CHAPITRE
tîculière; sur lequel propos j'insistai fort longtemps. L'interrogeant plus avant snr la façon et sur les paroles dndit
sieur j)icsidcnt, s'il ctoit seul ou en compagnie lorsqu'il lui tint lesdits propos, il inc dit (jue Rivnult , abhr dr Ims^nî t étoitavee lui: partjuelle facou et quel moyen ii entroit dans la Bastille; que c'étoit en faisant semblant d'aller voir un conseiller de la cour, qui y étoit prisonnier, nommé Portail y fils dePormii, chirurgien du roi, avec lequel il avoit familiarité et habitude, recevant de lui et de sa mère plusieurs biens et commodités, et qu'il alloit souvent à la Bastille. Je lui demandai s'il avoit lelties du sieur premier président, ou (|uelque autre sif»ne on njarcpie, letjuel montrant il [)ouvoitètre reçu; sur quoi il me montra un petit billet écrit en lettres italiennes* qu'il disoit être de la main du sieur président ; et de fait il en approchoit bien fort, comme la lettre italienne est fort aisée à imiter et à contrefaire, et contenoit à peu près ces paroles :
« Sire, le présent porteur vous fera entendre l'état de vos <« servitciu'S, et la façon de l.ujutile ils sont traités, qui ne n leur ôte néanmoins la volonté et le moyen de vous faire « très-humble service, et aont en ])lus grand nombre que « Votre Majesté peut-être ne l'estime. Il se présente une belle « occasion sur laquelle il vous plaira faire entendre votre « volonté, suppliant très -humblement Votre Majesté croire « ce présent porteur en tout ce qu'il dira. -
«Après ces paroles, ii y avoit une croix enfermée dans un 0.
n Ayant lu ce billet et lui ayant demande quel moyen il avoit tenu à sortir de Paris, il répondît qu'il avoit fait entendre qu'il s'en alloit à Orléans, et que sous ce prétexte il avoit demandé un passe-port au comte de Srienne, prisonnier du Lûupre, lequel à l'instant il m'exhiba.
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4 a 8 PÏKC ES J U S 1 1 t ICAT i V J S.
« Ce discours fut fort Uiiig entre nous deux, tâchant par tous mo^s à découvrir quifl il étoit, me doutant que ce fût quelque espion , sans néanmoins jamais penser qu'il couvftt
en son ànie une si désespérée et énorme trahison ; même je lui dis tjnc peut-être il étoit suscité de la part des ennemis, pour, sous ces belles paroles et promesses, nous faire donner en quelque embûche ; mais je le trouvai ferme et résolu, en ce que, premièrement, il m*avoit dit, et même répondant pertinemment sur mon doute, à savoir, qu'après qu*il auroit fait entendre à ceux de Paris la volonté du roi, il viendroit retrouver Sa Majesté pour l'avertir du jour et heure, et qu'on le pourroit mettre entre les mains de qui elle aviseroit, jusqu'à ce que l'entreprise eût réussi, pour répondre sur sa vie de la faute qu'il aurott commise , si aucune il y en avoit de sa part.
« Lot^ ne pouvant tîrei* autre chose de lui, je le laissai parmi les miens, et m'en allai trouver le roi, lequel n'étoît encore revenu de devers Paris ^ où il étoit allé; je l'attendis
eu un logis d'un de mes amis, proche du sien, chez lequel ayant soupe, et sachant Sa Majesté être de retour, je lui lis entendre tout ce que dessus j de quoi étant eittrémement aise, pour le moyen qu*il se voyoit ouvert, sans plus grande ruine de ses sujets , laquelle il déploroit, de tirer ses bons serviteurs qu*il avoit dans la ville de la sanglante éternelle tyrannie sous laquelle ilslanguissoient, me commanda de le lui amener le lendemain de bon matin, sur les six à sept heures, nonobstant que je lui dise (jue s'il lui plaisoit, par son commandement, je lui demanderois s'il avoit quelque autre chose à lui faire entendre , outre ce quMl m'avoit déjà dit. Cependant (comme depuis j'ai appris), le méchant et misérable, demeuré en mon logis, sonpà gaiement avec les fnieus, taillant ses morceaux du funeste couteau, meuble
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CHAPITRF. H. 4'>t9
ordinaire de tels oiseaux; même Tun d'eux lui ayant dit qu*îl y en aToit de son ordre six qui avoient , à ce qu'on disoit, entrepris de tuer le rot; lui, froidement, sans changer de roiileur, répondit qu*il y en avoit partout, et de bons et de mauvais.
