‹ Le Palais de justice et la Sainte-Chapelle de ParisChapitre 97 sur 123 · Elle est reproduite ici · texte numérisé non relu

Elle est reproduite ici

3. Un dessin conservé au musée Carnavalet (du xviu« siècle) indique au contraire un bâtiment bas, vieux et absolument disgracieux.

sont décorées de cheminées reproduisant des modèles anciens, et la pièce sous comble, remontée d'un étage en 1870, a été construite sur les données de la charpente du xi\* siècle.

Au delà de cette tour *, à la place de l'ancienne Tournellc (Chambre criminelle), ce sont les bâtiments de la Cour de Cassation, dont le style corinthien et le dernier étage en attique jurent affreusement avec ce qui précède. On a fait quelque mérite à l'architecte Duc de l'escalier d'honneur qui conduit au premier étage ; il eût été préférable de conserver l'antique aspect de cette façade, ou tout au moins de la mettre mieux en harmonie avec les vestiges du Palais de Philippe le Bel.

L'entrée actuelle de la Conciergerie date de 1864 ^. Si l'on en franchit le seuil, comme le font les nombreux étrangers pour qui la visite de cette prison historique est un des attraits de la capitale, on pénètre dans une petite courette et l'on arrive devant un guichet grillagé ; la porte s'ouvre et, en descendant huit marches, on se trouve dans l'ancienne salle des Gardes, débarrassée de ses cloisons et du greffe qui y fut assez longtemps installé ; elle est partagée en quatre doubles travées ;

1. Des autres tours anciennes du Palais, il ne subsiste rien. La tour Montgomery, ancien donjon, au centre ; elle était la plus élevée, était nommée ainsi à cause du comte qui y fut enfermé, et fut très endommagée par l'incendie de 177O, puis rasée en 1778 ; — la tour de l'inquisition, voisine de la Conciergerie et célèbre par les massacres de septembre, a été démolie en i853; — enfin la tour dite de la reine Blancbe, qui se trouvait près de la Sainte-Chapelle sur un emplacement voisin du dépôt, a été détruite en 1871.

2. Autrefois l'entrée se trouvait dans la cour du Mai, à droite et au pied du grand escalier; elle a été murée en 1826, puis rouverte. Par le guichet qui donne depuis quelques années accès au restaurant du Palais ont passé tous les grands hommes de la Révolution et les victimes de la Terreur pour monter dans les charrettes qui les conduisaient à la guillotine. Ces souvenirs auraient dû préserver ces lieux des transformations absurdes qu'on fait subir à tous les monuments historiques. Une assez heureuse restitution en avait été tentée il y a quelques années par V. Sardou dans le décor de Thermidor.

de forts piliers trapus portent sur de larges bases, cantonnés de oolonnettes légères à chapiteaux sculptés (parmi lesquels on signale particulièrement à notre attention celui qui, racontet-on, aurait été consacré à Héloïse et à Abélard), et sur ces chapiteaux, les tailloirs ondulés reçoivent la retombée des arcs en tiers-point qui soutiennent les voûtes (restaurées); le profil des arcs est composé d'un étroit méplat, un doubleau intermédiaire traverse chaque travée, et de chaque côté, le long des murs, s'élèvent des piliers analogues, à demi engagés.

Deux escaliers étroits sont visibles dans cette salle; l'un conduit au cabinet du directeur de la prison (tour de César), l'autre au cabinet du président des assises (tour d'Argent). A droite, en contre-bas de quelques marches, une porte donne accès à l'escalier de Marie-Antoinette; au fond, une autre porte conduit à la salle des Gens d'armes, admirable galerie située au-dessous de la salle des Pas Perdus.

Insuffisamment éclairée par quatre baies en plein cintre de la façade qui donne sur le boulevard du Palais \ et pareille à une crypte, elle ne saurait être comparée qu'aux salles basses des châteaux de Boulogne-sur-Mer ou de Montreuil-Bellay, ou du Palais des Papes à Avignon. C'est un morceau d'architecture fort important, longtemps méconnu ^, dont la restauration, commencée en 1868^, a été terminée en 1880 par Daumet, à qui elle fait grand honneur''. La salle des Gens

1 . Car les neuf fenêtres aveugles qu'on voit à droite ont été murées il y a quelques années.

