LE PALAIS BB SAIIIXKXOUD
tiailres % qui frappa sublilenieiU lleiiii 111 pendant que son attention était absorbée par la lettre du premier présidentiel qu*ensuite les complices du meurtrier, profitant de rerrem prévue du voi^ se ruèrent en tumulte sur le moine stupéfait, et ensevelirent dans sa mort le secret de leur Ira-* hison. Celte Jernièie croyance pai'ut acciéditce par un auteur contemporain dont le témoignage n^est pas sans valeur : Mathieu , d*ahord ardent ligueur, et ensuite historiographe du très^clémerU Henri IF s'exprime ainsi :
' Au moment de l'onTerture des dernier» états de Biois, Henri III changea brusquement ses ministres, qui donnaient connaissance de tout ce qui se passait dans le conseil à la reine mère, qui elleHnéme instruisait les Guises. D'ailleurs les hommes parmi lesquels était Villeroy, plus qu'à demi H" ^ Uf II r, eussent été un obstacle insurmontable au jirojet (jui éclata le !i3 décembre. S'il faut croire le journal de Nicolas Poulain, le mignon Villequier paralysait les avis quiparve^* . naient au roi sur les complots des Guises.
* C'est l'auteur de la Guisiade, où rinjure n'est pas épargnée à l'hérétique» à l'apostat roi de Navarre, qui, roi de France, fut plein de bontés pour Pierre Mathieu. Passe en-^ core pour celui-ct, il n*avait été que jusqu'à l'outrage; mais donner une pension k ce féroce Lincestre, qui avait prêché le meurtre et le l égicide, n'est-ce pas pousser un peu loin la clémence^ 11 ne s'agissait pas du soldai qui blessa en combattaot Henri IV, à Auniale, et à qui, plus tard, le roi de France confia noblement la défense de sa personne, en le plaçant djtfis ses gardes. Gettedernièi'eaction était miigiianimc.
68 RIÊSIBEIICES ROTAt.i;S.
« Là-dessus on machine la mort de Henri lU , et) jusques à cette heui e , on n'a sceu au vray qui en a esté le conseil et Fautheur. » Mathieu dît plus bas : « On adjouste à cela, que ceux qui esloient soupçonnez de ce coup sont morts en misère et mépris hors du royaume. Dieu n'a pas voulu que la vérité en jîîst connue, et Ta fait pour des raisons enveloppées dans les ténèbres de ses divins jugemens «
Quatre-vingts ans plus tard , un religieux jacobin, s'appuyant de 1 autorité de Malliieu , de Nicolas Poulain ^ et de beaucoup d'autres qui
"* Le nn ine autcnr semble encore confirmer cette opinion , torsqu'à propos de l'assemblée des principaux chefs catholiques, tenue après la mort de Henri III, pour savoir s'il fallait reconnaître un prince hérétique , il écrit ces mots re* marquables : « Chose estrange» qu'au même temps que ce cOnsàl tenoit, la rage fut si extrême contre le roi deiTunct, que l'on donna des coups de poignard dans le coffret oit estoient enfermées ses entrailles, de manière que la graisse sortoit de tous costez. »
* Lieutenant de la prévôté de Tlle -de-France, Ificolas Poulain avait accès dans les conciliabules de la Ligue, et il en découvrait jes çomplots à Henri III , dont il était le serviteur trfts-dévoué et très*méconnu.
«Je ne mettray icy, dit il en son journal, les autres signalez services que j'ay faits à Sa Majesté depuis son départ de Paris» tant à Blois, Tours, qu'autres lieux, pour ce que je ne puis écrire au vraj sans en toucher quelques-uns qui
virent cette triste époque , fit paraître un livre où il s'attache à prouver que le régicide ne fut pas un jacobin ' , mais un membre du conseil du roi ; il ne parvint qu'à faire naître des doutes, et surtout à raviver les soupçons qu'un concours de circonstances fatales laissait encore planer sur la mémoire de M. de Laguesle
Tous ces bruits, toutes ces opinions, tous ces livres, nous les avons rappelés pour témoigner de la conscience que nous avons mise dans l'examen de la grande question de l'assassinat de Henri III; maïs l'histoire a prononcé, et il nous parait constant que le
n'en seroieot pas contents. D'ailleurs, que j'ay assez d'ennemis pour avoir servy fidèlement le roy au contentement des gens de bien et grand mécontentement des ennemis de cette couronne. »
* Les discours de Henri III mourant ne peuvent laisser aucun doute à cet égard.
* Ce livre est la FatatitédeSaint-Chud, par le P. Guyard, jacobin, imprimé sans nom d'auteur, en 167a, c'est-à-dire quatre-vingts ans après l'assassinat de Henri III. Cette justification est curieuse, mais elle partit tardive et inadmissible
après le Discours véritable rie l'estrangc et subite mort de Henri de Valois, (pli fut imprimé en iSSg, et dans lequel un confrère de Jacques Clément, un jacobin , exnlte le régicide et glorifie son ordre d'avoir produit un tel martyr. Eu 1715, Jean Godefroy fit paraître la Véritable fatalité de Saint-Cloud, Dans cette spirituelle et savante réfutation, Tauleur détruit
70 RisIDENOES ROTALES.
prieur des jacobins, Edmond Bourgoin * , Catherine de MoQtpensier le duc d'Aumale ^ elle duc
suecessiyement toutes les allégations da père Guyard^une seule exceptée, à saToir : « Poorquoi M. de la Guesie ne fit-il
pas fouiller Clomciit avant de le prcseuter au roi ? »
' Pris les armes à la main, après la mort de Henri III, à l'attaque du faubourg Saint-Jacques, le P. Bourgoin fut condamné par le parlement, séant alors à Tours , et écartelé comme fauteur et complice de Jacques dément, dont il avait loué en chaire le régicide. On lit dans la lettre 1'* du xiv* livre d*£stienne Pasquier : « Clément est tellement suborné par les persuasions de son prieur, nommé le père Bourgoin , qu'il sort de Paris le dernier jour de juillet, bien délibéré à ne pas iiiauquer son coup. »
* L'£stoile rapporte des paroles de madame de Monlpensier, à la nouvelle de l'assassinat, oik elle laisse éclater une joie féroce, et qui prouveraient qu'elle ne fut pas seulement complice du crime y mais qu'elle arma elle-même le bras de l'assassin. « Accusée, par la voie commune, d'avoir avec le duc d Aumalc tramé et pratique la mort du roy, elle fut contrainte de s absenter quand la cour de parlt lueut, revenue de Tours, fit le procès à ce dur. » (D'Aubigué, Histoirr universelle, tome m.) Madame de Mootpeusier se lit comprendre dans l'édit de soumission du duc de Mayenne, de janvier 1596 y portant abolition générale de tout ce qui s'était passé depuis 1589.
^ En 1594, le parlement, rentré à Paris, rechercha les complices de la mort de Henri m. Poursuivi comme l'un
des principaux auteurs de ce meurtre , le duc d'Aumale, qui avait pris la fuite, fut condamné et exécute en eHigie; il mourut, eu i6i() ou 1620, dans les Pays-Bas.
LE PAL4IS DE SAIBfT-GLOUD. 7I
de Mayenne ' , turent les fauteurs du crioie dont
* Quant au duc de Mayenne, sa complicité ftit moins ouverte et par conséquent moins évidente. Il est néanmoins avéré que le 3 1 juillet ^ jour du départ de Clénoent pour Saint-Cloudy on emprisonna plus de deux cents des plus notables citoyens de Paris, soupçonnés d*étre partisans secrets du roi; et cette exécution ne put avoir lieu sans Tordre du lieutenant général. Il existe d'ailleurs contre ce personnsi^e un témoignage important ; c'est celui d*un contemporain très-digne de foi , de Pierre Pilhou, auteur «Je la harangue de M. d"Aui)ray, contenue en la Satire Ménippée, dont elle est le chef-d'œuvre. Voici les paroles qu'il adresse au duc de Mayenne au sujet du régicide :
« Je ne veux pas dire que ce fut vous qui choisistes particulièrement ce meschant qae Venfer a créé pour aller faire cet exécrable coup, que les furies d*enfer eussent redouté de faire : mais il est assex notoire qu'auparavant qu'il s'acheminast à cette maudite entreprise, vous le vistes, et je dirois bien l#*s lieux et endroits si je voulois. Pour Tencoura^er, vous luy promistes abbayes, e^veschez, et monts et merveilles^ et laissastes faire le reste à madame votre sœur, aux jésuites et à son prieur, qui passoient bien plus outre, et ne luy promettoient rien de moins qu'une place en paradis aurdessus des apostres, s'il advenolt qu'il y fost martyrisé. Qu'ainsi ne soit, et que ne fussiez bien averty de tout le mystère, vous faisiez prescber le peuple, qui parloitdese rendre, qu'on eu^i encore patience sept on huict jours , et qu'avant la fin de la semaine on verroit quelque grande chose qui nous mettroit à notre ayse. Les prescheurs de Rouen, d'Orléans et d'Amiens le preschèrent en mesme temps et en mesmes termes; puis, sitoet que votre moyne endiablé fut parti, vous fistes arrester et prendre prisonniers
72 R£i»lDJ::NCI<S itO¥AL£S.
un misérable idiot ne fut que Finstrument '.
