CHAPITRE III
MAISON d'ORLBANS. — MABIB-ANTOINETTB.
Depuis la inoii de Henri IV jusqu'au jour uù Philippe 9 duc d'Orléans , frère de Louis XIV, fil bâtir un palais à Saint-Cloud, cette résidence ne futle tliéâtre (raïu uii événement digne de prendre place dans l'histoire. Nous ne parlerons donc ni de l*arrét du parlement , qui intervint le 27 mai 161 4, pour obliger le cardinal de Gondi, é\ êque de Paris, à partager, avec les habita nls de Saiul- Cloud , les frais de la restauration de leur ëglise ' ; ni du séjour de Gaston, frère de Louis XIH, qui, après avoir perdu sa première femme,
* Mciiioiics du cure de Saiitt'-Cloud.
riB llJÎSiDENCES ROYALES.
Marie de Bourbon , mère de mademoiselle de
Montpensier , se retira à Saint-Cloud, dans la maison du président de Coigneux , pour la pleurer plus librement ' ; et si nous mentionnons la prise du bourg de Sainl-Cloud par Tu renne , en i65a, et les vains efforts de Condé pour le reprendre y c'est que les querelles de deux, grands hommes de guerre prêtent quelque intc- ]'ét aux moindres événements ^.
Les mêmes troubles amenèrent à Saint-Cloud les ursulines de Monteieau : le prince de Condé avant sommé cette ville de se rendre ou de se préparer à un assaut, les ursulines , justement épouvantées, quittèrent leur ( ouvenl ; ImiL d'entre elles prirent la route de Paris. Dieu les guidait; il les conduisit chez madame Talon , femme de
Favocat généi al, c[ui, de concert avec quelques dames chaiitabies, fit à Saint-Cloud, pour les pauvres religieuses, Facquîsition de la maison du grand vicaire de Saussay. L'archevêque de Paris leur donna, le 1 1 mars 1654? la permission de s'y établir , et Louis XIV par lettres p tentes con*> fu'ma cette fondatioii ^.
* Mémoires particuliers pour servir à rhistoîre de France.
* Ménioii cs du tem|)s. (Jolv.)
^ Letrres patentes de 1660, euregisirt^es au parlement cik s66f» Cefut cette même anoée que Ton fit graver cette ins*-
LE PALAIS DE SAINT -CLODD. IIC)
La maison Gondi, témoin des têtes de Cathe* l ine de Mëdicis , de l'assassinat de Henri 111 et de ravéuemeut de Henri de INavarre au trône de France, ne resta point entièrement abandonnée de la cour. En 1604? ledaupbin , depuis Louis XIII, V reçut le prévôt des marcliands et les écheviijs de Paris, qui iui apportèrent les clefs de la capitale ; et le même prince s*y arrêta, en 1607, avec le duc d'Orléans, son frère, et ses deux sœurs , Elisabeth et Christine, aux acclamations d'une foule avide de contempler les enfants du roi
Mais pendant tout le règne de Louis Xlll, il n'est plus question de cette maison , jusque*>là célèbre; on ignore même par quelle transition elle passa dans les mains d'Hervard, conliôleur des finances. Suivant Lamartinière , Louis XIV aurait acquis, le 8 octobre i65o, la maison de Gondi , dont le dernier /jossasscur était J. F. de Gondi, premier arckeçeque de Paris ^. C'est à
cription sur le cloitre des ursiiiines, dont Monsieur posa 1» première pierre: « Philippe de France, eii prince grand parson nom auguste et encore plus par ses vertus, a beaucoup contribué à leur établissement avec une bonté extraordinaîre : sa mémoire sera, précieuse et éternelle à toute la c<juijmuiaatc. » Ârchi^'es des ursuli/ies,
* Cérémonial français de Deius Godcfrov.
'Cette maison a-t-eile appartenu aux Oondi, archevêques de Paris? Cétait un point controversé; cependant nous
Digrtizeij Ly <jOOgIe
no RÉSIDENCES ROTALSS.
la fois une eri^ur de date et de propriété. Uervard en était propriétaire en i655, puisque la dame Dupre im vendit à celle époque toutes les eaux de la fontaine de Garches Hervard en était propriétaire en i658, puisque le 6 octobre de cette année « le roi, avec lequel était Monsieur, alla prendre le divertissement de la promenade dans la belle maison du sieor Hervard, qui les y traita à dîner, et qui reçut les témoignages de satis&ction de Sa Majesté ^ ; » Hervard en était propriétaire, puisque c'est de lui que le roi Tacheta le a5 uclubre i658; et à celle occasion on cite une anecdote à laquelle le caractère de
avons eu sous les yeux deux gravures de Perel et d'Israël Sylvestre, Tune avec cette inscription : « Veùeet perspective de la maison et parterres de riUustrissime archevêque de Paris, à Saint-Gloud; >* et Tautre avec cette inscription r « Veue et perspe ctive de la cascade du jardin de l'illustrissime archevêque de Paris, à Saint-Cloud. » Ces gravures représentent nue maison , tlt s jardins , des cascades dans, le goût italien, ot donm^nt droit de penser que des mains de Jérôme Goudi, cette brillante résidence passa aux Gondi, non comme archevêques de Paris , peut-être, mais comme héritiers de Jérôme Gondi. Ce sont eux qui l'auraient vendue à Hervard, contrôleur général des finances.
■ I»e contrat de vente de i655 porte : « Pour être lesditos eau\ conduites en la maison nouvellement (iniuisr j/ar M. Hervard^ appelée vulgairement la maison de Gondi. «
* Gazette de France, i658, page 998.
