Archives nationales, KK 336, f° Z
/i. Mémoires de la Société de l'histoire de Paris, XXXVI (1909), p. 3i8. 5. Idem, XXXVII (1910), p. 246.
i54 LA SAINTE-CHAPELLE.
Le Trésor des Chartes. — On sait que, dès le premier quart du xiii*^ siècle, on confia au concierge du Palais la garde des archives royales, auxquelles on avait attribué un emplacement spécial. Peu de temps après l'élévation de la Sainte- Chapelle, l'architecte de ce monument fut chargé de bâtir du côté nord, à une infime distance, un autre édifice moins élevé et reproduisant à peu près son apparence extérieure, mesurant 33 pieds sur 22, et comprenant deux travées et une abside pentagonale : c'est au deuxième étage de cette nouvelle construction ^ où l'on pénétrait seulement par la première^, que furent placées les archives de la couronne : elles y demeurèrent un peu plus de cinq siècles, et du séjour qu'elles y firent est venu le nom de Trésor des Chartes qui sert encore à désigner la partie la plus ancienne de ce dépôt. Différentes descriptions de la Sainte-Chapelle sont inexactes à ce point de vue, et c'est par l'étude que M. le comte H. -F. Delabordc a faite d'un dessin du xviu' siècle, signé T. de Froideau^, que cet érudit est parvenu à rétablir la véritable physionomie du petit édifice dont nous parlons.
Voûtée d'ogives, éclairée par une grande fenêtre sur la façade et d'autres fenêtres plus petites sur les côtés, communiquant avec les étages inférieurs par une petite tourelle d'escalier extérieure, la salle des archives était pourvue de boîtes et d'armoires qu'on distingua primitivement par des signes (fleur de lys, trèfle, main, etc.), puis par des lettres. Peu à peu le local devint exigu et très encombré, au point que,
1. Au rez-de-chaussée était la sacristie tle la chapelle basse, au premier étage celle de la chapelle haute ou revestiaire.
2 . On voit encore trace de cette communication dans une porte placée à la cinquième travée nord de la Sainte-Chapelle.
3. Bibliothèque nationale, Cabinet des Estampes, Ve 55 f, f" 126 (an^ ciennes collections Lenoir et Destailleur).
NOTICE HISTORIQUE. i55
dès le règne de Charles V, Gérard de Montaigu fut charge de le réorganiser entièrement : dès lors on appliqua à chaque armoire ou boîte un numéro d'ordre. D'autres modifications furent introduites sous Louis XI, sous Louis XII et sous François P'. L'entretien des locaux d'ailleurs était insuffisant, au point qu'en 1672 on signale leur état de dégradation, et un peu plus tard l'immense confusion des documents qu'on y avait entassés. A peine venait-on de confier à Dupuy et à Godefroy le soin d'apporter un remède indispensable à cet état de choses ^ à peine avaient-ils mis la dernière main à l'inventaire qu'on les avait chargés de dresser, que l'incendie de juillet i63o à la Sainte-Chapelle faillit tout anéantir : le toit du bâtiment de la sacristie fut atteint et plusieurs contreforts subirent les atteintes du feu. On en fut quitte pour la peur. A cette époque les archives royales se partageaient en trois subdivisions qui subsistent encore : les layettes, les sacs, les registres. Mais le dernier classement ne subsista pas longtemps intact : peu d'années plus tard, Nicolas Foucquet, devenu garde du Trésor des Chartes, trouvait les armoires rompues, les layettes mal fermées et en bois trop léger, les pièces les plus importantes gisant à terre : il fit aménager de nouvelles dispositions par l'architecte Girard (i65o). Des lettres patentes, octroyées en août i658, venaient même compléter les précédentes mesures de protection en ordonnant la construction d'un hôtel des chartes particulier sur une partie du jardin du premier président^; mais la disgrâce du surintendant survint,
1. Voir le chapitre ix de l'introduction mise par M. H. -F. Delaborde en tète de son inventaire des Layettes du Trésor des Chartes, t. V (Paris, 1909, in-4).
2. On avait en même temps indemnisé ou promis d'indemniser le chanoine Tardieu, dont on avait démoli la maison ^our cette nouvelle construction (Archives nationales, Zl^ 699, i* 106).
i5G LA SAINTE-CHAPELLE.
qui arrêta ce projet à peine ébauché. Et le désordre reparut de plus belle; l'humidité provenant de la toiture, qui nécessitait des bouleversements perpétuels, n'y contribuait pas peu.
C'est par un hasard providentiel que ce dépôt d'archives échappa à l'incendie de 1776. Et il fallut cet événement pour reprendre l'idée, abandonnée depuis cent vingt ans, de trouver pour ces documents précieux un meilleur abri. Ce fut en même temps l'arrêt de mort prononcé contre l'édifice qui contenait aussi les sacristies de la Sainte-Chapelle; les architectes Desmaisons et Moreau n'hésitèrent pas à le sacrifier pour élever au sud de la cour du Mai une aile parallèle à celle du côté nord. Les chanoines de la Sainte-Chapelle essayèrent de protester ^ mais en vain. Le 22 décembre 1781, les plans leur furent communiqués pour examen'^, et le i®^ février 1782, le Chapitre prit l'importante décision suivante :
(( Ce jour, MM. Bexon etPourteyron le jeune, commissaires nommés pour traiter avec MM. les commissaires du Conseil, sur la demande faitte d'une nouvelle construction en place du bâtiment actuel des sacristies de la Sainte-Chapelle, on t présenté à l'assemblée le cahier des articles qu'ils ont rédigé et qui leur ont semblé énoncer et établir tous les droits et les intérêts de la Sainte-Chapelle dans cette circonstance comme il suit :
a Quoique MM. de la Sainte-Chapelle ne puissent sans un véritable regret voir toucher à des murs vénérables par six cens ans d'antiquité et détruire un morceau dont la structure légère et hardie assortissait bien le bel édifice de la Sainte- Chapelle, néanmoins désirans montrer en toutes circonstances