Cependant la maison de Gondi se couvre de deuil, et Henri lil se prépare à la mort. Monarque, il avait mal yécu; chrélien, il saura
dignement mourir.
Lorsque la teiTeur et le trouble qui suÎTirent l'assassinat furent un peu calmés , on plaça le roi sur un lit. Ses chirurgiens et médecins accoururent aussitôt. C étaient Lefèvre , Dortoman , Pigré Héreandy Lavemet, d'Amboise» Legendre, Leudelon, et le premier chirurgien du Portail. Ils trouvèrent une plaie longue d'un pouce et
en cette ville plus de deux cents des principaux citoyens et autres^que pensiez avoir des biens, des amis et du crédit avec ceux du party du roy : comme une précaution dont vous vous proposiez servir pour racheter le meschant Astarot, en cas qu'il eust esté pris avant le fait ou après; car ayant le ^^age de tant d*honnestes hommes, vous pensieie qu'on n'eiist osé faire mourir cet assassin, sur la menace qu'eussiez faite de faire mourir en conlre-écliange ceux que teniez prisonniers,
' P« Mathieu s'est chargé lui-même de détruire l'effet des citations empruntées à son ouvrage « et à l'aide desquelles on a contesté Tidentité de la personne de l'assassin. Voici sa réponse : « J*ai oui dire à Henry le Grand que si Jacques Clément n'eost pas été reconnu pour religieux par un archer de lu porte, nommé François Dit Mont, et par quelques autres, il y en a voit qui vouloieut faire croire que c'estoit un huguenot déguisée •
large d'un doigt, par laquelle était sortie une portion de l'intestin iléon de la grosseur du poing. D'abord la blessure ne parut pas très-grave. La partie de l'intestin que l'on voyait , n'était nullement oftensée; mais, après le premier appareil 9 le roi éprouva une profonde douleur dans sa plaie , d'où s'échappa un sang noir et coaguk j une sueur froide couvrit son corps, les extrémités devinrent glaciales, et le pouls diminuant et se retirant, la vie sembla près de s'ex* halcr. Ces accidents alarmèrent beaucoup les médecins, qui revinrent sur leur première opinion , et jugèrent entre eux que les jours du roi étaient en très-grand péril. Du Portail, homme d'une main sûre et d'un esprit prompt, ayant sondé la blessure , dit en latin à ses confrères Pigré et Lefèvre, qu'il croyait que l'intestin était percé.
Quand la crise fut passée, Henri 111 commanda à son premier chirurgien de lui faire connaître son état , sans déguisement, afin de n'être pas surpris par la mort avant d'avoir eu recours aux remèdes de Tàme. Du Poitail répondit que ses confrères et lui ne pensaient pas que le roi fût en danger, et qu'ils espéraieiil, avec l'aide de Dieu, que dans dix jours au plus tard il monterait à cheval. Cette réponse donna au roi une grande assurance et causa une joie très-vive à ses bons serviteurs; à midi, elle était connue de toute
74 iiJb;SiD£KG£$ BOTAL£S.
l'année , qui répétait que la blessure de Sa Majesté
était légère et que laguérison serait très-prompte. JNéan moins , le sentiment intime des chirurgiens et médecins n'avait pas varié. En même temps que du P(>rtail rassurait publiquement Henri III et sa cour, il disait à voix basse au comte d'Auvergne, à qui il était particulièrement dévoué : « Maître , songez à \ eus , car je ne vois pas que Ton « puisse sauver le roi. » Cependant une foule de seigneurs entouraient le lit du monarque, qui leur racontait d'une voix ferme et sonore les moyens employés pour i approcher, Tatroce figure du moine, sa perfidie, son crime; enfin jusqu'aux moindres circonstances de l'assassinat. Il manda ensuite les secrëlaii es d'État et leur ordonna d écrire, dans tout le royaume, des lettres aux gouverneurs, pour les informer de l'événement et les exhoiter à uc point s'en effrayer, parce qiu Sa Majesté serait guérie sous peu de jours et en état de monter à cheval. Puis , il écrivit lui-même à Louise de Vaudemont, sa Icinme, une lettre qui atteste quelle était, deux heures après sa blessure , sa confiance personnelle dans un rétablissement prochain. On y remarque ce passage : «Dieu, qui est le protecteur des rois, et qui n'a pas voulu que son trè&-humble serviteur perdit la vie sous la révérence qu'il apporte à l'habit de ceux (]ui se disent voués à son service, me l'a conservée
LE PALAIS DE SAUfT-CLOUU. 73
par sa sainte grâce, et tellement délouraé le coup, que, grâce à Dieu, ce u eâl rien, et que J'espère, dans peu de jours, recouvrer ma santé, tant par le sentiment que j'en ai moi-même que par Tassurancc que m eu ont donnée les médecins et chirurgiens qui m'ont pansé et recogneu n'y avoir aucun danger , dont j'ai bien voulu vousadvertir aussitôt, atin que vous ne soyez pas en peine pour les bruits que Ton pourra faire courir au contraire. »
Tandis que le roi ordonnait que, pour Tac» coiiiplissement de ses devoirs religieux, on dressât un autel en face de son lit , parutHenn de Navarre. Ce prince, occii|)(' du siège de Paris, s'était avancé jusqu'au Pré-aux-Clercs, quand un gentilhomme, le sieur de Ventajoux, envoyé de Saint-Cloud, accourut à lui au galop , et lui dit quelques mots à l'oreille. Sur-le-champ, le roi de Navarre appela Rosny. « Mon ami , s'écria-t-il, le roi vient d'être ce blessé à Saint-Cloud, d'un coup de couteau; « allons voir ce que c*est ; venez avec moi. » Et, suivi de vingt-cinq gentilshommes, il se rendit eu toute hâte à la maison de Gondi.
Henri II! le reçut de la manière la plus aflectueuse; il iuii*emit le conmiaudeineuL en chef de l'armée, lui enjoignant de poursuivre avec une extrême vigueur le siège de Paris. Le prince , à ge> noux auprès du lit du hlessé, ne répondait que par ses larmes. Le roi le fit relever, l'embrassa en lui
76 llé»iD£I«CES AOYÀLES.
disant: k Mon frère, siDieu dispose de moi, je vous
« laisse la couronne de France, comme à mon lé«^ia tinie successeur. D Puis, ayant fait approclier tous les seigneurs présents, il leur ordonna, s'il succombait, de reconnaître Henri de Bourbon pour leur souverain. Le prince sortit pour exécuter les ordres du roi , et, à Saint-Gioud même , il présida un conseil où toutes les mesures furent arrêtées pour prévenir une surprise de la part des ligueurs.
Le roi de Navarre , sur la foi du premier rapport du médecin du roi, n'avait pas cru la blessure mortelle, comme on peut en juger par cette lettre qu'il écrivait à M. de Souvré, son ami ' :
« Monsieur de Souvré , la piii^périté des afaires du roy, après la reddition de Ponloise et la prinse du pont de Saint-Cloud, que les ligueurs ont quicté laschenient, a bien cuidé estre cliaugée par le plus niallieureux acte qui fut jamais commis; mais Dieu a préservé Sa Majesté miraculeusement, pour rendre, comme je crois, ses ennemis plus coupables et en advanccr la ruine. La résolution de cest hypocrite caphard s'est exécutée ; le coup s'est donné ; mais il n'a pas poi té comme il esperoit : telleuenL que nous
' GoaverDevr de Touraine ; depuis, maréchal de France et premier gentilhomme de la chambre sous Louis XIQ.
hE 1^LA.IS DE &AlllI>CLOUD. 77
sommes asseurës de la guerison. Vous pouvez
penser quel ennuy ce nous a esté, du commencemeot. J'estois près les âiux-bourgs Saint-^îennain quand le roy m'a mandé que je le yinsse treuver. Estant arrivé , il m'a commandé de tenir le conseil. Gest acte , au reste , nous a tous redoublé le OTurage et le désir de le venger sur la teste de sesennemys, qui, voyant leur desscing n'avoir reussy à leur gré, en crèveront de despit et sentiront bien tost Thorreur de leur jugement. Tenez touttes choses dans vostre gouvernement en estât qu'il n'y arrive aulcuoe altercation ; vous ayant bien voulu escrire la présente pour vous tesmoingner que Sa Bfajesté est hors de danger, et que dans six jours elle pourra monter à cheval. Âsseurez vous aussi , monsieur de Souvré , de -mon amitié , et croyez que je suis
« Votre plus affectionné et meilleur amy,
« Henry.
