‹ Le Palais de Saint-CloudChapitre 7 sur 56 · JO · texte numérisé non relu

JO

l48 RÉSIDENCES ROYALES.

qui y I elombent en arcades, on découvrait pareillement une perspective de lumières, qui s'étendait bien loin dans le bois qui environne le carré, el surpasse encore de beaucoup la gerbe par sa hauteur. Mais de laut d'iliumiuationsy celle de la cascade parut la plus surprenante; on y voyait brillei un iitiuihi e prodigieux de lumières, qui redoublaient par la réflexion des miroirs opposés. Ainsi les torrents d'eau semblaient couler pêleméle avec ceux du ivu , et ces ëlcmeuls si contraires s accorder pour les plaisirs du monarque.

D'ailleurs 9 on eût dit que toutes les statues (|ui servent d ornement a la cascade, éclairaient à Tenvi ce spectacle ^ les fontaines se renvoyaient le feu qu'elles recevai^t , et l'impression qu'il y laisait le rendait encore plus éclatant.

(cEuiin, cette masse de lumière qui, dans un mélange si vaste et une distiibution si étendue , ne laissait pas de conserver de la régularité, surprenait la vue autant qu'elle la divertissait, et produisait tant d'effets si différents et si extraordinaires, tju il serait impossible de les décrire.

u Après ce divertissement, accompagné de fanfares et de trompettes, avec le bruit des timbales , auquel se mêlait celui des eaux, on alla voir les appartements du ciiâteau, superbement meublés, éclairés de quantité de lustres, et embellis d'une étonnante diversité de fleurs, qui, confondant

leurs odeurs , en composaient une mélangée qui flattâil iiiiiniriieut le goût et Todoi at.

« Le grand salon se trouva plus éclairé et plus brillant que tout le reste , par Tor et les peintures dont il est enrichi; el des cristaux, des porcelaines, des girandoles et des vases de fleursi entre^ mêlés symétriquement avec des guéridons d*or et de lapiS) au devant de quelques paravents de la Chine rehaussés d'or, formaient une espèce de théâtre dont la beauté ajoutait de nouveaux agréments à ceux du salon.

«Il y eut ensuite comédie, représentée par la troupe royale, qui fut parfaitement exécutée.

«Elle fut suivie d'un splendide souper à plusieurs tables, ensuite d'un bal paré, après lequel cette illusti*e compagnie partit pour retourner à Saint-Germain. »

Ces fêtes recommencèrent pour la naissance du duc de Valois * , et pour le baptême du duc de Chartres , depuis régent du royaume , né à Saint- Cloud le a août 16749 6t de mademoiselle de Chartres, sa sœur née le i3 septembre

' Alexandre-Louis d'Orléans, duc de Valois, né à Saint-

Cloud, le 2 juin 1678, mort au Palais-Royal, dans la nuit du i5 au iG mars 1676.

* Élisabeth-Charlotte d'Orléans, mariée, le l'i octobre 1698, à Léopold-CharleSf duc de Lorraine et de Bar. Elle

j5o RÉS1D£NCKS IlOYâ.L£S.

1676 Deux ans auparavant, le roi avait érigé la

terre de Saint-CIoud en duché-pairie, en faveur de François de Harlay archevêque de Paris ^.

fut la mère de François empereur d'Allemagne et époux

de Marie-Thérèse.

' « Le 5 octobie M. le dur de Chartres et ina-

demoiseile de Chartres fureat baptisés à Saint -Cloud, dans la chapelle du château, en présence de Leurs Majestés, de monseigneur le dauphin y de Monsieur et de Madame, accompagné de toute la cour. M. le duc de Chartres fut tenu sur les fonts par le prince de Condé et par la grandeduchesse de Toscane, qui le nommèrent Philippe. Rfademoîselle de Chartres fut tenue par le duc d'Iùighieu et ])ar madame de Guise , qui la nooimèreiit Elisabeth-Charlotte. La maréchale de Cléranibauh, gouvernante des enfants de Leurs Altesses Royales , présenta le prince et la princesse au baptême; et l'évéque du Mans , premier aumônier de Monsieur, fit la cérémonie, assisté de tous les aumôniers et chapelains de Monsieur et de Madame, Leursdites Majestés, avec monseigneur le dauphin, étant ensuite montées au salon, y trouveieiit une magnifique Cf)llatioii , où le prince de Condé, la gràude-duchesse de Toscane, le duc d'Enghien et madame de Guise furent placés à la même table. Il y eu avait une autre dans Vantichambre de M. le duc de Chartres pour les princes de Gonti et de la Roche-sur*Yon , où se mirent plusiéurs seigneurs de la première qualité. Leurs Majestés eurent ensuite le divertissement de Topéra, dans le même salon qui avait été préparé à cet effet. »

Journaux du temps, 1676.

