‹ Le Palais de justice et la Sainte-Chapelle de ParisChapitre 96 sur 123 · I. Archives nationales, S · texte numérisé non relu

I. Archives nationales, S

i68 LE PALAIS.

magasin au rez-de-chaussce et sa demeure au-dessus : ses successeurs ne la quittèrent qu'en 1842*. Une vue populaire et maintes fois reproduite représente un groupe d'individus se pressant au coin du quai, par un hiver rigoureux, pour examiner à quel degré est descendu le grand thermomètre placé à cet endroit, du côté du nord : elle nous montre un coin du vieux Paris transformé. On raconte que, pour persuader les acheteurs de l'excellence de ses instruments, l'ingénieur Chevalier les faisait monter au sommet de la tour et les invitait à regarder au loin avec ses télescopes et ses lunettes d'approche. Il y faisait aussi des observations météorologiques. On jouit en effet de cet endroit d'une vue assez étendue.

Un peu plus loin, et un peu en retrait, s'étend un bâtiment à deux étages, éclairé par onze fenêtres symétriques à chacun d'eux, modernisé et remanié à l'extérieur et dans ses parties hautes, avec un comble assez élevé. Au delà, surplombent deux tours rondes, massives, aux murs épais, aux toits pointus en poivrières, et très peu distantes l'une de l'autre (l'entrée de la Conciergerie était entre les deux tours de i85i à i853). Dans la première de ces tours, appelée généralement tour de César, furent enfermés autrefois Ravaillac et Lacenaire, plus près de nous, le prince Pierre Bonaparte en 1870, et le prince Napoléon en i883; elle contient le greffe au rezde-chaussée, et au-dessus le cabinet du directeur de la prison. L'autre, anciennement appelée tour d'Argent, renferme le parloir des avocats et le cabinet des présidents des assises quand ceux-ci et ceux-là viennent à la Conciergerie ; Damiens y aurait été enfermé; le duc d'Orléans y fut détenu en 1889.

I. Pour s'installer au terre-plein du Pont-Neuf, où ils demeurèrent jusqu'en iQoS. L'ingénieur Chevalier payait en 1807 une location annuelle de ttob (taucs [Archives dép . de la Seine, Domaines, carton 120).

Dans ces deux tours, les pièces servant ici de cabinet du directeur, là de cabinet du président des assises, ont conservé un aspect ancien ; on les a intelligemment restaurées et conservées : elles sont voûtées en tiers-point et les nervures croisées retombent en se pénétrant sur des consoles richement et délicatement sculptées et feuillagées, puis se terminent par des têtes d'animaux*; elles sont enrichies de charmants culs-de-lampe.

Plus loin, on a complètement transformé, au commencement du xix^ siècle, la façade de l'ancien Palais. Dans la vue bien connue-, prise en 1789, qui représente les frères Agassc allant au supplice, la construction qui régnait entre la tour d'Argent et la tour Bonbec, assez semblable à la précédente, mais moins élevée, est soutenue dans toute sa longueur par neuf robustes contre-forts en biseaux avec larmiers ^ ; cette disposition a été supprimée par désir d'uniformité. Quant à la dernière tour conservée, la tour Bonbec, qui, comme les autres, date de Philippe le Bel, elle était abandonnée depuis longtemps lorsqu'on la restaura en 1868; deux puits furent alors mis à découvert et comblés ensuite. L'intérieur de la tour Bonbec, qui est crénelée extérieurement, ne présente qu'une simple voûte de forme conique sans nervure ni console ; on y accède par la porte de la Conciergerie ; la pharmacie de la prison y est installée ; les salles supérieures

1 . On conserve à la Bibliothèque Sainte-Geneviève un dessin à la plume de Guénébault, qui les représente et qui date de 1827: il est facile de constater que l'état moderne répond exactement à l'état ancien. — Dans la même collection on trouvera des dessins de cet artiste (1821-1827) représentant la cour de la Conciergerie et la Salle des Gens d'Armes ; un autre, de Renoux (1827), donne l'état des cuisines à cette époque.

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