« A Saint-Gloudy ce premier d'aoust
« P, S, — L*advis que j'ay eu de la disposition du Toy 9 depuis la présente escripte , me fait maintenant changer de style, estaiis les cliinirgiens en grand double de sa guerison. S'il en advient faulte (que Dieu ne veuille!), je te prie, mon amv, de me vouloir estre tel que je me suis tousjoui^ promis. Je m'asseure qu'un bon cueur n'ay-
llisiDENCES BOTALBS.
mera jamais la ligue , ayant faict un si malheureux acte. Croyez Lambert de ce qu ii vous dira de ma part, et que n'aurés jamais un meilleur amy que moy n
13'aulres soins occupaient alors Henri IIl. L autel préparé, la messe avait commencé; le chapelain du cabinet y Fabbë de Boulogne , officiait. A rélcvalion, le roi , les larme s aux yeux, proféra à haute voix ces paroles : « Seigneur Dieu , si tu « comiois que ma vie soit utile et profiiable à <t mon peuple et à mon État , que tu as mis en ma « charge, conserve-moi et me prolonge mes jours; « «non^ mon Dieu, prends mon corps et sauve tf mon âme et la mets en ton paradis. Ta volonté « soit liaite ! » Il récita Vô salutaris hoslia.
L'abbé de Bouic^e continua Foffîce divin : mais il l'interrompit de nouveau sur un signe du roi, qui, d'un ton rempli d'onction et de piété , improvisa cette prière :
« Mon Dieu , mon créateur et rédempteur, « commedurantma viej'ai loujourscruque toutes « mes bonnes fortunes venoientde vos seules vo- « lontés, que la possession de mes royaumes ne « m'éluit donnée que par l'ordre qu'il a plu à votre
' Hous devons cette Xeiire inédite à la bienveii lance particulière tie M. tle Xivrey, membre de l'Institut, charj^é par le gouveraenient de |>ubUei' la cullectiou des kurci» de Uinri IV.
«puissance éternelle d'y établir; maintenant que « je me vois dansles dernières heures de mon être, «je deuiande à voti'e miséricorde divine quil vous « plaise avoir soin de mon âme; et comme vous «r êtes le seul j uge de nos pensées, le scrutateur de «nos cœurs, vous savez, mon Seigneur et mon « Dieu, que rien ne m'est si cher que la manuten- « tion de la vraie religion catholique, apostolique v et romaine , de laqucilc j'ai toujours fait profes- « sion ; ce qui me fait vous adresser encore cette a parole et prière, afin que, si je suis utile aux « peuples ck .sc|uels \ uus m'avez commis la charge, a en prolongeant mes jours , vous m'assistiez de « la grâce de votre esprit, pour ne me séparer «jamais de ce que je vous dois; sinon, disposez-en « ainsi que votre divine bonté le jugera plus à « propos pour l'utilité générale de tout le royaume « et le salut particulier de mon âme , protestant « que toutes mes volontés sont résignées sans re- « gret aux ineffables décrets de votre éternité. »
Âpres la messe, les douleurs qui s'étaient assoupies depuis la crise du malin , recommencèrent à se faire sentir. Les chirurgiens fii^nt une expérience qui changea leurs craintes en certitude : l'intestin était évidemment percé. Henri 111 luimême eut alors un avertissement intérieur de la gravité de sa blessure; et pressentant sa fin pro* chaîne, il voulut levoir encore une fois Heiiii de
8o RESIDENCES ROYALES.
Navarre. Le prince se trouvait au milieu de ses soldats à Meudoii, d'où il veillail sui loule l'armée. 11 revint en hâte à Saint-Cloud. Henri Ili lui tendant la main : « Vous voyez, lui dit-il , comme « vos ennemis et les miens m'ont traité ; il faut que «( vous preniez garde qu'ils ne vous en fassent au- <c tant. » Paroles prophétiques , malheureusement perdues pour un prince qui jamais ne prit soin de ses jours. A cette heure, absorbé par le spectacle d'une téte royale souffrante et décolorée , il ne pensait qu'à prodiguer des soins à Tauguste malade. <K Mon frère, repartit Henri 111, je me sens « bien. Cest à vous à posséder le droit au({uel j'ai « travaillé pour vous conserver ce que Dieu vous a « donné. C est ce qui m'a mis en Tétat où vous me «voyez. Je ne m'en repens point; car la justice, « dont j'ai toujours été le protecteur, veut que vous « succédiez après moi à ce royaume, dans lequel «vous aurez beaucoup de traverses, si vous ne « vous résolvez à changer de religion ; je vous y « exhorte, autant pour le salut de votre âme que % « pour l'avantage du bien que je vous souhaile. » En même temps, il lui montrait l'autel, comme pour lui dire que sans cet appui, la couronne de France vacillerait toujours sur son front. Les seigneurs caliioliques témoignaient en silence leur approbation par l'énergie de leurs gestes. La pantomime des officiers protestants n'était pas moins
LE PA.LàIS DE SAINT-GLOOD. 8l
expressive : d'un air hautain et dédaigneux , ils caressaient la garde de leurs ëpées , comme pour
répondre qu'il suffisait de ce secours pour défendre les droits de leur chef, que sa naissance appelait à un trône dont ses grandes qualités le rendaient di^ie.
Àu milieu des sentiments diversqui agitaient les acteurs muets de cette scène, Henri de Navarre s'efforçait de détourner le roi de ses tristes pensées , et de lui persuader qu'il n'était pas en un péril qui l'obligeât à songer à la mort. Mais Hen* ri 111 secouant la tcle, et se tournant vers les seigneurs dont sa chambre était pleine , et qui , par respect, se tenaient à distance : a Messieui's, leur « dit-il, a[)[)rochez-vous et écoutez mes dernières <r intention s sur leschoses que vous devez observer, <K quand il plaira à Dieu de me £aure partir de ce « monde. Vous savez que je vous ai tou jours dit « que ce qui s'est passé n'a pas été la vengeance « des actions particulières que mes sujets rebelles « ont commises contre moi et mon État , qui, con- « tre mon naturel, m'ont donné sujet d'en venir
V aux extrémités; mais la connaissance certaine « que j'avais (jue leurs desseins n'allaient qu'à usur- « per ma cou ro nue contre toute sorte de droit, et « au préjudice du vrai héritier, après avoir tenté
V toutes les voies de douceur pour les en divertir; <t que leur ambition a paru si démesurée, que tous
8a KES1D£NCES ROYA.LJ:^S.
« les biens que je leur faisais servirent plutôt à ac-
« croître leur puissance qu'à (liniimier leur mau- «c vaise volonté; après une longue patience , qu'ils « imputaient plus à nonchalance qu'au désir véritf table que j'ai toujours eu de les en retirer, je <c ne pouvais éviter ma ruine entière et la subver- «t sion générale de cet État ^ qu'en apportant autant « de justiee que j'avais eu de bonté, .l'ai été con- « traint d'user de Tautorité souveraine qu il a plu « à la divine Providence de me donner sur eux; « mais comme leur rage ne s est assouvie qu'après K l'assassinat qu'ils ont couimis en ma personne , u je vous prie, comme mes amis, et je vous or- « donne comme votre roi, ([ue vous recoiniaissiez «après ma mort mon frère que voilà; que vous « ayez la même affection et fidélité pour lui que « vous avez toujours eue pour moi ; et que, pour « ma satisfaction et pour votre devoir, vous lui en prêtiez le serment en ma présence. £l vous, mon « frère, que Dieu vous y assiste de sa divine provi- « dence! mais aussi vous prié-je, mon frère, que <c vous gouverniez cet Etat , et tous les j )f 1 1 pies qui te sonLsnjefsà votre légitime héritage etsuccession, « de sorte qu ils vous soient obéissants par leurs ft propres volontés, autantqu%y sont obligés par « la force de leur devoir.»
Il fit ensuite approcher Henri de INavarre , l'embrassa encore et lui donna sa bénédiction. Puis ,
sur un nouveau commandement de Henri 111 , les princes, seigneurs et oUiciers de la couronne mirent UD genou en terre, et jurèrent fidélité et obéissance au chef delà maison de Bourbon « lors qu'il aurait plu à Dieu de faire sa volonté du roi. »
Après cette triste et pénible cérémonie , le malade , faligué, témoigna le désir de prendre un peu de repos, et congédia le prince avec ces paroles, les dernières qu'il lui ait adressées : «Mon « frère, allez visiter tous les quartiers; votre préce sence y est nécessaire ; et commandez à la Trë* <( mouille d'être sur ses (^rdes: car la nouyelie de ce ma blessure donnera de l'audace aux ennemis , f( qui voudront entreprendre quelque chose. » 11 ordonna à Sancy d'^aUer au quartier des Suisses, et au maréchal d'Àumont , à celui des Allemands , « pour les obliger, en cas qu'il vint faute de lui , à <f demeurer fermes dans le party , et à suivre la «t fortune du roy , son successeur. »
Henri de Navarre se retira, et, après s être assuré que partout l'armée était prête à repousser les ligueurs , il regagna Meudon , suivi de Rosny, qui logeait chez Sauvât , habitant du boiu*g.
Dans la chambre du roi n'étaient demeurés que les aumôniers et officiers de la maison , auxquels il ne parla que de Dieu , pendant le reste du jour. S'étant confessé à l'abbé de Boulogne , . celui-ci dit a S. M. que le pape avait envoyé une moni-
Digitizeo lj oOOgle
84 RÉSIUKNCKS R()YALi:S.
tion sur ce qui s'était passé dernièrement aux états
de Bloîs , et qu'il ne pouvait lui donner l'absolution 9 si £ile refusait de satisfaire Sa Sainteté, li s'agissait de la liberté du cardinal de Bourbon et de celle de rarcbevêque de Lyon , exigée dans la bulle d'excommunication de Sixte-Quint. Henri 111 répondit qu'il était le premier fils de l'Église catholique, a])ostolique et romaine, et que voulant vivre et mourir tel , il satisferait Sa Sainteté en ce qu'elle désirait de lui. Sur cette déclaration , son cbapelain lui adminislra l alisolutiou.