' Voir Voltaire.

^ lettres patentes. (Pièces justificatives, lettre C.)

LE PALAIS Dh .SAlWT-CLOLl>. l5l

Cependant la guerre de Hollande arrache Mon--

sieur di\ix tlt lices de Saint-Cloud ; il part, ren( t )iUre le prince Guillaume d'Orange dans les plaines de Cassel, le bat complètement, lui tue six mille hommes, lui lail trois mille cinq cents piisonniersy lui enlève tous ses bagages , soixante diapeaux, treize pièces de canon, et entre vainqueur à Saint-Omer La France appIaudiL a ce triomphe avec enthousiasme; on criait sur le passage du roi : « ywent te roi et Monsieur qui a a i^agné la bai aille (ie Casse l ! » distinction qui chatouillait peu agréablement Torgueil de Louis XIV \ Lorsque le duc d'Orléans descendit au i^alais-Roval , tout Paris courut le féliciter ; des feux de joie furent allumés dans toutes les rues, et on porta en pompe à Notre-Dame les dra})eaux pris sur les Hollandais.

Les mêmes acclamations accueillirent le retour du prince à Saint-Gloud; toute la population se pressait sur ses pas avec un affectueux enipresseuient, et la poésie lui offrit cet hommage :

Muses, j'ai formé le dessein 1l*ofrrir une guirlande à l'auguste Philippe ; Lu tubéreuse et la tulipe ,

' Voir VSistoIre du Palaig-RoyoL

* « Quelques serviteurs de Monsieur lui prédirent alors

ne oommaiitlerait plus d'armée, et ils ne se trompèrent pas.» (Voltaire.)

I JI lUMDENCES ROYALES.

La jonquille, l'œillet, la rose et le jasmin, Et les plus belles fleurs que labrillaote Aurore

Arrose de sa propre main,

El que les Zéphyrs font éclore

Dans 1 empire éraaillé de Flore, Sujettes à la loi d'un rigoureux destin

Qui les ravit et les dévore.

Avec tout leur éclat s'en vont un beau niatîn.

Le printemps qui les renouvelle,

£t qui répare tous les ans

Les injures de tous les temps , Ne sert qn cL rendre encor cette loi plus cruelle, £t qu'à mulii plier ses actes dévorants.

Mais pour une guirlande telle.

Digne du frère de Louis , Je voudrais qu'elle fût d'une fleur immortelle,

Comme ses lauriers et ses lis*

Savantes filles du Parnasse, C'esi. chez vous que l'on voit ces précieuses fleurs

Dont l'odeur jamais ne pusse , £t qui savent garder avec toute leur grâce Jusqu'auderoîer des jours leurs charmantes couleurs. Doctes sœurs^ composez de ces fleurs la guirlande

Dont je veux faire mon offrande A ce royal héros, brillant de mille appas : Ce grand prince a des yeux pour l*hnmble violette: Quelle gloire pour vous s'il ne dédaigne pas De voir ou de souffrir votre tendre fleurette, A l'ombre, plein d'éclat du laurier immortel Dont il s'est couronné dans les champs de Cassel!

La jalousie que Louis XIV avait éprouvée pour la victoire de son frère , Monsieur la ressentît

LE PALAIS Ui SAliM-CLOUD. 1 53

pour les beautés de Versailles ; le roi avait le Brun pour premier peintre ; le duc d'Orléans s'attacha Mignard; le roi avait fait construire et peindre par le Brun une grande galerie à Versailles; le duc d'Orléans fit consti uire et peiudre par Migoard une t^i aiule to ilerie à Saint-Clou d.

