‹ Le Palais de justice et la Sainte-Chapelle de ParisChapitre 92 sur 123 · Archives nationales, S 9/i · texte numérisé non relu

Archives nationales, S 9/i

2. Archives nationales, LL 617, f° 76 v° ; cf., dans L 620, un plan du local des archives de la Sainte-Chapelle, par Antoine et Desmaisons.

leur dévouement au bien public et, en particulier dans celle cy, leurs égards pour ce que demandent MM. du Domaine pour la régularité et la décoration symétrique de la nouvelle cour du May, ainsy que leur confiance dans le sage magistrat qui est à la tête de cette partie, MM. de la Sainte-Chapelle représentés par leurs commissaires consentent, sous le bon plaisir du Roy, que le corps de bâtiment joignant la Sainte- Chapelle et contenant les sacristies des chapelles haute et basse et dépendances, et les archives, soit démoli aux conditions portées dans les articles suivans, convenus et signés par MM. Rua, commissaire du Conseil en cette partie, et Desmaisons, écuyer, chevalier de Tordre du Roy, architecte des bâtimens du palais et du domaine, et les dits sieurs commissaires... )), etc.

Ces conditions étaient : de voir les sacristies, archives et dépendances occuper dans le nouveau bâtiment un emplacement aussi étendu, aussi commode, aussi sûr que précédemment, et voûté en dessus et en dessous ; de voir reconstruire avec une même distribution les logements dépendants de la Sainte-Chapelle que l'incendie avait détruits ; de n'autoriser la démolition de l'ancien édifice qu'après la construction totale du nouveau ; de n'avoir à souffrir d'aucuns frais, dommages ni réparations, même pour la réinstallation des portes, grillages, vitraux ; de voir prendre toutes précautions nécessaires pour éviter l'ébranlement des fondations de la Sainte- Chapelle et l'obscurité de ce monument'.

Dès 1783, le Trésor des Chartes fut transféré dans son nouveau local, comprenant deux salles superposées, voûtées en

I. Archives nationales, LL 617, f' 78. — Le document est publié intégralement par A. ViDiER dans les Mémoires de la Société de l'histoire de Paris, XXXVII (1910), p. 323.

i58 LA SAINTE-CHAPELLE.

pierre, situées au deuxième étage, au-dessus delà Chancellerie du Palais, et de la chapelle désignée sous le nom de chapelle des Girondins '. C'est là que le trouva la Révolution ; mais elle ne sut pas le respecter. La pièce supérieure fut attribuée au Tribunal du 17 août 1792, puis au greffe du Tribunal révolutionnaire; bientôt le Tribunal criminel de 1793 allait réclamer l'autre pièce à son usage. Nouveau déménagement, qui ramena le désordre et provoqua des réclamations, peu écoutées, du bureau du triage des titres. On affecta au Trésor des Chartes trois salles voisines dans les nouveaux bâtiments de la cour du Mai, destinés à la nouvelle sacristie de la Sainte-Chapelle -, et où furent déposés plus tard les papiers judiciaires (jusqu'à leur transfert en 1847 ^"^ Archives nationales) : le déménagement eut lieu à la fin de frimaire an YIII. On avait bien songé à une centralisation générale des archives à cet endroit, et l'architecte Giraud, en l'an V, avait même proposé la conversion de la Sainte- Chapelle « en dépôt pour les archives de la nation » avec ouverture sur la galerie Mercière, tandis que Camus parlait d'y concentrer les archives domaniales réunies au Louvre^. Ce fut le contraire qui arriva. Le Trésor des Chartes, en l'an XIII, alla rejoindre au Louvre, dans les locaux des Académies supprimées, cet autre dépôt d'archives, et tous deux réunis surent trouver enfin un asile définitif au Palais Soubise, en 1808.

1. Les plans de ces deux salles, conservés aux Archives nationales (J iiG5, n° 58), ont été reproduits dans l'article de M. H -F. Delaborde (fig. 5-G).

2. Voir le plan aux Archives nationales, N III (Seine), n" 726 'K

3. Une lettre (le Camus, du aS ventôse an VI, est relative à ce transfert {Bibliolhèque nationale, ms. français 31 127, f*' 11).