Le soir, de violentes tranchées se déclarèrent et allèrent en augmentant jusqu'à onze beures, où le maladi' [lai ut s'endormir. C'était ralïaissement de ses forces. A. minuit, la nature fit un der^ nier effort ; elle suspendit un moment les progrès de l agonie. Le roi dit an comte d'Auvergne de faire venir l'abbé de Boulogne , et il ordonna que l'on ouvrit toutes les portes de sa cbambre et que Ton laissât entrer la noblesse. La cour connaissait l'extrême danger qui menaçait la vie du roi; la consternation était sur toutes les figures; les favoris pleuraient à la fois leur maître et la perle de leur faveur. Le comte d'Auvergne et le duc d'Épemon paraissaient surtout en proie à une douleur aussi vive que sincère. Placés près du lit du mourant, ils ne pouvaient modérer leurs sanglots* «t Mes amis , dit le roi aux princes et seigneurs as-
«c semblés» , je ne me plains point de ma mort. Ou « a toujours assez vécu pour son salut et pour sa « gloire, quand on meurt dans le Seigneur. Une « plus longue vie m'aurait exposé à voir, à souffrir, « à faire même beaucoup de choses contre mon « gré. Dans l'agitation qui fait l'apanage du trône, « à quoi un roi ne se trouve-t-il pas engagé? Je dis « plus, à quoi ne se voit*il pas le plus souvent forcé ? a Entraîné malgré lui , à peine les passions el la vo- « lonté du sou\erain influent-elles sur le gouvera nement \ il est bien moins le maître de ses démar» « ches que le ministre des caprices de tous ceux « qui renviroiiucnl; j'en parle par expérience. De « combien de mauKy d'horreurs et d'infamies n'ai* et je pas été témoin ! Combien d'outrages n'ai-je pas tt dissimulés , peul-cti e un peu trop patiemment , « dans la vue d'entretenir la paix et Tunion entre « ceux que la religion seule devait réunir, et pour « ne pas être réduit à la triste nécessité de verser « le sang de mes sujets! A quoi ont abouti tous ces a ménagements? à me rendre méprisable et à haus- « ser le cœur de mes ennemis. Je me suis vu hors « d'état de punir suivant U s lois des traités, des per- « turbateurs du repos public convaincus du crime « de lèse-majesté. Quels troubles, quels orages n'a « pas excités dans ce royaume le juste châtiment a d'un ou deux de ces rebelles 1
« A lanl d aUeatats, mes ennemis ont donc ajouté
86 RiSlDBNCfiS ROYALES.
« le pamcide. Cependant, une chose me console, « c'est que je crois voir dans vos yeux la juste indi* « gnatîon que vous cause le lâche attentat commis « contre la personne de votre prince , et la résolu* « tion où vous êtes de venger Thonneur de la ma- « jesté royale et de soutenîrla libertëde votrepatrie. « A l'égard de ma mort , je suis peu occupé de sa- « voir qui la vengera; c*est à Dieu que je laisse ce « soin. Dès mon enfance, instruit à son école, j'ai tr appris à pardonner à mes ennemis. Pour le reste, «je vous prie et je vous conjure, par Tamour que «t vous avez pour le bien public , par le respect que « vous devez aux cendres de oies ancêtres, d'y Ira- « vailler tous de concert, et d'être persuadés que « de votre union dépend le salut de l'État et de la « nation.
a Quand je vous adresse la parole, je l'adresse <c à toute la noblesse de mon armée ou plutôt du <c royaume entier. C'est à vous, c'est à la noblesse « française qu'est réservée la gloire de défendre « l'héritier légitime de ma couronne, et de donner « un roi à la I rance. Si elle venait jamais à en man- « quer, personne n'a de droits au trône avant le «c roi de Navarre. Vous n'avez personne au-dessus « de lui. Si le di'oit du sang ne l'appelait pas à la « couronne, le premier rang qu'il tient aujourd'hui a dans mon armée, vous obligerait à le mettre à vo- « tre téte. C'est un prince rempli d'équité , une
LE PALAIS l)£ SAIKT-CLOUD. 87
»< longue expérience adéjà forme au gouvernemeul. a La Providence, qui règle tous les événements, « semble elle-même l'avoir raccommodé avec moi, « malgré l'opposition de bien des ^ens, et l'avoii* <x placé à la téte de celte armée pour soutenir par €c son courage la fortune chancelante de FÉtat. « C'est là votre niaitre; c'est à lui que vous devez «c VOUS soumettre si vous voulez sauver la France. « Que si le devoir n'est pas un motif assez pressant « pour \ o us y déterminer, que votre intérêt )|>re o vous y engage. Vous savez que tant qu'il restera m une goutte de sang dans les veines de la noblesse « française , les auteurs de ma mort n'espéreront tt jamais venir à bout de leurs desseins pernicieux : « aprèscela, quelparlicroyez-vousqu'ilsprendront V à votre égard ? Exposés au ressentiment de tant « de braves seigneui-s que j'ai comblés de bienfaits « et qui m'ont toujours été si fort attachés, ne la (ç poui suivront-ilspas à toute outrance? Que le nio- M tif de la religion ne vousai'réte pas. J'ai été longtt temps moi-même dans cette erreur ; et dans quek « malheurs cette fausse persuasion ne m'a-t-elle pas a jeté ! T.a défense de la religion a peut-être été l'o- <i rigine des troubles, et ce motif a enfin dégénéré « en esprit de révolte. Laissez aux états à régler « cette affaire. Du reste, tenez pour maxime que « la foi est un don de Dieu et n'est nullement du cr ressort des puissants de la terre. Adieu , mes
88 RESIDENCES ROYALES.
« amis, je sens que mes forces m'abandonnent; ne pleurez pas ma mort et priez Dieu qu'il me
n fasse miséricorde. »
Âpres ce beau discours, prononcé d'une voix faible et touchante au milieu des larmes et des sanglots que le respect ne pouvait maîtriser, le roi retomba dans Tagonie; et depuis, le mal marcha avec une rapidité si effrayante, que les céré> monies de rextréme-oncliou pai urenl trop longues au malade lui-même, qui ordonna à son chapelain d'aller prendre le précieux corps de Jésus-Christ; « car je juge, ajouta-t-il, queVlieure « est venue que Dieu veut faire sa volonté de moi.» Il déclara qu'il mourait en la religion catholique, apostolique et romaine , récita 1'//? ma nus tiuts , Domine,,,, et le Miserere. Avant la lin de ce psaume , l'abbé de Boulogne l'interrompit en lui disant : « Sire , puisque vous désirez que Dieu vous «c pardonne, il faut premièrement pardonnera vos « ennemis. — Oui , je leur pardonne de bon cœur. « — Mais, sire, pardonnez-vous à ceux qui ont « pourchassé votre blessure ? — Je leur pardonne « aussi, et je prie Dieu de vouloir bien leur pardon- <( ner leurs fautes comme je désire qu'il pardonne « les miennes. » J^a voix du roi s'aiiàiblissant de minute en minute, l'abbé de Boulogne lui donna l'absolution, après une confession que l'état du malade obligea d'abréger. Bientôt le roi perdit ia
LE PALâlS DE SAimVGLOUO. 89
parole et la vue, et rendit le dernier soupir en faisant un signe de croix.
Cette mort courageuse et chrétienne ramène sur la mémoire du dernier des Valois un peu de cet éclat qui avait brillé sur la jeunesse du vainqueur de Jarnac et de MoiicoiUour.
Le roi de Navarre était à son quartier général de Meudon lorsque Henri III rendait le dernier soupir. Le médecin Orthoman l'avait fait avertir quelque temps auparavant de se rendre en toute hâte à Saint-Cloud, s'il voulait voir le roi encore envie. Le prince dépêcha sou secrétaire Feret à M. de Rosny qui était logé au pied du château. Bosnyétaità souper. Feret lui dit, en entrant: c< Monsieur, le roy de Navai le, et peut-estre le roi. a de France, vous demande. » Rosny s'empressa de monter au château de Meudon. Il trouva le prince en proie à une vive agitation. « Mon ami, luy dit «c Henri de JNavarre d'un air soucieux, on me mande «c que le roy est mort ou autant vaut : que vous a semble de l élat desalïaires? Je crois que nous « verrons de grandes confusions à cause de la diffversité des religions. — Sire, répondit Rosny, « j'espèreque Votre Majesté sera un jour lraiH|inile « et bien heureuse ; mais ce ne sera pas sans beau«< « coup travailler et sans courir de grands hazards, « J'ay eu un diable de précepteur, lequel, coiume M jele vousay desjà conté autreibis, m*a dit que cela
U KSI DO CES KUYALES.