Cette rivalité était entretenue par Mignard luimême, envieux de la gloire et de la faveur de le Brun. On lappelait Mignard de Rome, parce qu'il avait étudié dans cette ville, qu'il y avait résidé pendant Mugt ans et qu'il s'v était marié. M. de Lionne lui écrivit, de la part de Louis XIV, de revenir en France. Mignard obéit à regret. Il s'arrêta à Fontainebleau, où il fit du roi un portrait qui fut envoyé en Espagne avant le mariage de ce monarque. Mazarin voulut aussi se faire peindre : pendant qu'il posait, il demanda à Mignard dans quelle posture il était quand il avait peint le pape Alexandre VIL — A genoux , répondit le peintre. — Le caidinal, se tournant vers révéque de Fréjus , lui dit en souriant : a Questo sa tirar la qmntessenza delsuo mestiere ' .»

La coupole du Val de Grâce qu'il peignit à fresque, acheva de fonder en France la réputation

' Il fît aussi les portraits de Marie-Thérèse, du duc d'Enghien, fils du grand Condé, et de Henri II de Lorraine » duc de Guise, Tancien vice-roi de Naples.

l54 RésIOENcisS ROYALES.

de Migoard % et le mit fort à la mode. Colbert, qui aimait à attirer toutes les célébrités, lui fit

quelques a\ances; mais le Brun avait été nommé premier peintre du roi ^ Migiiard ne voulut pas être le second On raconte même que sa jalousie s'exhalait tantôt en épigrammes, tantôt par quelques-uns de ces tours que la cont'raternilé d'artistes semble autoriser, mais que Tamour-propre Lw pardonne pas :

Ainsi y le chevalier de Clairviile était grand amateur de tableaux: un marchand lui annonce, coiiime un secret, quil alUiul crilalie un chefd'œuvre , une "Madeleine du Guide. L amateur lui demande la préférence , on la lui promet ; on lui vend en effet le tableau poui deux uiille livres. Quelque temps après, un ami de Mignard fait dire au chevalier de Clairviile qu'il a été trompé , que la Madeleine n'est point du Guide, niais bien de Mignard. Le chevalier alarmé courl ciiez ce peinlre : « Il est des gens qui prétendent, lui dit- «il, que ma Madeleine est de vous. — De moi!

' U peigoit à fresque, pour le duc d'Épernon, une chambre dans son h6tel (depuis hôtel Longueville)} le duc lui envcjM, 40yO00 livres.

' Un jour Louis XIV demandait an duc de Montansier

ce qu'il pensait de le Brun et de Mignard :« Sire , ré- ^ pondit-il f il me paraît ^ue ces hommes-là peignent comme « leurs noms. »

LE PALÂ.IS DE SAINTKÎLOUD. J 55

u interrompit Mignard ; on me fait beaucoup <c d'honneur. Je suis bien sûr que M. le Brun n*est

« pasde cet avis. — M. leBruii, rëpoudlechevalier^ a jure qu'elle est du Guide. Je veux vous donner à «t dîner ensemble avec quelques-uns de vos amis, » continua- 1- il. Mignard y consentit sans peine.

Le tableau estexposë aux regards des convives. «Ma foi! dit Mignard, d*un ton dédaigneux, s'il « est du Guide, je ne le crois pas du moins de sa « grande force. — 11 est du Guide, réplique vive- « ment le Brun, et de sa plus grande force ; et je le « soutiens. » Tout le monde fut de son avis. « Et « moi , Messieurs, s'écrie Mignard, je parie trois <t cents louis d*or qu'il n'est pas du Guide. » La dispute s'écliaufïa; le Brun \oulait accepter le pari; enfin l'afTaire était aussi engagée qu'elle pouvait Félre pour la gloire de Migiiard. « Non , « Monsieur, reprit-il, je suis trop honnête homme « pour parier à coup sûr. Monsieur le chevalier, a vous avez payé ce morceau deux mille livres ; je tt dois vous les rendre ; la Madeleine est de moi. »

Le Brun se montrait toujours incrédule. « La u preuve est bien simple à obtenir, continua Mi- « gnard; sur cette toile , qui est romaine , se trou- « vait le portrait d'un cardinal : je vais vous en faire ce voir la barrette.» Lechevaliei' de Clairville tremblait pour son tableau. c< Ne craignez rien, dit Mi- « gnard, celui qui l'a fait, peut bien le raccommo-*

l56 ]1KSIDBIfC£S nOTALES.