LE PALÂiS DE SAlPiT-CLUCD. 121
Mazariii donne quelque vraisemblance ^ mais
dont nous ne p^aran tissons pas rauthentîcîté :
Peu de jours après la promenade de Louis XIV à Saint-Gloud, Ma2arin fit une visite à Hervard et après avoir vanté les magnificences de sa demeure : «Je suis sùr , lui dit-il^ que tout cela doit « vous coûter au moins ],aoo mille livres? 19 Le contrôleur général, peu soucieux de laire connaitre son opulence au premier ministre , répondit au cardinal qu^il n'était pas assea^ riche pour consacrer une somme aussi considérable à ses plaisirs. « A combien donc vous revient cette mai- « son , reprit Mazarin ; à deux cent mille écus ? — « Non, monseigneur, réplique le financier , je ne «c suis pas en état de faire une si grosse dépense. — «c Allons, ajouta le cardinal, je le vois, cela ne «vous coûte que cent uiille écus. — Il est vrai, «monseigneur. » Le lendemain , Mazarin envoya 3oo mille livres à Hervard , avec une lettre où il lui annonçait que le roi désirait acquérir la maison pour le duc d'Orléans, son frère. Le poileur de la lettre était un notaire ; l'argent était tout prêt, il fallut signer ; et Louis XIV devint possesseur de la maison d'Hervard. « Ainsi , dit Tau*
t Hervard avait été choisi par Mazarin pour négocier le retour du prince de Coudé à la cour; c'est à ceUe mission <[u*Hervard dut sa faveur et sa fortune.
I 2'2 UÉSIDENCES UOYAI.£S.
leur de cette anecdote ' , par la finesse du cardinal, le roi eut pom* cent mille ëcus ce qui coûtait près d'un million au financier, qui fit sans y penser la restitution d^une partie de ce qu'il avait volé à Sa Majesté. »
Nous avons recherché des preuves plus authentiques que les anecdotes, et plus sérieuses que les épigrammes : nous avons consulté les contrats; or, voici ce que nous avons recueilli dans les archives de la couronne :
« Le palais de Saiiil-Cloud avec ses dépendances se compose d'une infinité d'acquisitions faites par Monsieur ^ frère du roi Louis XIV, depuis 1 658 jusqu'à 1701 , époque de sa morl ;
«( La première et la plus considérable , qui servit de fondement à toutes les autres, fut la maison appelée rie Goiull^ que Monsieur acquit de Barthélémy Hervard, contrôleur généial des finances, par contrat du a S février i658, passe devant Mouffle et Lefoin, notaires à Paris, moyennant 240,000 livres;
« On se contentera de citer ici quatre des principales acquisitions que J/oA;m'M/' joignit à celte première , savoir :
« La maison appelée le Tillet*, acquise du sieur
t Dictionnaire d'anecdotes.
* Au bas de la grande cascade. Çest là que logeait
LE PALAIS DE SMUiT-CLODD. 123
Martin , trésorier de la marine , par contrat du 29 mai 1659, moyennaut Go^ooo livres;
«c Une maison qui appartenait au sieur Duverdier, vendue 3c),ooo livres par contrat passé devant Gigault^le ii décembre 1673;
« Une autre maison appartenant à M. le duc tle Cliarost, acquise par contrat passé devanl Bechet , le 2 3 novembre i683y moyemiant 66,000 livres , et le fief de Villeneuve, vendu par la dame de Saint-André , par conlrat passé devant Bellanger, le 25 octobre 1695, moyennant 57,200 livres.
«D'un autre côté, pour faciliter l'agrandissement du parc de Saint-Cloud , Louis XIV, par lettres patentes du mois de décembre 1678, fit don à Monsieur de 3 1 arpents 67 perches de terres situées sur le haut de la montagne, derrière les murs du parc de Saint-dloud ; par lettres pa-^ tentes de décembre 1677, Sa Majesté donna encore à Monsieur la moitié de la se^neurie de Sèvres. Le prince y joignit d'autres acquisitions, le fief de ^Arpent franc ^ , luie pièce de terre appelée la
Heuri IV pendant les apprêts des f uuerailles de Henri 111. (Voir la gravure d'Israël Sylvestre.)
' Ce fief fut donné par Yallerand de ViUepreux aux prieur et religieux deSaînt-Hartin des Ghaa^, à ParÎA; on Tappelaîl alors la terre auprès d^Julnay, « Or, il faut en-
ia4 R^lDElirCËS ROYALES.
pièce des rivières ^ acquise du sieur de Ijongueii^ une maison sise à Sèvres, appaiteuanl au sieur i^rmerotf plusieurs autres enfin sises à Marne , Saint«€loud et Ville-d*Avray »
La maison Gondi, achetée successivement par Hervard et par Monsieur^ devint donc le noyau du palais de Saint-Oond. « Mais, dit M. Fontaine,
tendre qu'au village de Saiot-GIoud nous avons lieu et triage que Ton a accoutumé de toute audenneté appeler V Arpent franc, auquel Heu dit ^Arpent franc il y a cinq ou six maisons, cours, masures et jai clins, tenant d'une part et (l'autre part aux héritiers de feu M. (i'Aibve, d'autre au grand t heinin par lequel on va dudit Saint-Cioud à Trapes , aboutissant d*un bout à une ruelle par laquelle on va dudit Saint- Cloud à l'hôtel dudit d'Albye ;
• Au dedans duquel lieu de TArpent franc et autres lieux cy-après déclarés, ledit seigneur, évéque de Paris, seigneur dudit Saint -Cloud , n'a que voir ne que connoitre, mais sont les hôtes, sujets et demeurants audit Arpent franc exempts delà justice et seij4,ueuric dudit seij;neiir de Saiut-Cloud, sans (}u'îls soient aucunement sujets eu aucune sorte et manière à ia justice ne ofBciers dudit seigneur évéque, mais sujets et justiciables de nous audit lieu» et responsables pardevant notre maire, etc., etc. » (Extrait de la déclaration- des habitants de Saint-Cloud, Archives de la couronne.)
» Toutes ces acquisitions réunies formèrent un ensemble de 1 1 56 arpents , selon le plan n-digc par Legrand , en 1 7 H6, des palais, jardins, parc et dépendances de Saint-Cloud. [Archives de la couronne, aux pièces justificatives du chapitre III , lettre A.)