« estoit infaillible ; il faut aller voir ce qui en est, et
« puis il y aura ioisir de discourir. » Et tous deux montèrent à cheval et coururent à Saint-Cioud^ accompagnés d'une trentaine de gentilshommes bien armés. A son entrée dans le boiir2j, on dit à Henri que le roi se portait bien ; et Ton fit desarmer sa suite. Mais à peine les protestants avaient* ils fait quelques pas dans la rue voisine, qu'ils entendirent un homme qui criait : « Ah, mon Dieu ! « nous sommes tous perdus. » Le prince l'appela et lui deiuanda la cause de sa frayeur. « Ah! répondit <c cet homme , le roy est mort. » chef de la maison de Bourbon commanda alors à ses olBciers de reprendre leurs armes, et se reudil à la maison de Gondi, où Henri 111 venait d'expirer, il allait y entrer lorsque la garde écossaise se jeta à ses pieds en s' écriant: «Siie, vous êtes à présent CI nostre roi et nostre maître. » Ensuite se présentèrent pour saluer le nouveau roi, Armand de Gontaut, maréchal de Biron , Roger de Saint- Lai-y , seigneur de Bellegarde, grand écuyer de France, François d'O, gouverneur de Paris et surintendant des finances, Joacliim de Châteauvieux, Jean duc d'Aumont, maréchal de France^ de Givry, d'Humières, d'Ampierre et beaucoup d'autres seigneurs.
Henri de Bourbon s'établit à Saiut-Cloud , mais il ne voulut pas habiter le lieu témoin de i'assas-
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Il I 11
L£ PA.LÂ1S 1)£ SAIirr-GLOUJ). >
sinat de son beau-frère. La maison du Tillet,
l'une des plus belles et des plus commodes du bourg y était occupée par le comte d'Auvergne ; on le fit déloger , et le prince s*y installa comme roi de France et de Navarre. Il y prit le deuil, et, suivant la coutume des rois de France ^ fit tendre ses appartements en violet. Tel était alors letat de ses finances, qu'on fut obligé d'enlever de la maison Gondi les tapisseries et ameublements qui servaient à Henri 111 pour le deuil de Catherine de Médicis , et de les transporter ;i la * .maison du Tillet
De là , Henri IV envoya Rosny au quartier du maréchal d'Âumont, avec ordre d'annoncer l'événement aux troupes ^ de demander au maréchal en particulier d'agir sur la noblesse , et de faire en sorte que les principaux seigneurs et chefs vinssent le trouver dans l'après^diner : « Mon « ami , lui dît-il en le congédiant , regardez à ce « qu'il faut faire à vos quartiers pour mon serti vice. Pensez-y bien, et m*en donnez avis^. »
Le roi expédia des lettres de déclaration aux gouverneurs des villes et provinces du royaume, promettant à ses sujets de conserver la religion catholique , de soulagér ses peuples et de mainte-
■ De Thou.
* Sully.
nir la noblesse en ses pri\ iléges de iraiichise.
Puis , des émissaires furent dépéchés en Allemagne, en Angleterre, en Suisse et à Venise, pour annoncer son avènement au trône; enfin, dans la maison du Tillet , il rendit, sur Tavis de son conseil , un arrêt ordonnant que le corps de Jacques Gément , après avoir été tiré à quatre chevaux , serait brûlé et ses cendres jetées dans la rivière. Cet arrêt fut exécuté sur la place de réglise collégiale de Saiut-Cloud, eu présence du sieur Duplessîs, grand prévôt.
Le même jour, a août, on apprit à Paris la mort du roi. INous ne rappellerons pas l'effet produit par cette nouvelle : la joie des ligueurs, le triomphe des j)rédicateurs, les transports furieux des Seize, mademoiselle de Montpensiei embrassant celui qui lui apprit la nouvelle, et s'écriant dans le délire de sa haine satisfaite : « Ha ! mon ami , soyez le « bienvenu; mais esl-il vrai au moins? ce nièce chanl , ce perfide, ce tyran est-il mort ? Dieu , « que vous me faites aise! je ne suis marrie que « d'une chose , c'est qu'il n'ait su , avant de m mourir, que c*est moi qui Tait fait faire »
I Sentiment que Racine a mis dans ia bouche de son Hcrnuuiie :
Ma veogeanoe est perdue,
S'il ignore en mourant que c'est mot qui le tue !
nous ne montrerons pas cette princesse montant en cariosse avec sa mère , et criant dans les rues : a Mes amis , bonnes nouvelles , le tyran est a mori , » tandis que son frère , Mayenne ^ le chef de la ligue , asdste à des oi^es religieuses avec un maintien froid et composé , et semble atlnl>uer à Dieu seul la chute du fauteur de Thérësie.
Nous ne redirons pas ces libelles où l'assassin était loué comme uu martyr ; son eftigie exposée sur les autels à la vénération publique; la proposition de lui ériger une statue dans Féglîse Notre-Dame ; sa mère honorée comme une sainte, et pensionnée par Mayenne ; enfin son éloge , réloge du régicide prononcé en plein consistoire par le pape Sixte-Quint ! L'iiistoire a ses saturnales ; et il suffit de rappeler que des joies populaires , tumultueuses , d\m caractère effroyable, éclataient sur toutes les places de Paris y pendant que la tristesse et le deuil régnaient à Saint-Gloud.
La chambre de Henri III était encore pleine de ses serviteurs et des chefs de Farmée, lorsqu'un seigneur, celui peut-être qui perdait le plus à la mort du roi, surmontant s^i douleur, dit aux personnages assemblés : « Messieurs , nos larmes ne « rappelleront pas notre maître du tombeau ; il u faut venger sa mort sous le commandement et
94 RÉSIBSJfCCS ROYALES.
ce bonne fortune du roi de Navarre ; ceux qui ont « charges doivent, ce me semble, aller à leurs trouce pes pour les assurer à son service : quant à « moi , je m'en vais trouver mes compagnons. » Sancy parlait des Suisses, lansquenets et reltres qu U avait conduits en France, et qui formaient une partie importante de l'armée royale. Le maréchal d'Aumont l'embrassa, et lui dit que c'était ce que chacun devait iaire.
Sancy manœuvra si bien ces auxiliaires , qu'il tabtint d'eux, non-seulement qu'ils resteraient au service du nouveau roi , mais qu'ils le serviraient trois mois sans argent, chose remarquable parmi les Suisses.
" Cependant, Henri IV avait mandé le maréchal Biron , qui vint aussitôt : a C'est en ce moment , « lui dit le roi en l'embrassant, qu'il faut que vous « mettiez la main droite à ma couronne : ni mon « humeur ni la vôtre ne veulent que je vous «c anime par des discours; je vous prie, en pence sant à ce qui se présente sur nos bras , d'aller « tirer le serment des Suisses comme vous en- <( tendez qu'il faut , et puis me venez servir de ce père et d ami. — Sire, répondit le maréchal, a c'est à ce coup que vous reconnoitrez les gens «c de bien ; nous parlerons du reste à loisir. Je ne « vais point essayer, mais vous quei ir ce que vous « me demandez. »
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LE PALAIS l>ii SAINT-CLUI D. QD
11 se reqdit sur»le«champ aux quartiersdes Suisses qui occupaient Suréne^ Puteauxet Courbevoie; il trouva les choses tellement avancées par les soins du seigneur de Sancy, que peu d^heui'es après , les colonels et capitaines des régiments suisses y précédés du maréchal de Biron , de Lanoue^ de Sancy, de Guétri, de ChâtiUon et de plusieurs seigneurs , venaient à Saint-CIoud prêter serment de fidélité.
Des fenêtres de la maison du Tiliet ^ Henri IV les avait vus entrer dans la cour ; et encore plus accoutumé à faire le soldat que le roi, s'inquiétaut peu de la gravité de son nouveau rôle , il s'élança au-devant d'eux et les reçut sur la dernière marche de Tescalier. Son accueil fut ciiarmant ; il embrassa Sancy, et donna à Biron et aux autres seigneurs des marques de la cordialité la plus affectueuse : « Je vous dois , leur dit-il , le cr salut de mon royaume et le mien , et je n'ou- « blierai jamais le grand service que vous me « rendez. »
C'était en effet un bien grand service au moment où menaçait de se dissoudre cette belle armée , qui tout à riieure allait entrer victorieuse dans Paris et porter à la ligue le coup le plus funeste. Le corps de Henri III n'était pas refroidi, que deux partis se ibrmaient dans le camp royal : ceux-ci pleins d'espérance i les autres soucieux de
ijG RÉSIDENCES IlOVAl.ES.