a der. » il frotta avec un pinceau détrempé d'huile les cheveux de la Madeleine ; la barrette du cardinal apparut; personne ne douta plus de la vérité, et Mignard jouit comme d'un triomphe du dépit de son rival. Il fit tous ses efforts pour engager M. de Ciaii ville à reprendre sou argent; mais ce généreux amateur pensa , avec raison, qu'un tableau qui avait occasionné une semblable méprise et une aventure aussi piquante, iuiii d avoir été troppayéy méritait d'être conservé avec autant de soin qu'un tableau original de l'école italienne

Motuieur, qui avait fait faiie son portrait par Mignard, se rendit chez ce peintre, pour lui annoncer qu'il avait construit , à Saint-Cloud , une galerie, un cabinet et un salon, exprès pour- les lui faire peindre ^ ; et il Finstalla lui-même dans son palais avec la plus grande bienveillance. Selon le goût du temps, la uiythologie fit les honneurs de ces grandes compositions ; là galerie fut placée sous l'invocation d'Apollon; le cabinet, qui ter> raine, sur le retour, cette galerie, fut consacré à Diane; et Mars s'empara du salon ^ où son heureuse audace semble avoir convié tous les dieux pour être témoins de ses amours avec Vénus ^.

' Vie de Mignard , par i abbc de Monville. * Mercury, 1677.

^ La description de cette galerie et des salons qui l'accom-

LE P&LA.TS DE SMNT CLOUD. l^'J

Ce salon n'était point terminé^ lorsque Monsieur^ impatient de juger des peintures déjà faites , ordonna d'enlever les planches de l'échafaud. A cet ordre inattendu ^ Mignard , qui travaillait au plafond, descendit avec précipitation; il avait les maius embarrassées, il tomba, et cette chute le força à garder le lit pendant six semaines. Les tendres soins de Monsieur hâtèrent son rétablissement ; et dès que ses travaux furent achevés % Louis XIV vint à Saint-Cloud pour les visiter. Le peintre était là : <c Mignard, lui dit le roi, mon a frère a pu vous dire combien j'ai pris de part à « votre accident 9 et combien de fois je lui ai de- « mandé de vos nouvelles. » Et après avoir examiné tout avec la plus grande attention, il ajouta, en s'adressant à Madame : « Je souhaite fort que les a peintures de ma galerie de Versailles répondent a à Ja beauté de ceiiejrci : » éloge qui pénétra Mignard d'orgueil et de joie , et qui lui valut plus tard des travaux à Versailles^,

pagnent appartieot au chapitre vu de cet ouvrage, c'est-à> dire, à Y Itinéraire historique et descrqa^ du palais de Saint-^ Chttd.

' Mignard avait peint aussi, dans TancieDue chapelle de Saint-Cloud , une l)elle descente de croix.

* Mignard peignit à Versailles les petits appartements et la pedte galerie, qui a pris 8onnoïn,(\oi!F Résidences royales, ^Palais de Fersailies*)

Digitizeo lj oOOgle

j58 résidences royales.

L'inauguration de la galerie d'ÂpoUon devint

l'occasion d'une grande fête offerte par Monsieur à Louis XI V , comme protecteur des arts. Un poète nous a laissé, de cette solennité, une description en vers familiers ' dont le seul mérite consiste à faire conualtie les principaux personnages qui s'y trouvaient: aussi, nous ne citerons ni l'invoca* tion de Fauteur à Pliœbus et aux filles de Mémoire; ïii Mademoiselle allant avec les Grâces , les Ris et les Jeux dans sa voiture , recevoir le roi à Juvizy ; ni les merveilles do la bouche et du i^obelet, ni les trois services à cinquante-six plats assaisonnés du sel de la prudence : nous nous bornerons à la partie de cette longue épître qui raj)[H lie les noms, et trace le portrait des illustres conviaves:

heroi, toujours brillant de sa propre lumière, Montrait avec douceur une mine guerrière ; On voyait dans ses yeux un éclat tout pareil A celui qu'au midi découvre le soleil.

La beauté , la douceur, les appas de la reine , Des âmes et des cœurs la rendaient souveraine ; La vertu sur son front comme en son troue était : Plus elle la cachait, plus elle y paraissait.