2. Il n'était pas mentionné dans l'Abécédaire d'archéologie d' A. de Caumont.

3. Une photographie de la tour d'Argent prise avant la restauration est reproduite dans le volume de G. Lenôtre, p, 190.

A. Cette partie du Palais devait être en i835 transformée en souricières {Archives nationales, F^'-^ 543) ; elle servit longtemps de remise aux voitures

d'armes, qui doit dater de l'époque de Philippe le Bel', se compose de quatre rangées d'arcades en tiers-point formant neuf travées dans le sens de la longueur et reposant sur des piliers trapus. Les piliers sont de différentes sortes : ceux des deux rangées latérales ont la forme de grosses colonnes ornées de chapiteaux à feuillages enlacés, ceux du milieu sont constitués par la réunion de quatre de ces colonnes, enfin les piliers engagés dans les murs latéraux sont une moitié de la pile qui se répète au centre. Des fleurons décorent les clefs de voûte. La photographie que nous donnons de cette vaste pièce laisse entrevoir l'élégant escalier à vis qui conduit à l'étage supérieur, et permettait de transporter les mets à la Grand'Salle lors des festins royaux.

Au nord de cette salle, et prenant jour sur le quai de l'Horloge par deux baies assez basses, se trouve ce qu'on est convenu d'appeler improprement les a Cuisines de saint Louis )) (car leur construction est bien postérieure aussi à ce règne). C'est une salle carrée, voûtée sur un quinconce de colonnes; aux pans coupés, quatre cheminées monumentales à hottes coniques sont surmontées de manteaux formant en projection horizontale un angle obtus, et dont la clef est contrebutée par une sorte d'étrésillon de pierre-.

C'est une travée détachée de la salle des Gens d'armes qui forme aujourd'hui la galerie, comprise entre deux grilles à l'extrémité du grand guichet, qu'on appelle a rue de Paris »

des prisonniers; en 1861 on l'avait aménagée pour loger des détenus à titre provisoire.

1 . Notre ami Enlart (Manuel d'archéologie) la date (( de la fin du xiv» siècle au plus tôt». C'est, à notre avis, beaucoup trop la rajeunir.

2 . On l'a utilisée pour en faire en quelque sorte un musée archéologique du Palais : vieilles pierres ou statues brisées, vieilles boiseries, plaques de cheminée et moulages y gisent côte à côte.

LU

et qui mène aux vieilles prisons et au cachot de Marie-Antoinette. On pénètre dans un obscur et triste couloir, autrefois resserré entre les chambres aux épais barreaux et aux solides verrous qu'ont connues Danton, Camille Desmoulins, Hoche, les Girondins, Marat, Gouthon, Saint-Just, Chaumette, Hébert et tant d'autres célébrités révolutionnaires. A gauche, ce sont les pièces occupées par l'ancien greffe et la sortie sur la cour du Mai, depuis longtemps murée. En face, par des fenêtres grillagées, on aperçoit le quartier des femmes et les cellules qui furent occupées par Mme Elisabeth, Charlotte Corday, Madame du Barry, et plus tard par des régicides et des prisonniers politiques.

A droite du couloir et au fond, c'est enfin le cachot de

la reine, où elle fut enfermée après l'affaire de l'œillet ; la pièce a malheureusement été défigurée par Peyre, sous la Restauration S et convertie en chapelle. On y rapporta des Tuileries un fauteuil 2; on construisit un autel dépourvu dégoût sur

I. Il fut question à la même époque (février 1816) d'élever dans l'enceinte de la Conciergerie un monument expiatoire en marbre en l'honneur de Marie-Antoinette, en se servant pour partie des débris du piédestal de celui du duc de Montebello [Archives nationales, F^i 675). L'exécution, confiée à Peyre, fut retardée et définitivement ajournée.

3. Le fauteuil a été transporté récemment dans la chapelle voisine ainsi

lequel furent placés deux flambeaux et le crucifix que Marie- Antoinette tenait lorsqu'elle monta sur réchafaud; la petite lampe suspendue à la voûte passe aussi pour avoir été à l'usage de la reine. Louis XVIII a composé une inscription latine qui rappelle sa mort, et qu'on a placée au-dessus de l'autel*. A l'époque de l'emprisonnement de la reine, la pièce située à gauche de la chambre était occupée par deux gendarmes, tandis qu'elle habitait le côté droit : son lit était placé du côté de la porte actuelle qui établit une communication avec la prison des Girondins.