FaiTivée au tr6ne d'un prince hérétique. Le soir du a août, dans un salon de la maison de Gondi, se tint une assemblée des premiers seigneurs catholiques. On y agita la question de savoir si l'on reconnaitrail le roi de Navarre. Parmi les propositions diverses, celle du maréchal de Riron parut la plus dangereuse : « Le royaume, disait-il ^ n'est « plus seulement divisé en deux partis religieux , «c il y a aujourd'liui des catholiques royalistes et « des catholiques ligueurs. I^s grandes villes et « le menu peuple , qui sont de la ligue , acceptea ront facilement la domination de l'Espagne, « s'ils perdent Tespoir de se réunir aux catholi- « ques royalistes, et ils le perdront tout à fait « le jour où nous reconnailriuns pour roi de n France un prince protestant. Attendons sa con> «r version pour franchir le saut , et jusque-là , « donnons-lui le titre de cajntaine général ^ et en ic cette qualité jurons-lui ohéissance. »
La grande majorité de l'assemblée repoussa cette proposition. Le sieur de Saucy fut chargé d'y répondre au nom de presque tous les princes et sei<gneurs présents, et notammentdeMM.de Longueville j de Luxembourg et d'Aumont. Sa réplique fut vive et ferme : « Notre état monarchique , <c dit Sancy , ne peut subsister sans roi , non « plus qu'un corps sans téte \ c'est pour cette rai- <c son que le roi ne meurt pas en France. Âu mo-
LË PÀLA.1S DE SAINT-CLOUD. ^7
« ment du décès d'un monarque , son succes- « seur arrive à la couronne en vertu d^un droit
« qu'il tient de Dieu seul. Comme aîné de la <c maison de Bourbon , Hcmi de Navarre est le « plus proche héritier de Henri III. La proposi* « tion du maréchal Biron est le plus grand dom* <c mage qucul'on puisse taire au rot, parce que « si noas, qui sommes avec lui^ nous lui cona testons le titre que sa naissance lui donne , les « ligueurs n'auront-ils pas grandement raison de « le lui refuser? Si nous ne voulons pas le re- « connoître en la qualité dont l'investissent les « lois du royaume y il nous sera trcs-diflicile " de le maintenir comme . capitaine général. « Quant à ceux qui ont scrupule de servir le roi « avant qu'il soit catholique , au lieu de faire « des propositions contraires à ses droits, ils c< agiioient bien mieux, je pense, pour Sa Ma- #c jesté j en se retirant dans leurs maisons. »
Le maréchal de Biron profitant de l'agitation qui suivit ces paroles énergiques, vint prendre Sancy par le bras et le conduisit dans un coin du salon. «En vérité ^ lui dit-il à voix basse, ju&« « qu'alors je vous croyois de Fentendement ; « mais je renoncerai tout à fait à le croire, si vous a persistez à soutenir qu'il faut établir les afFai- K res du roi avant d'avoir assuré les nôtres ; il « ne se soucieroit plus de nous, il ne nous re-
gB RIÊSIDENCES ROYALES.
« connailroit plus. Ce jour est à nous , il faut a eu profiter, ou nous nous repentirons toute
« notre vie de l'avoir laisse échapper. » Aussi désintéressé que fidèle, Sancy répondit : a Je « ne pense pas qu'il soit Theure de nous occu- « per de nos intérêts ; sauvons la chose publique, <c arrêtons la confusion et Tanarchie qui enva- « hissent l'armée ; puis nous songerons à nos af- « faires. » Biron n'approuvait pas et hochait la téte. Saucy ajouta : « Si vous voulez me conlier « ce que vous désirez , et si vous méjugez capa- « ble de le demander au roi , je suis prêt. — « A. <c la bonoe heure,» réphqua Biron. — «c Dites, a je vous prie, au roi que s*il veut me donner le . comté de Përigord, je ne l'abandonnerai ja- « mais , quelle que soit sa fortuue ^ »
Dans une chambre au-dessus du salon où étaient réunis les seigneurs catholiques , le roi de Navarre , dans la plus grande anxiété , attendait l'issue de cette étrange délibération.
Il promit le comté de Périgord , et la fidélité de bn on lut assurée. D'autres résistances ne cédèrent qu'à des raisons semblables. Le maréchal d'Au* mont pressa le roi de lui accorder les gouvernements de Bourgogne et de Champagne, disant que Henri 111 les lui avait promis. Tandis que la valeur et les services des chefs étaient libérale-
I Mémoires d'AngotiIémc.
LK PÂLAIS DE SÂ.l«T-CLOIiJ>. 99
ment achetés en haut , en bas on paraissait très»
disposé à vendre chèrement la couronne. Quelques-uns à la vérité la déféraient sans restriclions. D'autres , parmi lesquels an remarquait d'Épernon et Vilrv , demandaient la conversion immédiate du roi. Ceux-ci disaient qu'il fallait remettre la décision d'une question si importante à rassemblée prochaine des états du royaume. discussion continuait avec une ardeur croissante. Enfin, au milieu du feu de ces opinions contradictoires , le duc de Montpensier, François tle Luxembourg, duc de Piney , et Biron lui-même, revenu à des sentiments meilleurs, firent cette proposition intermédiaire : « Henri de Navarre se ferait instruire dans un délai très-rapproché ; aucun exercice de la nouvelle religion ne serait permis ; aucune charge lu i^ouvcriieinent ne serait donné aux religionnaires ; la noblesse députerait un de ses membres au pape pour justifier l'acceptation du prince en drliorsde l'Église. A ces conditions, on reconnaîtrait Henii pour souverain. » Après avoir été longtemps débattu , ce deriiiei moyen fut accueilli par h\ niajonté des seigneurs catholiques, qui cliargèreut François de Luxembourg de le soumettre au roi«
Des écrivains ont prétendu que cette proposition avait été ignorée de ce prince ; c'est une erreur: Henii IV savait tout ce qui s'était passé dansl'assem-
loo ii£sii)ENC£S aoyalf:s.
blëe. Il savait qued*£pernon^ qui neraimait pas, et
d'autres chefs, sous prétexte de l eligion , travaillaient l'armée , dont la dissolution semblait imminente. D'an autre côté, les protestants ne dissimulaient pas leurs murmures. Ils fréniissiiient à la pensée du cliangement de religion d'un prince pour lequel ils avaient versé leur sang. Henri IV pensait au contraire, et avec raison, que sans l'appui des catiioliques, il lui était impossible d'affermir en ses mains le pouvoir royal. Placé entre les catholiques, qui ne voulaient le reconnaître que dans le cas d une conversion immédiate ou prochaine, et les protestants qui menaçaient de l'abandonner, s'il abjurait, jamais avènement peut-être ne fut entouré de circonstances plus difficiles. Tout autre que Henri IV y aurait succombé ; mais il y avait en ce prince les qualités capables de lutter contre une position unique dans rbistoire. Ses droits à la couronne le servirent moins que son caractère résolu , sa confiance en son étoile, sou entiaiu militaire, sa gaieté, son courage et ses manières Frandies et ouvertes sous lesquelles se cachaient une fmesse et une habileté extrême. Au duc de Piney% qui vint le 3 août, accompagné de quelques seigneurs, à la
1 Le comte (TAngouléme dit qae ce fut Biron qui fut chargé de porter la parole ; Bavila dit que ce fui Piney.
Lfi PALAIS DE SAINT-CLOUD. lOf
maison du Tillel, il répoiidil avec fermeté : «Je «t ne suis point opiniâtre sur l'article de la reii* « gioD j mais j'attendi'ai pour délibérer avec vous, « Messieurs, lorsque je verrai plus de pairs de « France assemblés , et plus d'officiers de la cou* « ronne. Ceux d'entre vous qui ne voudront pas « avoir un peu de patience , ni me donner le « temps de me reconnoitre , peuvent se retirer «t librement. Je suis assuré d'être reconnu pour « Icgilime souverain par tous les catholiques a qui ont leur honneur et leur devoir en recomce mandation. »
EnU lidoris-le devant tous les princes, ducs, pairs et principaux chefs qu'il a rassemblés dans la maison de Gondi , prononcer cette harangue où brillent à la fois une Irancliise militaire si cnti^aiuante, et cette habitude du Béarnais de brusquer la fortune. Dans ce discours remarquable , après avoir rappelé et renouvelé les serments faits à Henri 111 , de protéger la lii^erté de conscience , Henri IV aborde la question sans détours : « J ai été averti , dit-îl , qu il y eu a quelques-uns « de la noblesse de cette armée qui font courir le . bruUqu'Hsnemepeuvent fiiire service, si jene « fais profession de la religion romaine , et qu'ils <t quitteront mon armée, voulant par là essayer «t si je serois si pusillanime que de quitter et de ic contrevenir à ce que j'ai le plus en recomman-
I02 R£SJD£ffC£S AOYA.LES.
« dation en ce monde , à sçavoir ma religion et a mou semieut.
« Je vous ai ^ à cette occasion , Messieurs , fait « assembler, pour déclarer en vos présences que « je SUIS résolu , et prie le Seigneur Dieu m'ap- « peler plutôt de ce monde que je chancelé aucur « nementpourchangermareli^ionetcontrevenir «t à. mes serments, premier que d'être instruit par « un saint concile auquel d'abondant je me sou- «c mets et jure l'en suivre , ne désirant rien plus « que telles genz vuidetil mon armée, aimant <t mieux cent bous fidèles François à mes côtés, «c que deux cents tels enfarinés, parce que je « m'assure que Dieu est du côté des gens de « bien. »
Ce langage , empreint de Findépendance d'un soldat heureux, était alors le seul (|ui t ùt habile. 11 accordait aux catholiques de bonne foi des garanties suffisantes , sans blesser trop rudement Tirritabilité des protestants.