LE PALAIS DE SAinT-CLODD. Il5
premier architecte du roi, il serait difficile d'indiquer aujoiircriiui, d'une manière précise, ce que pouvait être la maison du contrôleur Hervard lorsque Monsieur^ frère unique de T^uis XIV, en fit sa résideiice de campagne ; car, à rexceplioii de fa vue gravée par Israël Sjrlvestre , et que nous avons copiée, aucuns plans n'ont pu être retrouvés pour donner une juste idée des choses à cette époque. Cependant, d'après les traces de plusieurs constructions anciennes, conservées dans les souterrains, et quelques vieilles murailles découvertes en différents endroits du château, il y a lieu d'assurer que le prince, sans avoir jamais voulu élever un palais iiouveau, a fait construire sur les fondations qui existaient , et presque dans les limites de la maison d'Hervard , la résidence qu'il a habitée jusqu'à la fin de ses jours ^ »
Telles étaient déjà l'élégance de cette maison et la beauté du lieu , que Monsieur s'y était établi et que Louis XIV et sa cour aimaient à > iaue de fréquentes promenades. Les journaux du temps parlent avec pompe d'une fête «où le roi, accompagné de Marie -Thérèse et d'Anne d'Aulriclie, vint à Saint-Cloud sur une galiote très-galamment ornée ; Monsieur traita avec une magnificence exhaordinaire ; la bonne chère fut accompagnée
* Oomaines de la ronronne, Château de Saint- Clood.
1^6 RliSI0ENCES ROYALES.
de délicieux concerts, et du divertissement d^une comédie française dans le jardin éclaire par un grandnombre de lustres. Les bords de la rivière, couverts de batelets décorés, étaient occupés par des fanfares, des tambours et des trompettes'. »
Mais Louis XIV, qui songeait à marier son frère, voulut agrandir cette maison de plaisance et en faire un palais. Il confia, en 1660, à Lepaule et à Girard les travaux d'architecture ' ; le Nôtre fut chargé de dessiner le parc et les jardins 3, et plus tard, Jules Hardouiti Mansard reconsliuisit les cascades^.
La veuve de Charles roi d'Angleterre, était venue chercher un asile en Fi-ance, son pays natal ^. Son titre de reine , le sang de Henri IV qui coulait dans ses veines, ses malheurs, sa piété, lui avaient gai^né l'aireclion d'Ànne d'Autriche, qui lui demanda la main de sa fille, la princesse Henriette, pour son secondiils le duc d'Anjou, de^ puis duc d'Orléans, Monsieur^ frère de Louis XIV. La reine d'Angleterre fut touchée et ravie de cette
' Gazette de France^ 1659.
» Moréri.
3 Piganiol.
^ Harcouet de Longeville.
^ Voir le récit de SOD voyage, iiesM^/ïcej royales. Histoire du palais de Fontainebleau.
LE PALAfS DK SAINT-CLOUD.
proposition; et le i a août 1660, un grand bal donnë à Saint-Cloud et ouvert par Monsieur et la princesse Henriette, fut le prélude de leur union j célébrée au Palais-Royal , le 3o mars 1661
De ce moment , Saint-Cloud devint un lieu de délices. Ce n'étaient , dans ces jardins enchantés , que fêtes y plaisirs , spectacles^; et la duchesse d'Orléans , brillante de grâce , d'esprit et de jeunesse, voyait toute la cour et le roi lui-même à ses pieds. Mère de trois filles charmantes; fière d'avoir réussi à détacher Charles lï , son frère , de la triple alliance ibrmée contre Louis XIY ; entourée d'hommages et de reconnaissance, rien ne manquait à son bonheur et même à sa gloire. . . Tout à coup , « 6 nuit désastreuse ! ô nuit elïroya- «ble! où retentit comme un éclat de tonnerre a cette étonnante nouvelle : Madame se meurt! « Madame est mortel Au premier bruit d'ua mal a si étrange, on accourut à Saint-Cloud de toutes a parts ; on trouva tout consterné , excepté le « cœur de cette princesse. Partout on enleud des «c cris, partout on voit la douleur et le désespoir,
* Histoire du PalaiS'Royai, chap. iv.
• La Gazette de France^ dei)iiis i année i66a jusqu'en 1670, racoateavec détails ces têtes et ces divertissements, où, sous la présidence de Henriette d'Angleterre, le bon goût s*uiiissait toujours à la splendeur.
laS RKSlDENCtS ROYALES.
« et rimage de la mort. Le roi , la reine, MonsieuVy
« tout est aliatlu , tout est désespéré; et il me semtt ble que je vois l'acconi plissement de cette paa rôle du prophète : Le roi pleurera, la princesse « sera désolée, et les mains tomberoiil au })euple, «de douleur et d'étoniiemeut » Ces sublimes paroles ne sont que le tableau fidèle de ce qui se passait à Saint-(^loud , le 9.9 juin i()7().
C'était un dimanche : la ducbesse d'Orléans , après avoir assisté à la messe, alla voir peindre sa fille, cette Marie-Louise si belle et si malheureuse, qui ne brilla qu'un moment sur le trône d'Espagne , et dont la mort rappela si douloureusement celle de sa mère ! On servit le dinei ; la duchesse mangea comme à son ordinaire et s'en* dormit sur un sopha. La comtesse de la Fayette, qui veillait auprès d'elle, reniartjua avec surprise que le visage de la princesse s'altérait, à son réveil , Henriette , toute pâle , se plaignit d'un point de coté, et se fit transporter dans sa cliambre. Tel était l'excès de sa souflrance, qu'elle versait des larmes et jetait des cris. Son médecin , le docteur Kspi it, accourut, et n'eu parut point alarme ; mais comme déjà frappée de l'idée de la mort , Henriette demanda un confesseur. Monsieur était au-
* Bossuet, Oraison funèbre de madame Henriette d'Angleterre.