BiBLioGR. : J.-S. Morand, Usas, slatnta et constituliones s. capellee regalis palalii parisiensis (P., 1777, 2 vol. in-folio) ; — le même, Histoire de la Sainte- Chapelle (P., 1790, in-li avec pi.); — N. Troche, La Sainte- Chapelle de

Paris; notice historique, archéologique et descriptive (P., i853, ia-i6) ;

Decloux et DouRY, Histoire archéologiqae, descriptive et graphique de la Sainte- Chapelle (P., 1867, in-folio avec pi.); Paris dans sa splendeur (P., 1862, in-folio), art. de Lassus ; — F. de Guilhermt, La Sainte-Chapelle de Paris (P., 1867, in-folio de 77 pi.) ; — le même, Description de la Sainte-Chapelle, ge éd»" (P., i88/f, in-16 et fig.) ; — A. Vidier, Notes et documents sur le personnel, les biens et l'administration de la Sainte-Chapelle du XIII" au XV^ siècle, dans les Mémoires de la Société de l'histoire de Paris, XXVIII (1901), pp. 2i3-383; — A. Vidier, Le trésor de la Sainte-Chapelle, dans les Mémoires de la Société de l'histoire de Paris, XXXIV (1907), pp. 199-32/i, XXXV (1908), pp. 189-339, XXXVl (1909), pp. 245-395, et XXXVII (1910), pp. 18/1-369; et à part (P., 1911, in-8 de 617 p.); — H. -F. Delaborde, Les bâtiments successivement occupés par le Trésor des Chartes, dans les Mémoires de la Société de l'histoire de Paris, XXIX (1902), pp. 159-172 ; — Sauvan et ScHMiT, Histoire et description pittoresque da Palais de Justice, de la Conciergerie et de la Sainte- Chapelle (P., 1825, in-folio avec pi.); — Lassus, Rapport au ministre des travaux publics sur Visolement de la Sainte- Chapelle (P., 18A9, iïi-8) ; — M. Brenet, Les musiciens de la Sainte-Chapelle (P., 1910, in-/;). — M. A. Vidier prépare en outre, pour la Société de l'histoire de Paris, un album des objets d'art provenant de la Sainte-Chapelle, qui doit être publié prochainement.

Sceau de la Sainte-Chapelle.

Notice Descriptive

Il serait sans doute quelque peu imprudent d'accoler le mot (( archéologique )) au Palais de Justice de Paris, tant cette antique maison a subi de remaniements successifs qui l'ont totalement modifiée et transformée. Ces modifications et ces transformations, nous les avons suivies pas à pas, et nous avons au passage regretté plus d'une fois que les derniers siècles n'aient pas su être plus respectueux des âges antérieurs. La description du Palais actuel, qui va suivre, ne sera donc qu'une revue insipide de morceaux d'architecture de tout style adaptés plus ou moins intelligemment à tous les services judiciaires; un seul côté, au nord, a conservé dans quelques-unes de ses parties sa physionomie primitive du moyen âge, et les quatre tours anciennes qui subsistent, se profilant sévères sur la rive monotone, nous font songer encore à l'horreur des sombres cachots qu'elles abritaient, où tant de générations ont souffert, tandis qu'à l'intérieur de grandes salles voûtées sont actuellement^ Paris les plus anciens vestiges de l'architecture civile du moyen âge. C'est bien peu de

i62 LE PALAIS.

chose d'ailleurs en comparaison de ce qui a été détruit. Quant au mobilier, aux œuvres d'art qui ornaient le Palais d'antan, il a été perdu ou dispersé; nous avons essayé, dans un chapitre spécial, de dresser le bilan de ce que le hasard a préserve de la ruine, et l'on verra combien peu nombreuses sont les épaves de ces richesses ; à de très rares exceptions près, rien en ce genre n'est antérieur au xix^ siècle dans le Palais d'aujourd'hui.

La tradition qui a attribué longtemps à Louis IX une grande part dans la construction du Palais a été reconnue fausse, et ce qu'il y a de plus ancien au Palais de justice ne paraît pas antérieur à Philippe le Bel. C'est à ce prince qu'il convient d'attribuer la construction de cette façade nord, ancienne enceinte fortifiée dont les pieds baignaient le fleuve. Lors de la création du quai (1611), on a dû superposer la chaussée sur un revêtement encorbellé^ et le niveau a été considérablement changé, de telle sorte que les anciennes salles du rez-dechaussée ressemblent à présent plutôt à des caves ou à des magasins souterrains.

La tour de l'Horloge^, déforme carrée, participait primitivement au système de défense du Palais ; elle fut construite aussi sous le règne de Philippe IV, mais l'on ne saurait dire à quelle époque on commença à la dénommer ainsi. Ce qui est certain, c'est l'existence d'une horloge au Palais '\ fabriquée

1. Cf. L. TaocHE, La tour de l'Horloge au Palais de Justice, dans la Revue archéologique, VI (1849), PP- 4oi-4l6; et A. Vidier, Les gouverneurs de l'horloge du Palais, dans le Bulletin de la Société de l'histoire de Paris, 1911,

2. Le quai a été élargi en 1737, comme en témoigne une inscription conservée aujourd'hui au Musée Carnavalet (cf. F. de GuitnERMY, Inscriptions de r ancien diocèse d£ Paris, V, 217).

Page 1