Quant à ceux qui étaient décidés à ne pas le reconnaître, les ménagements étaient inutQes; ils ne le voulaient pas roi; Henri devait leur parler en maitre. D'ailleurs ce calme apparent au milieu des plus grands dangers, ce mépris des obstacles (levait agir puissamment sur les coeurs généreux. Aussi voyons-nous le sieur de Givry se jeter aux pieds du roi , et lui baiser la main en s'écriant :
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LE PALA.IS DE SAIHT-CLOVD. Io3
« Sire, je viens de voir la fleur de votre noblesse « qui se réserve de pleurer son roi quand elle aura « vengé sa mort; elle attend votre commandece ment. Vous êtes le roi des biaves et vous ne se- « rez abandonné que des poltrons ^ » Le courage eut l'influence qu'il exercera toujours : le jour même, Henri IV fut reconnu en vertu de deux actes datés du camp de Saint-Gloud , le 4 août 1 689. Par le premier, le roi s'engageait à se faire instruire en un concile général ou national , qui serait convoqué dans le délai de six mois^ ou plus
' Anne d'Anglure, seigneur de Givry, gouv erneur de Brives, colonel de la cavalerie ligère, était aussi aimable, aussi gai , que brave. A la conférence qui eut lieu à ^iolsy, après la victoire d'ivrjf le cardinal Gaétan , légat du pape, chercha à le détacher du parti du roi hérétique , ou du moiDS à lui faire donner une marque de catholicisme en demandant Tabsolution au pape ou k son légat. Givry, paraissant très^touché de repentir, .se jeta aux pieds du cardinal en iaiploiauL le pardon «les maux qu'il avait faits aux ligueurs. Il avait itçu l'absolution et restait aux pieds du légat; celui-ci lui ayant demandé pourquoi il ne se relevait pas, le gentilhomme répliqua du ton le plus humble : « C'est que j'attends, Monsei- « gneur, une seconde absolution pour les maux que je pré- « tends Êdre à Tavenir aux ligueurs. >» Cette saillie égaya beaucoup les assistants^ excepté le cardinal, qui se retira tout confus. Givry mourut de la mort du soldat, en 1594» au sie^e de Laon.
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tôt s'il était possible*. « Les princes du saiig, ducs, pairs, officiers de la couronne, seigneurs, gentilsbommes , reconnaissaient , par Tautre acte , pour leur roi et pi i lice naturel Henri IV, roi de France et de Navarre, et lui promettaient tout service et obéissance^. » FrançoisdeLuxembourgpartitpour Rome, aUn d'apprendre au pape Favénement du nouveau roi, et ramener le clief de l'Eglise aux sentiments de la noblesse catholique de France.
La déclaration du 4 auiU eut encore le grand avantage de iurcer les ennemis du roi à se décla« rer ouvertement et à quitter l'armée où leur présence et leiu's discours ne poin ai< nt qu'être funestes à la cause royale. Ceux qui douuèreut le signal des défections, furent encore le duc d'Épernon, le marquis de Vitrv, el Jean, seigneur de Villiers. Ardent calliolique et créature des Guises, Villiers s'était poussé à Tombre de la maison de Lorraine. Par ordre du roi , il remit son commandement du pont de Poissy, 1 artillerie et les munitions de Tarmée, à Philibert de la Guiche, et se retira avec deux cents chevaux et bon nombre de genliishoumies. V itry, croyant ou feignant
* Cette déclaration fut vcriUée et enregistrée huit jours après au paricment de Tours.
s Seulement ils demandèrent la convocation des princes dans deux mois; elle fut ordonnée pour la fin d'octobre. — Voir la lettre B aux pièces justificatives du chapitre II.
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LE PXLéLlS DE SAINÏ-CLOUD. lo5
de croire la religion catholique en péril, se jeta dans le paiti de la ligue, où beaucoup d autres le suivirent; cependant la conduite qu'il tint plus tard , ferait penser que ses scrupules étaient vrais; et après l'abjuration de Hemi iV, il fut le premier seigneur de la ligue qui fit sa soumission sans la vendre.
11 n en était pas de même de d'Ëpernon. Cet homme, dur et superbe, qui avait odieu-* sèment abusé de la scandaleuse faveur de Hen* ri lU, en éloignant de son maître les hommes capables de servir TÉtat; qui avait heurté les premiers du royaume et précipité leur ré^ Yolte; qui avait amassé une grande partie des haines sous lesquelles Henri de Valois venait de succomber, cet homme ne pouvait embrasser le parti de la ligue, dont il était exécré; il hésita; il eut un moment Fespoir de conserver sa haute position à la cour, en slmposant à Henri IV, qui avait beaucoup de raisons de le haïr. Mais il \it bientôt que le règne de sa faveur était passé. Une question de préséance décida , dît-on, sa retraite. Lors de la signature de Tacte de la noblesse, du 4 août, il voulut, en qualité de duc et pair, si* gner avant les maréchaux de FVance. Biron et d'Auniont, qui :n aient de vieilles rancunes contre le favori, ne le permirent pas; et le duc, furieux, annonça hautement Tintention de se retirer, cer%
fo6 Hk;ilX)£JMCES AOYÀLKS.
tain qu'il n'était pas au pouvoir du roi de le
retenir, et couvrani sa ii iiaite du manteau de la religion. 11 emportait d'immenses richesses honteusement acquises, et emmenait ax mille hom* mes de pied et douze cents chevaux levés dans ses gouvernements de la Saintonge et de l'Angou* mois. Quand il se rendit à la maison du Tillet pour prendie congé de Henri IV, le roi lal^ordant avec un visage sévère ; « Eh bien î M. d'É- 'c pemon , lui dit-il , vous n'avez pas voulu ap- « prouver Fécrit qui a été signé sans difficulté par « la plupart des personnes de distinction qui sont « dans mon armée, et qui ne sont pas moins bons ft catlioliques que vous. Ne me reconnoissez-vous <( pas aussi bien qu'elles pour votre roi ? » Intimidé par cette vive apostrophe , d'Épernon répondit avec trouble : « Je suis le très-luimble a serviteur et sujet de V. M. Personne, dans « le royaume, n'eut désiré plus ardemment que «r moi de la voir sur le trône après la mort de « mon maître. Je ne ferai jaiuais rieu contre «son service; j'aimerois mieux mourir que d'en «avoir conçu la pensée; mais je prie très-h«mtt bleiuenl S. M. de m' excuser, si, étant d'une re- «ligion différente, je ne puis, sans blesser ma « conscience , demeurer auprès de sa personne. » Henri, indigne de sa fausseté, lui tourna brusquement le dos, et le duc se retira, non sans crainte
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d'un guet-apens ; il se croyait encore à la cour de Henri III, et se souvenait du duc de Guise 1...
L'exemple de d'Épemon fut suivi par un assez grand nombre de seigneurs : les uns se retiraient, disaient-ils, pour défendre leuis propiiëtës ; ceuxci pour aller faire leurs récolles ; d'autres parce qu'ils en avaient obtenu la permission du feu roi. L( h soldats commençaient à se déJjander. On n'était pas sans appréhension du côté des Suisses ; mais Sancy et le maréchal de Biron parvinrent à les tetenir dans le devoir, avec des raisons et des prières , appuyées d'une bonne somme d argent , que le roi emprunta à ses amis.
Du côté des protestants, les embarias n'étaient pas moindres. Pour ceux qui avaient soutenu Henri de Navarre aux dépens de leurs biens et au péril de leurs vies, qui avaient vaincu avec lui et pour lui à travers mille fatigues, l'avènement de Henri IV avait été un triomphe qu'ils saluèrent avec transport. Pleins de justes espérances, ils avaient vu un moment les charges, les dignités, les gouvernements pleuvoir sur eux ; ils avaient surtout célébré la glorification de leur culte, et le protestantisme assis sur le trône de France. Mais la déclaration du 4 août avait soufflé sur ces rêves d'un jour. An^achés à ces illusions, trompés dans leur attente, ils exhalaient leur mé* contentement en plaintes amères ; le camp relen-
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tissait de leurs menaces; ils accusaient d'ingratitude leur chef, qui oubliait ses amis pour chercher à gagner ses ennemis.
Le caractère de Henri IV se pliait merveilleusement aux circonstances ; roi sans argent , sans royaume, tout à Theure .sans appui, sans soldats , il opposait à lorage un front calme et riant. Sa présence d'esprit , ses reparties , sa gaieté, son affahilité, tempéraient Tirrilalion générale; déposant son rang , il se faisait le compagnon de tous; n'ayant rien à donner, il promettait sans mesure; ses paroles cordiales , sa bienveillance inaltérable , persuadaient les uns y retenaient les autres; il avait Tart d'accommoder son langage aux désirs , aux passions des partis. Les protestants avaient sa conliance intime^ il paraissait les admettre à ses pensées les plus secrètes, leur ouvrir son cœur, et placer en eux ses meilleures espérances. « J'attends impatiemment , <K leur disait-il , le jour où , libre de contrainte , «je pourrai m'abandonner à la reconnoissance. » £n public y il honorait hautement les catholiques, leur religion et ses ministres, afin de leur donner l'espoir d'une prochaine conversion ; appelant ceux-là les sauveurs de la patrie , ceux-ci les restaurateurs de la maison royale; disant à tous qu'il leur devrait sa couronne , et les flattant de la gloire d'avoir sauvé leur pays.