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près de son lit : «Embrassez-moi, » lui dit-elle. Monsieur ne put retenir ses larmes, il embrassa la princesse, et redemanda avec vivacité au médecin ce qu'il pensait de la maladie. «Cest une simple colique, dit le docteur Esprit, et je réponds de Maiiame, n L'abbé Feuillet, curé de Saint-Cloud, étant arrivé, Madame se confessa < ; et après cette pieuse conférence où elle montra autant de résignation que d'humilité , elle fut saignée au pied par Guessin, médecin de Pans, en qui elle avait beaucoup de confiance. Celte saignée parut la soulager, et déjà ses femmes disaient tout haut, autour d'elle, qu'elle était mieux. «Cela est si peu vrai, répondit la princesse, que a si je n'étais pas chrétienne, je me tuerais, tant « mes douleurs sont excessives! » On la changea délit, on lui donna un bouillon, mais ses douleurs redoublèrent, au lieu de se calmer.
Le roi avait plusieurs fois envoyé savoir de ses nouvelles, lors(|ue M. de Créqui, qui avait passé à Saint-Cloud en allant à Versailles, lui dit qu'il croyait Madame dans le plus grand dan*
* Cette confession, dont noiii avons retrouvé le proeèsverbal original, prouve à quel point celte pauvre princesse fut tourmentée dans ses derniers moments paruo de ceux-là même qui devaient lui offrir les plus saintes et les plus douces consolations. (Pièces justificatives, B.)
l3o BiSIDENGES BOTALES.
ger. Le roi pai lil aiissilùL poui' Saint-Cloud, avec la reine ; la comtesse de Soissons, madame de la Vallière et madame de Montespan accomfMignaient Leurs Majestés. Il était onze heures du soir; Louis XIV ne put contempler sans une douloureuse émotion ce front si gracieux dont la mort s'était déjà emparée; et lorsqu'il entendit cette voix qu'il aimait, lui dire avec une tendresse calme : « Je ne crains pas la mort, je n*ai «jamais crainl (jue de perdre vos bonnes grâces, <c car vous n'avez jamais eu de servante plus dé- «r vouée que moi , » on dit que le roi versait des larmes. « Ne pleurez point, Sire, lui dit la prina cesse; ne pleurez point, vos larmes alFaiblissent « mon courage , et j'en ai besoin pour mourir... a Demain , la première nouvelle que vous a]>pren- «c drez à Versailles sera celle de ma moit 1 » Le roi se retira.
Âpi'ès cette scène décliiraiile, MacLinie recul la visite de l'ambassadeur d'Angleterre; elle lui paria du roi son irère , et le pria de lui mander c( qu'il « perdait en elle la personne du monde qui Taitt mait le mieux. »
Puis elle demanda Textréme-onction ; à cet instant arriva Bossuet, (jui lui adressa quelquesunes de ces saintes exhortations dont la douce puissance enlève Fàme à là terre et la transporte dans les cieux. « Vous donnerez à M. de Condoni ,
LE PALA.Ift DE SUNT-CLOUD. l3l
« dit-elle à sa première feiume de chambre , lors- «que je serai morte, Témeraude que j'avais fait «c préparer pour lui ! » Bossuet lui présenta le Crucifix; elle le porta à sa bouche avec ardeur, mais bientôt il retomba de ses lèvres décolorées: l'infortunée venait d'expirer ' !
Cette mort inattendue ne Tut pas seulement un
deuil universel , elle devint l'objet des plus graves soupçons. L'ambassadeur d'Angleterre demanda Tautopsie et le roi lordonua. « Le corps lut exposé dans l'antichambre au g^and jour, M. l'ambassadeur, avec plusieurs seigneurs anglais, était aux pieds; le médecin et le chirurgien anglais étaient à la droite , et M. fiourdelot à la gauche , y étant venu par ordre, leur expliquant tout ce que le chirurgien découvrait en taisant la dissection. M. le docteur Vallot était à côté du jeune Félix , ayant derrière lui MM. Daquin , l^chambre et Brayer; MM. Blondel, Petit, Levasseur et le Bel, médecins, environnaient la table ; M. Ivelin , médecin ordinaire de Madame^ était vis-à-vis du jeune Félix , qui fit l'ouverture du corps.
« 11 a été reconnu que la maladie avait été un
dwléra-morbus très-violent, lequel en peu d'heu-
* A. deux heures et demie du matin, 3o juin 1670, à Tâge
Je vingt -six ans.
i3a RÉàtDeNCES royales.