' La fete royale de Saint-Cloud et ce qui s'y est passé depuis le lo octobre 1677 Jusqu'au i5, dédié à Monseigneur le duc de Chartres, qui n'était pas à cette fête* »

Digrtizeij Ly <jOOgIe

Li: PALAIS DE SAINT-GLOUD. I

Monsdgnettrle Dauphin faisait voir tant de charmes Du corps et de Tesprit, qu*Ainoiir rendait les armes. Monsieur, votre clier père, avait bien plus d'appas

De Mars et de l'Amour, qu'Uei c iile n'en eut pas. Les trois divinités qui se firent (jiierelle A qui d'entre elles trois jiouvait cire plus belle, Sans contester auraient, k Madame d'ahord^ Avec un grand respect cédé la pomme d^or. L'Amour étant d*accord avec Mademoiselle^ Au doux feu de ses yeux d*une seule étincelle Allumait son flambeau. L'aimable r/e f^a/ow Avec elle aurait pu eliarnier les cœurs des rois. On leur voit au printemps une même sagesse Qui charme tous les cœurs; une royale Altesse ^ De Dombes souveraine , y gagnait tous les cœurs « Tant ses hautes vertus étalaient de douceurs. La princesse de BIms , avec ses pierreries , Diamants etrubb , et riches broderies , Rendait un moindreéclat que son teint et ses yeux} Ses appas auraient pu captiver jusqu'aux dieux.

A cette table étaient nombre de grandes dames Qui tiraient leur éclat de leurs brillantes flammes; Je n'observerai pas leur rang; car, chaque jour. Comme à chaque repas, elles mangeaient autour« Je sais bien que j'y vis Técueil de la franchise. Une sage beauté , princesse de Soubise ; Mameseîle d'Elbeuf, qui , dans sa pureté, Conserve ses appas et sa virginité; DuplessiSf la prudente et sage maréchale , La douce de Bétbtme, en bontés sans égale; La comtesse de Guiche, avec Cous ses appas ^ Sur Artémise avait sans contester le pas.

l6o RÉSIDENCES ROYALES.

De notre grand Dauphin TiUiistre gouvernante ' Montrait une prudence en tout temps vigUante; Deux duchesses, des noms la Ferlé, Feniudour, Par leurs appas croissaient l'empire de l'Amour. Pour surprendre les cœurs d'une manière habile, Cet Amour se servait des yeux de ia Fieuvilh; Mes yeux virent cncor la prudente Colbert , Avec qui les vertus sont toujours de concert. Des en&nts de Monsieur^ la sage gouvernante * Faisait voir à chacun sa douceur engageante! On y put remarquer l'aimable «fe Gourdon, Qui (Je plaire a la cour a su trouver le don ; Des l>e;mx yeux da Grammont, rertc aiuiablc comtesse Amour tirait des traits qu il décochait sans cesse; Us portaient tous les coups , et ceux de Demarçaij Comme ceux de sa sœur, la charmante Dnmceif Rendaient innocemment, par leurs moindres œillades^ Les cœurs les plus gaillards incontinent malades. De Rohan la duchesse avait Tair si charmant , Qu'elle put y charmer ce jour plus d'un amant; De Lislebonne aussi , ia modeste princesse Y Ht voir ses appas et briller sa sagesse; La duchesse de Foix^ avec tous ses attraits. Seconda bien TAmour, lui fournissant des traits.

Chez Monseigneur^ jlfoiz^ûricr avait aussi sa table. Trois services rendaient cette table agréable ; Onze plats à chacun , avec profusion , Furent servis par ordre ci ^aii^ contusion; De gibier et poissons on y vit Tabondance; On servit les desserts avec magnificence;

* La maréchale de la Motlie.

> La maréchale de Clérambault.

tfi PALAIS Dfi SAIlfT-CLOOl). IC

toe Frédevilîey avec de Marcei, de Régnier y

Firait servir le tout d'un ordre régulier.

Chacun des trois a trop de zèle pour son maître ,

Pour ne l'avoir point fait en cet endroit-paraitre*

Le prince de Omti, dvil , adroit^ courtois ,

Que TAmour a, dit-on » rangé dessous ses lois,

Tenait fort galamment , pour Monsieur, cette table ;

Son cadet, qui n*a rien qui ne soit agréable.

