CHAPITRE II
Lettre de M* de Laguesle, procureur général du parlement, écrite à m de ses amis, sur 'le sujet de la mort du roi HennlIL
n Monsieur, j*ai vu par vôtre-lettre le désir extrême (|u*ave2 de savoir ie tmte et pitoyable discours de Taccident advenu iiu feu. mi notre maître, et estimes qu*il n'y apersoiiue qui le vous puisse* faire entendre plus particulièrement et plus
au vrai que moi, d'autant que le commandement de Sa Majesté et mon rxtrème nialheui m'en ont rendu partie; et combien que mon Ame refuse d'y entrer et ait horreur de s'en 'souvenir , néanniuins, pour le désir que j'ai de vous contenter, et aussi que j*estime être nécessaire que chacun sache comme le tout s*est passé, afin de connoître la barbare cruauté des ennemis de la France, je vous dirai (non sans larmes, qui |)ar pinceurs fois effaceront ce que j'écrirai) que le dernier de juillet de cette malheureuse année 1589, retournant avec fjuelqnes-iins de mes amis de devers Paris an bourg de Saint-Cloud, on le roi étoit l(^é, j'eus pour par rencontre un religieux jacobin de l'âge, comme il apparois-- M>it par l'insprctiou de sa personne, de vingt- sept ù vingt-
4a6 PIECES JUSTIFICATIVES.
buit ans , qui ctoit parmi deux soldats du rugiiiieut de Coniblanc. Estimant qu'ils le tinssent prisonnier, et sachant l'intention du roi être que telles personnes demeurassent saines, sauves et libres, combien que pour la plupart se fassent les trompettes de cette sanglante sédition , je leur deniaiulai s'il étoitleiir prisonnier : leur réponse l'ut qiio non ; mais que c étoit un religieux (\u\ .i})|)ortoit à Sa IVIajcste lettres et nouvelles de quelques serviteurs qu'il avoit dans Paris, et qu'à cette ûn ils le conduisoient vers son quartier; et que m'ayant rencontré à propos, ils me supplioient de Vy mener; ce que je lis, pensant que ce fût quelque avertissement qui pourroit servir aux affaires.
* Arrivé en mon loj^is, je Tînterrogeai fort particulièrement de ce qui l anKiioii, ft après plusieurs diflicukes et refus, comme si c'eut été chose qu'il ne pouvoit faire entendre qu'à Sa Majesté, il me dit qu'il venoit de la part de M. le premier président, pour dire à Sa Majesté que lui et tous les serviteurs qu'il avoit dans Paris étoient merveilleusement affligés de ne pouvoir entendre aucunes nouvelles de son armée, combien qu'ils sussent qu'elle étoit fort près; (fue ceux qui restoient dans la ville de ses serviteurs etoient lort tourmentés, comme en ayant été le jour précédent emprisonnés i,ooo ou i,70o; (jue tous ces rudes traitements augmeiitoient bien leur douleur, mais- ne diminuoient puiul leur vertu , et que le même consentement et la même volonté de la servir demeuroient en leurs cœurs; qu'ils étoient en tel nombre, qu'aisément ils pouvoient faire un bon service, et que partant ledit sieur premier président, qui, encore (ju'il fut prisonnier, ne laissoitpas de savoir leurs intentions et le moyen qu'ils i\ oi. ut dr le servir, reiivuvoii vert. Sa Majesté pour lui dire qu ils ctoient prêts de se saisir d'une porte, et lui donner entrée dans la ville; il disoit davantage avoir charge lui faire entendre quelque autre chose plus par-