res avait emporté la piiacesse , ce qui ne laisse aucun soupçon de poison lent ni actif n
Tel fut le premier jugement porté sur cette mort si rapide et si cruelle; mais lorsque Fou consulte les mémoires du temps et les documents de rhistoii*e, on a bien de la peine à se défendre de ne pas croire au poison. Écoutons les divers témoignages :
«c Lorsque nous arrivâmes à Saînt-Cloud (dît madeiuuiselle de Montpensier ) , nous la vîmes sur un petit lit, tout échevelée, le visage pâle, le nez retiré : elle avait la figure d'une personne morte. Elle faisait des efforts horribles pour vomir ; elle demandait Témétique ; les médecins disaient que cela lui serait inutile. Le roi leur dit : « On n'a jamais laissé mourir une femme sans lui donner aucun secours. » Ils se regar^ daient et ne disaient mot. Le roi embrassa la princesse et lui dit adieu. Elle lui tint des discours fort tendres, reçut les secours de la religion et expira. On parla du soupçon qu elle avait eu d'être empoisonnée. Sur ce bruit, on lit assembler tous les médecins du roi, de feu
' Relation de la maladie, mort et ouverture du corps de Madame f par M. l'abbé Boiirdelot, médecin. (Pièces pour servir à Thistoire» bibliothèque de Saint-Yictor, manuscrit
Madame el de Monsieur^ quelques-uns de Paris, celui de Tambassadeur d'Angleterre, avec tous les chirurgiens, qui ouvrirent Madame, Ils lui trouvèrent les parties nobles bien saines; Tarnbassadeur d'Angleterre y était présent, auquel ils firent voir qu'elle ne pouvailêu e morte que d'une colique, qu'ils appelèrent c/to/em-^or^i^. Le roi d'Ângleten'e se plaignit parce qu'il croyait que Madame avait élé empoisomioe. Tous ces sots bruits me faisaient de ti'ès«grandes peines* »
— «c II n'est que trop vrai que Madame est morte empoisonnée (dit la princesse palatine , seconde femme du duc d'Orléans) ; mais ce fut sans la moindre participation de Monsieur. Ceux qui formèrent le complot d'empoisonner Madame discutèrent entre eux s'ils le diraient à Monsieur; Fun d'eux les décida en leur disant ; «iNon , il nous ferait pendre, fiil-ce dix ans après. » Us firent croire à Monsieur que les Hollandais avaient donné un poison lent à Madame, et que le poison n'avait fait son eOet qu'ici; car,, pour le poison , il était impossible de le nier ; elle avait trois trous dans l'estomac. Un nommé Morel fut l'intermédiaire dont on se servit pour faire venir le poison dltalie. Ce ne fut point l'eau de cliicorée qu'on empoisonna , ce fut le gobelet de vermeil de Madame. Un valet de chambre, que j'ai eu moi-méme pendant long^
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l34 RÉSIDENCES ROYALES.
temps y qui est mort maintenant, qui était alors au service de Madame^ et qui lui fut toujours
attaché , me dit que le jour de cette affreuse catastrophe, le matin. Monsieur étant à la messe, d'Effiat était venu entr^ouvrir Tarmoire, avait pris la tasse , le gobelet de Madame , et Tavait frotté avec un papier^ que lui, valet de chambre , lui avait dit : Monsieur, que faites-vous à notre armoire? Poukjuoî touchez-vous au gobelet de i)/a€J^/7?^? Que l'autre lui avait répondu : Je crève de soif ; je cherchais à boire ; et, voyant le gobelet de Mdthtrne poudreux , je l'ai nettoyé avec du papier le mieux que j'ai pu. L'aprèsdinée, Madcune demanda de l'eau de chicorée; aussiiol (judle l'eut avalée , elle s'écria : «Je suis empoisonnée. » Tous ceux qui étaient présents burent de cette même eau de chicorée, maïs pas dans 11 même gobelet : cela ne leur fit rien. Pour Madame^ elle devint plus mal de moment en moment, et elle expira, à deux heures après minuit, dans des soulfrances hoi ribles. »
— « Le chevalier de Lorraine (dit le duc de Saint-Simon) possédait Monsieur avec empire, et le faisait sentir à Madame comme à toute sa maison. Madame , qui n'avait qu'un an moins que lui, et qui était charmante, ne pouvait, à plus d\ai lilrc, souffrir celte doniiuation. VA\c était au comble de faveur et de considération au-
LE PALAIS DE SAINT-CLOOD. l35
près du roi , dont elle obtint eniin Texil du chevalier. Â cette nouvelle, Monsieur s'évanouit ; il fondit en larmes , et alla se jeter aux pieds du roi, pour faire révoquer uu ordre qui le mettait au dernier désespoir. U ne put réussir; il entra alors en fureur, et s'en alla à Villers-Coterets.
« D'Ëfliat 9 homme d'un esprit hardi, premier écuyer de Monsieur^ et le comte de Beuvron , capitaine de ses gardes, regrettaient vivement l'absence du chevalier de Lorraine, qui était allé promener son dépit à Rome. I.e chevalier envoya à ses deux amis un poison sûr et prompt, par un exprès qui ne savait peut-être pas lui-même ce qu^il portait.
a Le 27 juin 1670, d'Eiiiat ouvre l'armoire où était l'eau de chicorée de Madame^ et jette le poison ..... Madame était morte à trois heures du matin.
« Le roi, couché, se relève, envoie chercher Brissac, qui dès lors était dans les gardes, et fort sous sa main ; lui commande de choisir six gardes, du corps bien sûrs et bien secrets, d'aller enlever Morel-Simon, maftre d'hôtel de Ma^ dame y el de le lui amener dans sou cabinet. Cela fut exécuté avant le matin. Dès que le roi l'aperçut, il fit retirer Brissac et son premier valet de chambre, et, prenant un visage et un
l36 BiSIDBlfCES ROYALES.
Ion à faire la plus grande terreur : « Mon ami , ce lui dit-il en le regardant depuis les pieds jusqu'à <c la tête, ëcoutez-moi bien. Si vous m'avoues « tout, que vous me répondiez la vérité sur ce <x que je veux savoir de vous, quoi que vous aye^ «fait, je vous pardonne, et il n'en sera jamais « meiUion; mais prenez garde à ne pas me dé- <c guiser la moindre chose ; car si vous le faites^ « vous êtes mort avant de sortir d*ici. Madame c( n a-l-elle pas été empoisonnée? — Oui, Sire, lui te répondit-il. — £t qui Ta empoisonnée.^ et com- «ment?» dit le roi. H répondit que c'était le chevalier de Lorraine qui avait envoyé le poison à Beuvron et à d'Ëffîat, et il raconta au roi ce que je viens de dire.