Cette prison, où ils furent enfermés après leur condamnation, où nombre de prêtres et de royalistes restèrent internés pendant la Terreur, date de 1779; elle a été transformée en chapelle cellulaire en 1869, à la suite d'une visite de l'Impératrice; à hauteur d'orgue, des tribunes grillagées; tout autour, contre les parois, des souvenirs, entre autres deux torchères Louis XVI ; d'anciennes portes de la Conciergerie, la serrure du cachot de Robespierre ; un médaillon de M"^^ Elisabeth ; un groupe de têtes sculptées des prisonniers politiques incarcérés en juin 1849 '■> ^^^ tableaux^, et, dans des vitrines, un petit musée de curiosités, récemment organisé, où l'on a rassemblé des clefs anciennes de la Conciergerie, des registres d'écrous, qui évoquent les causes célèbres, les affaires politiques ou criminelles les plus retentissantes, des

que le crucifix, et mise sous verre pour empêcher les dégâts que commettaient certains visiteurs peu scrupuleux et désireux d'emporter une relique.

1. La petite pièce suivante, qui fut convertie en sacristie, a servi de cellule à Robespierre.

2. Ce sont la Communion de la reine, par Drolling ; le Transfert de Marie - Antoinette à la Conciergerie, par J.-A. Pajou; la Reine Marie-Antoinette dans r altitude de la douleur, par G. Simon; ces tableaux ont été commandés en 18 16 et peints en 1817, les deux derniers aux frais de la ville de Paris.

autographes et quelques documents ayant trait à l'histoire du lieu.

La petite porte, à gauche, par où passèrent les Girondins allant à l'échafaud, s'ouvre sur la cour où eurent lieu les massacres de septembre, et cette cour, depuis cent vingt ans, n'a pour ainsi dire pas changé. C'est toujours son vieil aspect de cloître, ses murs tristes, sa fontaine, sa table de pierre. A l'époque révolutionnaire, les hommes n'étaient séparés des femmes que par une grille, qui existe toujours, et l'on assure que de tendres liaisons s'y formèrent, à peine troublées par le passage des condamnés à mort. L'un des détenus, le Girondin Riouffe, a écrit des Mémoires où il raconte la vie qu'un prisonnier mène dans ce lieu sévère où tant d'autres ont passé : André Chénier, Mme Roland, Gadoudal, Mme Récamier, Mlle de Sombreuil, Labédoyère, Ney, La Valette, Louvel, Béranger, Fieschi, Gavaignac, Lamennais, Proudhon, Orsini, pour n'en citer que quelques-uns, et après eux les otages de la Gommune ! Dans les préaux, à certains moments, les détenus se promènent, deux à deux, silencieux et rêveurs, puis regagnent leurs cellules, avant la comparution devant les juges, et, en les voyant, on peut se représenter les jours néfastes où les victimes de la haine politique, de la délation ou de leur propre conduite attendirent en ce même lieu, dernière hôtellerie des condamnés, l'heure suprême d'aller à l'échafaud ou d'être fusillés.

En l'état actuel, le Palais comprend les services suivants :

Police correctionnelle et cabinets d'instruction (avec son

annexe, le dépôt des prévenus); — Tribunal de première

instance (avec les annexes, greffe, chambre des avoués, avocats) ; — Cour d'appel et Cour d'assises (avec les annexes) ; — Cour de Cassation (avec les annexes) ; — Prison de la Conciergerie ^ ; — Dépôt de la préfecture (avec son annexe le service anthropométrique).

La cour de la Sainte-Chapelle permet d'accéder au monument même de la Sainte-Chapelle, à la police correctionnelle, aux cabinets d'instruction, au dépôt des prévenus ; — celle du Mai, au tribunal de simple police, au parquet, au grand perron de la galerie Mercière qui communique avec tout le premier étage du Palais, et à la salle des Pas Perdus. — Diverses autres cours plus petites donnent accès aux prisons, à des services secondaires, ou fournissent l'air et la lumière à un grand nombre de salles et de galeries.

