qui fut dressé témoigne du désir de faire transporter les reliquaires à Saint-Denis, les pierres précieuses au Cabinet des Médailles, les manuscrits à la bibliothèque du roi, jusqu'à ce qu'il soit définitivement statué sur le sort de chacun. Ainsi fut fait. Quant aux sculptures et aux pierres tombales, elles prirent, en même temps qu'une châsse u de cuivre antique », le chemin du Musée des Petits-Augustins. Si une partie de ce qui avait été envoyé à Saint-Denis a disparu, il n'en fut pas de même du reste ^.
Aux premières reliques était venue s'en ajouter une autre
I. Voir plus loin (chap. v) ce qui subsiste de ces différents objets d'art. 3. D'après ViDiER, Mémoires Je la Société de l'histoire de Paris, XXXV (1908).
i52 LA SAINTE-CHAPELLE.
dès la fin du xiii* siècle. Le 7 juillet 1298, le pape Boniface YIII avait manifesté à l'abbé de Saint-Denis son désir que le corps du pieux roi, fondateur de la Sainte-Chapelle, y fût transporté, et le 25 août suivant fut célébrée la première fête religieuse en son honneur ; l'année suivante eut lieu la cérémonie de canonisation de ce regretté monarque, classé au nombre des saints de l'Église. Aussitôt, les chanoines, pour rendre hommage à saint Louis, décidèrent qu'un magnifique reliquaire, en forme de chef, serait placé à la Sainte- Chapelle, et l'orfèvre Guillaume Julien ^ fut chargé d'exécuter ce remarquable travail d'orfèvrerie (argent doré), malheureusement disparu aujourd'hui-. Boniface YIII et son successeur Clément VI accordèrent des indulgences particulières à qui assisterait à la translation solennelle du chef de saint Louis, qui fut déposé parmi les reliques de la Sainte-Chapelle, par ordre de Philippe IV, son petit-fils, le 7 mai i3o6.
Les méreaux de la Sainte-Chapelle portaient les instruments de la Passion et les trois clous de la couronne d'épines ; la collection Forgeais, aujourd'hui au musée de Cluny, en contient plusieurs exemplaires ^