« Alors le roi redoubla d'assuraoce, de gi'âces ou de menaces de mort. — « Et mon frère ^ dit le « roi , le savait-il ? — Non , Sire , aucun de nous « trois n'était assez sot pour le lui dire ; il n'a «t point de secrets; il nous aurait perdus. » A cette réponse, le roi fit un grand ah ! .... , comme un homme oppressé qui tout d'un coup respire. « Voilà, dit-il 9 tout ce que je voulais savoir. . . . j» Et Brissac rendît la liberté à cet homme. G*est cet homme lui-même qui l'a conté, longues années depuis, à M. Joly de Fleury, procureur général du parlement, ^f{i<?/ye dens cette anec- ' dote, »
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— ËDfin y Fauteur du Siècle de Louis XIV dit :
«On a prétendu que le clievalier de Lorraine, favori de Monsieur ^ pour se venger d'uu exil et d'une prison que sa conduite coupable envers Madame lui avait alûrcs, s'était porté à cette horrible vengeance. On ne fait pas attention que le chevalier de Lorraine était alors à Rome, et qu'il est bien difficile à un chevalier de Malte de vingt ans, qui est à Rome, d'acheter à Paris la ijDort d'une grande princesse. »
Mais si c'est d'Effiat, l'ami du chevalier de Lorraine, qui a versé le poison, que devient robservation de Voltaire? et que peut une supposition vague contre les témoignages que nous avons cités?
Quoi qu'il en soit, les funérailles de la duchesse d'Orléans eurent lieu avec une i;iaiide magniiicence ; sou cœur fut porté, le juillet, au Val de Grâce ' ; son corps fut déposé à Saint-
' « Le jour suivant, destiné au transport du cœur au Val de Grâce, la princesse de Gondé, qui avait été choisie par Sa Ifajesté pour raccompagner, étant arrivée, la cérémonie s'en fit le soir en cet ordre:
m Le premier amininier, ayant son étole, put le cœur sur nn carreau de velours noir, où il y avait une petite courouoe de vermeil doré, couverte d'un crêpe, et, suivi du sieur de Vemeuil , enseigne des gardes de Monsieur, entra dans le carrosse du corps de Madame avre Tévéque de
l38 Ui:srDINCES KOYALES.
Denis , le ^ àu même mois ; et le caveau royal se referma sur cette jeune tombe, et tout fut dit
pour elle sur la teri e ^ ! £t pourtant que tie tré-
Vabres, premier atimôoier de Monsieur, et l'abbé Testu» aumônier de Madame, qui portait les entrailles.
«La princesse de Condé se pl.iça à côte du piemier aumônier, et la duc hesse d'Aiigoiih-iiie, comme princesse , et la duchesse d'Aiguillon, comme duchesse, quelle avait choisies pour raccompagner, prirent aussi leurs places dans le même carrosse y avec les dames d'bonnear et d'atours.
• Le carrosse des écuyers de la défonte venait après, où était le comte d'Albon, son cheTalier d'honneur; puis le carrosse du corps de Monsieur, où était le comte du Plessis, avec d'autres principaux ofliciers de Son Alteshi; lluyalc.
« Les cent-suisses de ce prince, leur tambour eouvcit de uoir, suivaient portant chacun un flambeau de cire blanche, et précédaient immédiatement le carrosse du corps, environné des valets de pied de Madame et de Monsieur, ainsi que des pages de Leurs Altesses Royales, à cheval, tous aussi avec des flambeaux.
«I Derrière ce carrosse était la compagnie des gardes de Monsieur, euinmandce par leur enseîp:ne, chacun avec un flambeau, les trompettes et timbales eu tete, qui soiinaient et battaient à la sourdine, et après eux venait le carrosse des filles de la princesse défunte ,,avec celui du corps de la princesse de Condé, qui fermait la marche.
« On arriva ainsi au Val de Grâce, où le cœur fut reçu par les religieuses, assistées des prêtres de l'oratoire du fau*bourg Saint- Jacques; et les entrailles aux Celestius, où ces religieux les recurent.»
' Anne d'Orléans, duchesse de Savoie, fiUe d'Henriette
LE PALA,IS DE 8AlJVT-GLOlJi>. 1 3g
sors venaient de disparaître! que de grâces, d'es-
pi it , d'élégance et de beauté ' !
cT Angleterre, fit placer clans la chapelle de l'église de Saint-
Cloud une Lible de marbre avec cette inscj ijition :
« Ici repose une parùc du corps (les entrailles) de trèshaute, très-puissante, très- excellente princesse Heniietle- Anoe d'Angleterre, tille de Charles I^**, roi de la Grande- Bretagne^ et de Marie-Henriette de France, é|>ouse de Philippe de France , frère unique du roi liOuis XIV, décédée nu château de Saint-Qoud, le 3o juin iSjo^ Agée de &6 ans. >
' Un poëte qu'il, faut juger par son cœur plutôt que par son génie , consacra le sonnet suivant à la mémoire de cette princes&e :
SONN£T SUA LA MOET D£ MADAHB.
• La mort nous a ravi la princesse héroïne Qui seule soutenait le brilhint de la cour; Qui reçut de l'encens et des vœux de ramour. Qu'une haute vertu fit estimer divine.
Son air, sa majesté» sa taille riche et fine, Et de ses traits hardis la douceur et le tour. Ont étalé son rang et su mettre en son jour
Le sang de tant de rois qui Ht son origine.
N'a-t-on pas admiré certains feux dans ses yeux Qui, pouvant obscurcir tout ce qu'on voit aux deux , Inspiraient aux plus fiers et l'espoir et la crainte?
Ënlin, l'antiquité, pour un objet moins beau, Aurait cru de ses dieux toute la gloire éteinte, S'ils ne fussent venus raflranchir dn tombeau.
Digitizeo lj oOOgle
l4o RKSIDENCëS ROTA.LJLS.