« Le lendemain au matin, premier jour d'août^ jour à jamais lamentable pour laFrance, m'étant levé pour aller trouver Sa Majesté , suivant son commandement, je le fis éveiller, ayant paisiblement dormi toute la nuit, et devant qu'entrer au logis du roi , je le fis parler à Portail, auquel il donna des remarques fort partinihèrcs de sa tcrmne, de son fils et de sa maison. Entré au lo^ns, ot peu de temps après appelé par du halde, qui Ut pareillement entrer, par le corn* mandement du roi, ce malheureux , je le trouvai assis sur sa chaise, tout débraillé, qui fut cause que je le fis arrêter à ia porte, et pris de lui le billet et passe-port, et les présentai à Sa Majesté, qui, les ayant 1ns, déçu de la similitude de la lettre, estima que ce billet venoit dndit sieur premier président, lequel, parce qu'il ne porloit que créance, il fit approcher ce moiue pour entendre de lui ce qu'il avoit à dire; lequel approché, m'élant mis entre le roi et lui, et de Tautre étant Boger de Saint-Lari, seigneur de Belle garde ^ l^and écnyer, qui lors étoit en la chambre, il lui dit qu'il venoit de la part dndit sieur président et des antres serviteurs que Sa Majesté avoit dans Paris, pour loi dire choses d'imj)ortancc et <jui concernoîent grandement son service, lesquelles il ne pouvoit dire qu'à lui seul i sur quoi je ne sais par quel instinct, ou si quelque esprit aimant la France me ponssoit , je pris la parole, lui disant qu'ileàtà parler haut, et qu'il n'y avoit dans la chambre autres que serviteurs très-fidèles de Sa Majesté; ce que lui insistant déparier en secret, je répétai une autre fois; et enfin m^adressant au
4So PIÈCES JU8TIFICATIVKS.
roi même, lui dis qu'il n'étoit besoin c|u'ii approchât de si près. Mais lors le malheur de la France étant trop puissant, suivant sa facilité et bénignité accoutumée, le fit passer du lieu où il étoit en la place dudit sieur le Grand , et lui tendant l*oreilIe, nous deux reculés, nous fûmes tous étonnés (jue nous le vîmes s'écrier, en disant: «Ah! malheureux! « que t'avois-je fait jxxii m'assassiner ainsi ? » et se lever, le sang lui sortant du ventre, duquel il tira le couteau , qui, incontinent, fut suivi des boyaux, et d'icelui frappa ce malheureux assassin sur le front, lequel se tenant ferme visà>vis de lui , j'eus crainte qu'il n'eût encore quelques armes et dessein d'offenser Sa Majesté, qui me fit mettre Tépée au poing; et lui baillant des gardes contre Testomac, je le poussai et jetai dans la nipîle. Sur ce bruit arrivent le> oïdinaires, lesquels retirant l assassin de la ruelle où il étoit, incontinent fut tué par les autres, nonobstant que je leur criasse par plusieurs fois qu^iis n'eussent à le tuer; mais leur juste colère ne put permettre que mon avertissement servît de quelque chose.
« Vous pouvez juger, Monsieur, quel étoit ce piteux et misérable spectacle , de voir d'un côté le roi ensani^lante, tenant ses boyaux entre ses mains; de l'autre , «es lions serviteurs qui arrivoieutà la lile, pleurant, criant, se déconfortant extrêmement, remplissant lair de regrets, et l'échauffant de leurs ardents soupirs et gémissements. Quant à moi , ce très-grand et non prévu malheur me toucha de telle sorte, que la force m'abandonna, le sens se troubla, et mon âme étant jà sur le bord de mes lèvres, ne s'arrétott que sur un seul ponit,<jiii etoit un désir merveilleux de la mort, que je priois un chacun de me donner; et mon œil (fenêtre de mou âme) devint pierre immobile , insensible, sans que pour lors les larmes en coulassent; le mal étoit trop grand.