Bâtiments de la Police correctionnelle. — Élevés sur l'emplacement de Constructions romaines, ils occupent pour peu de temps encore deux des côtés de la cour de la Sainte- Chapelle, avec façades sur le boulevard du Palais et sur l'ancienne rue de la Sainte-Chapelle. Les amis de l'architecte Duc ont célébré à l'envi la hardiesse et l'exécution de cette construction, « où furent remises en honneur la logique et la vérité )) ; ils en ont signalé la « beauté sereine » et prisé l'harmonie des lignes, où « l'imagination est charmée par une ordonnance simple et fière », reposant sur des traditions de raison et de vérité. Ce sont là éloges excessifs ; car, si l'extérieur accuse une entente convenable de divers ordres d'architecture qui se combinent sans se heurter, on a depuis longtemps critiqué les conditions très défectueuses d'étroitesse et

ï. Elle occupe une superficie de 4 Sai mètres carrés.

LU

d'éclairage où sont placés les services du petit parquet et les cabinets des juges d'instruction. Les nouveaux bâtiments construits par M. Tournaire en bordure du quai des Orfèvres * , après transformation de la rue de la Sainte-Chapelle en cour intérieure, vont permettre de donner à toute cette partie du Palais le développement auquel elle a droit. Dans le voisinage se trouvent des annexes de la Préfecture de Police, ses archives et son petit musée récemment constitué 2, le dépôt des prévenus, et, à l'étage supérieur, le service anthropométrique créé en i883 par le docteur Bertillon : le système des fiches signalétiques des condamnés et récidivistes sur lequel il repose est universellement apprécié.

Tribunal de première instance. — Il est situé à l'angle opposé formé par le boulevard du Palais, le quai de l'Horloge, la galerie Marchande et la Cour du Mai, englobant la tour de l'Horloge et la salle des Pas Perdus, autour de laquelle sont groupées les salles d'audience. Au fond de la Grand'Salle, est la Chambre des Criées, entre l'escalier conduisant au greffe et la Chambre des enquêtes. De la salle elle-même, dont nous faisons l'historique ailleurs, on distingue aujourd'hui les voûtes puissantes et l'ampleur du vais-

ï . Les quatre statues destinées à orner cette nouvelle façade doivent représenter le « Droit », la « Vérité », la « Clémence » et l'w Éloquence ».

2. On pourra se faire une idée de ce qu'il renferme en consultant le rapport de G. Desplas : La Préfeclure de Police et l' Exposition Universelle de 1900; l'Exposition de la préfecture de police (Paris, s. d., in-i), pp. 557-67/1, orné de quatre -figures représentant une fenêtre de l'ancien hôtel du premier Président, vue de la Préfecture rue de Jérusalem en i836, vue de la Préfecture quai des Orfèvres en 1862, vue de^ l'ancienne Cour des Comptes construite par Gabriel et aménagée en Hôtel du Préfet de Police de i844 à 1871. La fenêtre qui fait l'objet de la première figure était ornée d'un magistral W dont on a essayé, mais en vain, de donner une explication satisfaisante.

seau ; de belles portes en bronze, de larges bancs de pierre, des lampadaires de bronze lui donnent un aspect dont la sévérité est accentuée encore par les deux monuments qui l'ornent. L'un, à droite, en marbre blanc, est dû au puissant ciseau de Chapu, et rappelle l'un des plus grands orateurs qu'ait connus le Palais : Berryer (1790-1868) *; à la frise sont inscrits les mots (( Forum » et « Jus » - ; les figures ajoutées au soubassement sont les emblèmes de la « Fidélité » et de 1' « Espérance )). L'autre, également en marbre blanc, contre le mur opposé, fut conçu à la mémoire de Malesherbes, défenseur de Louis XVI, et élevé en 1826^ par la collaboration de Jacques-Edme Dumont pour la statue principale, de Bosio pour les figures accessoires de la « France » et de la (( Fidélité », de Cortot, auteur du bas-relief (signé et daté 1825), et de Lebas pour la partie architecturale*. Au fond, on a placé depuis peu de temps une statue monumentale de Tronchet (par Ghatrousse, 1867).

Une suite de neuf piliers doriques sépare en deux nefs égales la salle dans sa plus grande dimension^. Par un escalier à double rampant on monte aux différentes chambres du Tribunal, et l'on arrive à une sorte de cour vitrée intérieure, sorte d'atrium, d'un effet assez nouveau et d'une certaine élégance malgré le pont imaginé par Duc et Dommey, qui la traverse à mi-hauteur. Sur une plaque on lit : « Dans ce

Page 1