Heiirîetle d'Angleterre, duchesse d'Orléans,
était la plus brillanre des divinités de cet olympe où Louis XIV aimait à se croire le mai lie des dieux ' ; son goût était une puissance ; et les beaux esprits de son tempN ne croyaient à leui s succès qu'après avoir obtenu son sudrage; telle était sa bonté, (|u'elle ne voyait jamais couler une larme sans la tai ii , (|u ( lie n'entendait jamais une prière s'élever vers le ciel sans Tintercepter et l'exaucer sur la terre!... Et comment ces yeux si pleins d'éclat et d existence; ce cccur (|ui Uaitai) si vite, cette intelli^^^ence si riclie et si briliaiile, cette âme si belle et si charitable, comment tout cela s'est-il arrêté, s'est-il éteint en un moment? O terrible mystère de la mort 1 ... Pardonne, 6 mon Dieu , si j'ose interroger les profondeurs de tes voi(*s, j)ardonne! Mais, enfin, pourquoi rappeler à toi, jeune encore, une femme adorée sur la terre? Pourquoi ravir brusquement à nos yeux tant de charmes, de trésors et de verUis * Est-ce une épreuve pour ses amis? Mais alors donne-leur la force de la supporter, ou prends pitié des affections pures et vraies qui ne peuvent jamais se consoler? £st-ce pour que leurs souffrances
* Voir h Versailles le tableau de Mignard où Louis XIV est peint en Jupiter et Henriette d'Orléans sous les traits dc^ l'Awporfî
LE PALAIS DE SAINT-CLOU D. l^t
servent au boiilieur de ietre qu'ils regrettent? Est-<;e enfin pour conserver dans toute sa pureté une Heur que le souffle du inonde eût flétrie avant le temps? Ta sagesse soit bénie! Mais, du moins, lui sera-t-il donné de revoir dans le ciel ceux (fu'elle aimait, ceux dont elle était chérie? Et comuient ? et sous quelle forme ? Dans un autre monde, pourrons-nous nous reconnaître, nous parler ? Non ànies pourront-elles échanger leurs pensées? Ou bien chacun de nous ne couserveiat-il qu'un souvenir isolé de ce qu'il aura été , de ce 1(11 il aura aimé, sans avoir le don de le communiquer? Ma raison se perd dans ces abîmes.... Insensés! est-ce à nous de déchirer le voile de rélernité? Nesuffil-il pas que Dieu ait mis dans notre âme le principe de son immortalité ; ne suffitil pas qu'il nous ait promis une seconde vie , pour espérer auprès de lui nn bonheur inconnu mais céleste? Remettons- donc avec confiance nos cœurs entre ses mains , et reposons-nous de notre avenir dans sa toute-puissance !
Hélas ! la nature a mis dans l'homme un tel désir de sa conservation , une si misérable peur de la souffrance , qu'il passe avec indifférence à côté des tombeaux , et que l'oubli, le besoin de se consoler, Timpatience de se distraire, succèdent bientôt aux laitues et au désespoir. Louis XIV, qui n'aimait pas à s'ennuyer^ ne tarda point à re-
l4t& RÉSIDENCES ROYALES.
prendre ses fastueuses promenades a Saint-Cloud ; et le 28 août 1 67 1 ^ ces beaux jardins, veufs de la clianiiante Henriette, s'illuminaient pour le roi qui lavait pleurëe ; et le a i novembre de la même amiée, Monsieur épousait, en secondes noces, Elisabeth-Charlotte de Bavière ' ; et le l>r«it des fêtes succédait aux cris de douleur et de désolation si énergiquement exprimés par Bossuet' !
• D.ins VHistoîre du Palais -Royal, nous avons retracé rhistoir« des princes et prÏDcesses de la maison d'Orléans. Li* Palais-Royal était lenr résidence politique; Saint-Cloud, leur maison de plaisance.
» ■ Le bruit courait à Saint-Cloud que l'esprit de fen Madame se montrait auprès d'une fontaine où elle allait s'asseoir dans les grandes chaleurs. Lin soir, un laquais du maréchal Clairembault étant allé puiser de l'eau à la fontaine, vit quelque chose de blanc sans visage. Le fantôme, qui était assis, se leva; le pauvre laquais s'enfuit tout effrayé; il raconta avoir vu tomba malade et mourut. Celui qui était alors capitaine du château, s imaginant bien qn*il y avait quelque chose là-dcssous, se rendit à la fontaine, et, voyant marcher le fantôme, il le mena^'a de cent coups de bâton, s'il n avouait ce qu'il était, n Ah i M. de Lastéra,dit le fantôme, A ne me faites pas de mal, je suis la pauvre Philippinette! » Cétait une vieille du village, âgée de 70 ans , ayant perdu toutes ses dents, les yeux bordés de rouge, une grande bouche, un groz nez, bref, une hideuse fiî;ure. On vonhit la conduire en prison, mais j'intercédai pour elle. Comme elle viiii })our me remercier, je lui dis ; > Quelle rajje vous « tient de faire l'esprit au lieu de vous coucher ? » Elle ré-
LE PALAIS DR SiATNT-CLOlTD.
T.CS gazelles du leiups nous ont laissé la description de la féle que Monsieur^ après son second mai iai^c , olii il au roi : nous la [plaçons sous les yeux de nos lecteurs, parce qu elle fait connaître ce qu'étaient, à cette époque , le château et les jai Jius de Sainl-Cloud :
«Le II août 167a y S. M. se rendit à Saint- Gloud par un temps magnifique. Le roi entra d'abord dans le vostihult , où il trouva de quoi satisfaire agréablement la vue et l'odorat par quantité de cuvettes et de pots de fleurs dont il était orné, ainsi que la balustrade de Tescalier, tout au pourtour, depuis le haut jusiju'en bas.
ce De ce vestibule, S. M. passa dans Fallée qui est vis-à-vis rapparlement de Moiisienr ^ laquelle se trouve aussi remplie de quantité de vases et de fleurs y sur des escabeaux de ga7.on disposés le long des bassiuh avec une symétrie qui eii augmentait Tagrément.