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A Samt*Gloud, la maison du Tillet était ouverte à tout le monde. Henri était tellement accessible, que rien n'eut étc plus facile que de l'assassiner. Il prenait en public ses modestes repas, riant le premier de la frugalité de sa table j et s'égayant sur les difficultés de sa si tua lion.
Au moyen de cette politique, d'autant plus adroite quelle était assaisonnée des manières vives niais séduisantes du soldat , il parvint à arrêter la dissolution totale d'une armée mal payée et composée d'éléments et d'intérêts divers.
Cependant Henri reconnut bientôt qu'il fallait renoncer pour le moment à la prise de Paris. Son armée était devenue moins nombreuse, et les forces de la ligue s'accroissaient de ces défections. Il assembla un conseil de guerre où furent appelés les principaux de l'armée. Parmi diverses pi opositions, on agita celle-ci : de réparer le pont de Saint-Cloud, qui avait été fort maltraité par le canon des royalistes, d'y placer le corps de Henri 111 , devant lequel ou ferait défiler les troupes 9 qui jureraient , en passant devant le cercueil, de venger la mort du roi. La cérémonie du serment devait être suivie d'un assaut donné par toute l'armée aux faubourgs Saint-Honoré, Saint- Denis et Saint-Martin.
Après avoir écouté attentivement toutes les propositions, Henri répondit à cette dernière en ca-
pitaine habile, que l'état des troupes oe permettait pas d'espérer le succès d'un assaut; qu'un plus long séjour devant Paris ne pourrait profiter qu'à la ligue ; que le meilleur moyen de prévenir de nouvelles défections, était de mettre deux rivières entre l'armée et la capitale. Il avait d'abord voulu opérer sa retraite sur la Loire; mais ayant reconnu, sur l'avis de sages conseillers, que c'était s'exposer à perdre les villes sur la Seine , la Marne et l'Oise, qui lui étaient demeurées fidèles, il avait abandonné ce dessein. Le roi proposa ensuite de se replier sur le pont de Poissy, puis d'aller en Normandie rejoindre le duc de Montpensier, qui devait lui amener un renfort de huit cents gentilshommes et de quatre mille hommes de pied ; on attendrait là les secours promis par la reine d'Angleterre. L'avis était bon ; il fut adopté.
Mais, avant de continuer une guerre qui déjà avait tant épuisé la capitale et les provinces, Henri voulut Êdre une tentative auprès du duc de Mayenne, afin d'épaigner le sang français, et de s'assurer plus promptement la couronne. 11 y avait alors à Saint-Cloud un nommé Bigot, secrétaire ou domestique de confiance de l'ancien Huuistre Villeroy, qui avait suivi l'armée depuis Étampes. Villeroy l'avait envoyé pour obtenir de Henri III la permission de rester avec son père cl son iils à sa maison dWlincour, sous la sauve-
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garde royale. La demande dont Bigot était por> teur futrepoussëe , parce que son maître, irrité
de sa disgrâce et d uii oiai age du duc d'Épernoii, avait embrasse le parti de la ligue. Henri IV voulut voir rémissaire du ministre de son prédécesseur. Bigot fut inlioduit, par Cliàtillon, en présence du roi , qui, lui remit une lettre pour Villeroy, dans laquelle il manifestait le désir de Tem* ployer pour faire la paix, el 1 iuieniion de contenter le duc de Mayenne et de consentir à ce qui serait jugé raisonnable et utile. Dans ce but, Villeroy devait se rendre le lendemain à un endroit indiqué du bois de Boulogne.
Villeroy apprit sur^l&champ cette ouverture à Mayenne, en le priant de voir le roi; le duc refusa. «Cette entrevue, alléguait-il, devait lui porter préjudice, parce qu^elIe ne ])ouvait être si secrète 411 elle ne fut bientôt connue des ligueiii , qui en prendraient de Tombrage. D'ailleurs, les choses étaient dans un tel état depuis la mort de Henri de Valois , qu'il espérail (jue la religion du nouveau roi changerait la face des affaires d'une manière très-favorable à la ligue. Il autorisa donc seulement à répondre au roi par Bigot , que s'il plaisait à S. M. d'envoyer quelqu'un des siens à Paris , M. de Villeroy le recevrait et ne sfépar^ gnerait pas pour obéir à S. M. ; qu'enfin, le duc de Mayenne n'avait aucune querelle particulière
lia B^IDENCES BOYALES.
avec le roi^ dont il honorait grandement la per* sonnci d'autant plus qu'il savait que S. M. o'avait pas approuvé la mort de ses frères. »
Bigot amena deux jours après le sieur de la Marsillière, secrétaire du cabinet. JNe pouvant avoir accès auprès du duc de Mayenne , il s'aboucha avec Villeroy. Voici les cousidtralious qu'il mit en avant pour appuyer les ouvertures du roi : à la nécessité de la paix se liait Fintérét du duc de Mayenne , qiu occuperait une haute position près du trône ; tous les princes , officiers de la couronne, seigneurs, gentilshommes catholiques, qui se trouvaient en giand nombre au cauipde Saint-Cloud, rassurés sur leur religion par les promesses du roi , avaient juré à S. At. loy auté et obéissance ; un accoiuniodement serait encore le moven d'adoucir l'extrême irritation des catholiques, qui imputaient au duc de Mayenne la mort de Henri 111 , dont ils s'étaient engagés à poursuivre la vengeance ; le roi avait fait le même serment ; il n'en pouvait être délié que par une seule cause , la pacification généiale du royaume.
La réponse que Villeroy transmit de la part de Mayenne respirait, sous une liiudétation apparente, l'assurance hautaine d'un homme ébloui par le rang qu'il occupait dans son parti, et
plus encore par Féclat d'une couronne qu'il
convoitait saus oser la saisir. En voici la substance :
<r Le duc de Mayenne ayant reconnu le cardinal de Bourbon , à qui le trône appartenait , il ne pouvait accueillir Fouyerture du roi ; d'ailleurs, si ses frères avaient pris les armes sous Henri lll , ainsi qu'on lavait vu, pour empêcher que le sceptre français ne tombât aux mains d*un prince d'une religion contraire, comme le royaume en était menacé après la mort du duc d'Alençon , aujourd'lmi que cette nécessité était plus urgente que jamais , il devait à la mémoire de ses frères de continuer leurs résolutions^ 11 le devait encore à sa religion, à sa conscience, à la fidélité promise au cardinal de Bourbon, a la cause publique , pour laquelle il avait engagé sa foi et dévoué sa vie , en recevant la charge dont il était honoré ; quoi([u'il eût le plus gi and désir de mettre un terme à la guerre civile et aux maux qui raccompagnent, il ne pouvait l'entreprendre seul, et surtout pendant la caplivité du caniiiiiil de Bourbon. Quant aux nombreux ennemis que lui avait suscités la mort de Henri III , comme disait le sieur de la Marsillière, celle mort lui avait apporté une telle consolation du sang de ses frères, qu'il s'exposerait plus patiemment à toutes sortes de périls ; il avait donc plus de sujet de louer Dieu quedes affliger de ce qui était advenu. £niiu
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il «e pouvail donner conseil à S. M., ayant les armes à la main contre elle; mais elle devait considérer que y difficilement, il les pouvait déposer, et entrer en négociation tant que le cardinal sciait prisonnier et que S. M* persisterait dans sa religion. »
A cette réponse, le roi leconnut que Mayenne ne se soumettrait qu'à la force; il prit aussitôt son parti , s'en remettant à son épée et à la justice de sa cause. En attendant qu'il reçoive aux journées d'Àrques et d'ivry une seconde couronne , il prépare la retraite de ses troupes , réduites de moitié, et s'occupe des lunérailles de Henri 111. Un service solennel fut célébré en Féglise de Sainl-Cloiid par les aumôniers du feu roi, réunis aux chanoines, et une oraison funèbre fut prononcée à la tète du camp. Puis , l'armée s'achemina vers Poîssy. De là , Henri IV se rendit à Compiègne , où il dé[)osa le corps de son prédécesseur en Tabbaye de Saint &-CorniUe , pour y demeurer jusqu'à ce que les temps, devenus meilleurs, lui permissent de i inhumer à Saint- Denis f dans le tombeau des rois
Nous avons parlé des regrets qui éclatèrent à la mort du dernier des Valois parmi ses servi-
■ Suivant Pérefixe , Henri III ne fut enterré à Saint-Denis
que huit jour s avant Hcuri IV.
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teurs; niais la douleur la plus vraie , la plus proronde, fut celle de Charles Benoise, seci'étaire du cabinet: un monument, élevé à ses frais*, attesta son dévouement et sa reconnaissauce; il fit enterrer les entrailles de sonmaitre en un lieu secret de l'église collégiale de Saint-Cloud, et plus tard I en i^g^t à la fin des ti oubles, il fit élever à ses dépens , au milieu de la belle cha* pelle de Sainl-Micliel , qui était au coté droit du chœur de l'église de baint-Cloud, une colonne torse de marbre rouge, au haut de la* quelle lut {jlacé le cœur de Hem i iil. On y lisait cette inscription en lettres d'or ; âdsta, viator,