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CIIAPITÎIE II. 43 1
trop fraîchement, trop sûrement empreint en icelle, pour se pouvoir repaître de larmes^ comme cet ancien malheureux roi d'Égypte, après la prise de hii, des siens et de sa vîlle, étant par son rnieî victorieux mis en rni fauxbouiti, pour combler d'injuic et fàrljcrio, vovaiit sa fille avec les (ilies des autres princes et seitj;iieurs d'Egypte, cpii, en habit d'esclave, alloit tirer de l'eau; et son fils, avec deux mille autres gentilshommes, les mains liées , la bouche bridée, tirant à la mort tous ceux qui étoient avec lui, pleurant et se lamentant, il ne jeta ni soupirs, ni larmes, ni ne fit autre signe de douleur, sinon qu'il baîssoit le visage -, mais lorsqii*il vit un de ses familiers, chargé dans et de j>auvreti' , all.ii l par le camp demander l'aumône, il se mit fort ^. [ilemer, à se frapper la téte et faire autres signes d'homme très affligé ; de quoi son ennemi étoimé, et lui en ayant demandé la raison, il répondit qué les misères et calamités des siens étoient trop grandes pour étreplorées; celles de ses amis, comme lui touchant moins au cœur, étoient dignes de larmes et de pleurs. Tel étoil alors le mal q»ie je sentois ; mais incontinent après ce ])remier ctonnenu lU et stupeur, les larmes en sont coulées en grand nombre, larmes qui sont perpétuelles, et desquelles, au souvenir de mon malheur, ou plutôt du malheur public, je laverai à jamais mon visage.
« Le roi blessé s'étant mis sur son lit, fut visité par les médecins et chirurgiens, qui assurèrent qu'avec l'aide de Dieu ils le gtiérirotent; ce (]ui diminua de beaucoup la douleur de toute l'armée, et nous domi.ic( tous espérance que cet effort, puis(|iril n'avoit pas réussi, seroit le dernier de la rage ennemie. » (Journal du règne de Henri III, tome 1^%
page 124 et suivantes.)
PIECES JUSTIFICATIVES
Promesse des Princes, du sang et autres dues et pairs et o/jpders de la couronne de France,
Nous, Princes du sang et autres ducs et pairs et officiers de la couronne de France, seigneurs et geiitil?)Jiomiiies , et autres soussignés, attendant une assemblée des princes, ducs et pairs et autres ofliciers de la couronoe, et autres sieurs qui étoieDt fidèles serviteurs du feu roi Heori« troisième du nom , que Dieu absolve lors de soo décès, reconnoissons pour notre roi el prince naturel, selon la loi fondamentale de ce royaume, Henri quatrième, roi de France et de Navrirre, et lui promettons tous service et obéissance, sur le serment et promesse tju'il nous a f.iite, ci-dessus écrite, et aux conditions que dans deux mois Sa Majesté fera interpeller et assembler lesdits princes, ducs et pairs, et officiers de la couronne, et autres sujets qui étoient fidèles serviteurs du feu roi lors de son décès, pour tous ensemble prendre pins ample délibération et résolution pour les affaires du rovaume, attendant les décisions des conciles et états généraux, ainsi qu'il est jiorté par ladite promesse de ladite Majesté, laquelle aura aussi agréable , comme nous Ten supplierons très«huinblement, que de notre part soient délégués quelques notables personnages vers notre saint le Pape, pour lui représenter particulièrement les raisons
CHAPITBF. II. '
qui nous ont mus de faire cette promesse» et sur ce» impé> trer de lui ce que nous connottrons être nécessaire, tant pour le bien delà chrétienté, utilité etservice de Sa Majesté» qu'en conservation de cet État et couronne en leur entier.
Nous supplions aussi Sa Majesté, suivant ce qu'elle nous a voîontait tMîient ofTert et promis comme chef de la justice et père coninjun de tous ses sujets, intéressé en leur dommage, de faire taire justice exemplaire de l'énorme méchanceté, félonie, déloyauté et assassinat commis en la personne du feu roi Henri notre bon roi , dernier décédé, que Bien absolve; promettons à sadite Majesté toute assistance et très-humble service qu'il nous^ra possible» et de nos vies, et de tous nos moyens pour le faire, et pour chasser et exterminer leô rebelles et ennemis t^ui veulent usurper cet État.
Fait au camp de Saint-Gloud» le quatrième jour d*aoàt
Ainsi signé :
François de Bourluju , prince de Contî; François de Boni bon, duc de Montpensier; Henri d'Orléans, duc de Longueville; François de Luxembourg» ducdePiney; ' Louis de Eohan » duc de Montbason ; Biron» maréchal de France; D'Aumont, maréchal de France; D'Interville, lieutenant de roi de Champagne; D*Angennes ; Chasteauvieux;
Clermont» capitaine des gardes; Manou » capitaine des gardes ; François Duplessis, grand prévàt;
434 PlIïCES JUSTIFICATIVES.
Charles Martel ; François Martel; De Reotl ; La Curée;
Et infinis autres officiers, seigueurset gentilshommes. ( Biblioth. du roi, mss. de Béthune, vol. 8926, f° 1 1.)
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