«Cette riante allée était bornée encore par
pondit en riant : «Je ne puis avoir regret de ce (|ue j'ai fait; <• à mon âge on dort peu \ il faut bien avoir quelques petites (t choses pour réveiller Tesprlt. J'étais bien sûre que ceux qui « n'auraient pas peur démon drap blanc auraient peur de mon « visage. Les poltrons faisaient tant de grimaces que j*en « mourais de rire. Ce plaisir nocliit ne mo payait de la peine <« d'avoir porté la hotte toute la joiii iiec. ( Lettre d'Élisabeth-CJiarlotte de Bavière, duche&>e d'Orléans.)
l44 ^ RÉSlDEirCES ROYA.LES.
d antres vases élevés à trois étages entre les jets d'eau d'une terrasse qui la termine , et une perspective qui en fait renfouceiueiit; et afin qu'aucun des sens ne pût se plaindre du plaisir des autres , il y avait des hautbois cachés sous des berceaux qui jouaient d'agi éai>ies airs, lesquels cliaiiiiaiiL Toreille, augmentaient la joie de cette royale compagnie.
« Là , S. M. et sa compagnie montèrent dans des calèches préparées pour la promenade, dans un lieu si riant, que la beauté du ciel rendit encore plus agréable.
« Elle fit le tour de la cascade du grand jet , des boulingrins et du bassin des treize fontaines, autant d'objets capables de rendre une promenade tout à fait charmante. La compagnie descendit de ce lieu appelé le cabinet de l'aigrette.
« 11 est caché dans les palissades dont il est environné, et qui forment un labyrinthe qui ^ en défend l'entrée ; de manière qu'on ne le trouve qu'après lavoir cherché dans des allées qui se confondent les unes dans les autres , mais où il est si plaisant de s'égarer, qu'on n'a pas moins de plaisir dans cet égarement , que de se trouver eusuite dans ce cabinet, qui fournit à la vue une diversité merveilleuse d'objets dont elle est comme enchantée.
« Il est orné tout autour de sièges et de carreaux
Digrtizeij Ly <jOOgIe
LE PA.LA1S DE SAlJ>iT-CLOL O. l45
de gazon avec des pyramides aux quatre coins, et ilu milieu sort une aigi elle d eau des plus belles de laquelle il tire son nom.
« Mais ses ornements se trouvaient fort augmentés par des vases d orangers et de tubéreuses dont ces sièges et ces pyramides étaient chargés; il y avait de plus une infinité de guirlandes et de festons de fleurs dont le même calumet était tout semé, tellement qu'il semblait que la déesse à qui appartiennent ces trésors, les y eût prodigués pour les mêler aux iauneis que le roi venait de moissonnek*.
«r Tandis que cette auguste assemblée se laissait charmer la vue et l'odorat par la décoration et les parfums d*un réduit si délicieux , elle fut agréa* blement surprise par un excellent concert de violons cachés derrière les palissades, dont Fouie fut aussi très-satisfaite.
Le jour ayant commencé à décliner pour feire place à une aussi belle nuit, on sortit non sans peine de ce lieu, qui semblait enchanté, pour monter à un pavillon que Son Altesse Royale venait de iaire bâtir depuis peu au bout de la grande allée, en forme de terrasse.
« Le roi en trouva les appartements extraordinairement parés , avec encore une quantité prodigieuse de fleurs, soutenues par des baguettes d'argent et nouées par une grande diversité de
lo
l46 RJ£SlD£NCi:S aOYALES.
i iil>an.s, dans des cuvettes et des porcelaines; ce qui produisait un effet admirable, tant par la disposidon dans laquelle Fart les avait rangées, que par les nuances si différentes, et de ces rubans et de ces lieu rs. On servit dans ce charmant pavillon une collation où la magnificence et le goût brillèrent également : elle lïit composée des mets les plus exquis servis avec une abondance qui ne laissa rien à désirer, et les hautbois et les violons, qu\)ii avait enlendus séparément , jouèrent alors ensemble, puis se répondirent par écho, auquel celui des lieux circonvoisins se mêla si agréablement , que jamais elle ne iîl Laiil de plaisir à lentendre.
«Pendant le banquet royal, les seigneurs de la cour et les officiers de la suite furent servis aussi à trois tables, en autant de difïéreuts appartements, avec tout Tordre et la propreté imaginables.
«Comme les agréables surprises se succédaient en ce lieu les unes aux autres, on en eut une
merveilleu se , a l'issue de ce superbe festin, et à la sortie du pavillon , par une illumination qui fit croire que Fastre du jour, curieux de revoir une si illustre assemblée, avait précipité son retour pour revenir plus tôt qu'à l'ordinaire. En effet, on aurait eu peine à discerner s'il était moins la source de la clarté qui parut dans le sein de la
LB PALAIS DE SAINT GLOUD. jfy]
nuit , qu'une infinité de lumières dont étaient remplies des deux, c6tës, et à perte de vue , huit allées qui aboutissaient en étoiles aux treize fontaines qui l'environnent , et les allées dérobées qui conduisent à des cabinets formés par des palissades qu'elles traversent , sans qu^une heure auparavant on y eût remarqué aucune disposition à tant de brillants effets.
« Une demirlune qui répond à cette fontaine en face de la rivière , et où se terminent plusieurs allées qui descendent en pente du pied des deux terrasses , le long de la côte , parut aussi tout à coup en feu avec ces mêmes terrasses par degi é, qui, de Tallée du milieu qui y conduit, semblaient n*en fidre qu'uneavectoutessesluroières, lesquelles se réunissant le long de sa hauteur, semblaient aussi aller emprunter encore celles des étoiles.
a On vit ensuite le grand jet éclairé à sept étages, en face, des deux côtés et en retour : toutes ces lumières, réfléchissant dans le cerceau d'eau, le faisaient paraître comme du feu liquide , sans néanmoins que les cygnes qui étaient dessus en parussent plus étonnés; la surprise de se voir en sûreté, parmi tant de flammes, les rendant comme immobiles.
«Au travers de la gerbe qui s'élève au-dessus de ce carré, et se répand en trois nappes, accompagnées de Tune à l'autre de quatre jets d'eau