Le secondait en tout ; notre grand amiral,

Le duc de Vermandois ne s^acquittatt pas mal

D'en Cadre les honneurs \ une vieille prudence

Tenait par son esprit les rênes de Tenfioice :

Le duc de Mtmtausiery ce Caton pldn de coeur.

Des lettres et des arts Tillnstre protecteur,

Qne je puis, à bon droit, appeler mon Mécène,

Puisqu*îl m'en a donné des preuves chez la reine,

D'une humeur enjouée , avec les jeunes gens,

Y faisait éclater ses menreilleux talents.

A cette taUe était Utéobon la charmante ;

L*Amour par ses beaux yeux remplissait son attente ;

Par elle il captivait les cœurs les plus matois;

Il se les captivait sans flèche ni carquois.

J'y vis ffc la Dobiere, en ses discours prudente,

Des filles de Madame illustre gouvernante ;

Tous les coeurs se rendaient aux aimables attraits

Que faisait éclater la belle des Adrait$;

L* Amour, par de Beammis^ fitdsait fort bien son conte

Les cœurs à ses appas se soumettaient sans honte;

La charmante Poitiers les rangeait tour à tour.

Par ses jeunes attraits, si)us l'empire d'Amour«

La douce MUandon, malgré sa modestie,

Avait avec T Amour la belle sympathie ;

l6a RÉSIDENCES BOTALES.

L'aimable de Camboiuc mélangeait ses appas Avec tant de douceur qu'on ne s'en parait pas. La jeunet Bremnne étalait tant de charmes , Que les oosiir» indomptés en souffraient des alarmes.

Comme tout s'y passait dans Tordre et dans l'honneur, D'Aldde le Thésée % héros plein de valeur. Et qui de faire bien tontes choses se pique, Y tenait aussi table • elle était magnifique : Ducs et pairs , et marquis et comtes y mangeaient j Les premiers offîciers de Monsieur en étaient : J'omets ici leurs noms ; l'ardeur qu'ils font paraître A bien servir jlfoiu^BT les Êûtassea connaître* Des princes de Omti le sage gouverneur % A qui tous ses hauts fidts ont acquis cet honneur, Avec celui du grand amiral de la France 3, Qui prudemment en tout gouverne son enfance, Mangeaient à cette table. On y but dumeiileuTi Par la profusion le Miutre en tit l'honneur. On y tenait encor quantité d'autres tables Qu'on servait chaque fois de mets fort agréables. A chacun des repas que fit notre grand Roi, De tous ses ennemis la terreur et l'effroi, La troupe de Monsieur chatouilla les oreilles Au son des violons , en jouant à mum v«illes.

On y donna trois bals où Ton dansa des mieuj^; L'éclat des diamants éblouissait les yeux. MÊansei^teur le Daiqfhin menait MûdemoiteUe i L'Amour faisait le tim sans débats ni querelle; Momteur avec Madame ajoutaient renjouement A se faire admirer en dansant justement.

' Chevalier de Lorraîae.

' Le comte de 5slnt-lfm.

^ Gédoîn.

LB PâUJS OB SAINT-GLOUB. l63

L'aimable de Valois Ut Toir^ dès son enfance,

Qii*aassi bien qu'en appas elle excelle k la danse;

La princesse de BIms n*eut pas le démenti,

Se trouvant en la main du prince de Condi

Elle charma les cœurs dansant par excellence :

On vit bien que l'Amour était d'intelligence.

La belle de Souhise vsTÀl l'air si charmant.

Que l'admirant Amour en devint son amant;

De Foix, de V çniadour, de la Ferté, duchesses»

Avec tous leurs appas firent voir leurs adresses.

Les bdles ébt Graneei, Meaumis et desAiraUSf

En dansant justement doublèrent leurs attraits.

La charmante Poitiers n'entra pas à la danse;

Elle y fit seulement profonde révérence.

Comme à chacim des bals point je ne me trouvai.

Grand prince, je ne puis vous assurer au vrai

A qui donnait la main un prince ' plein decharmes,

Soit en danse, à cheval» en joule» eu coimey en armes.

Morueigneur le Dauphin^ d'un bel air plus qu'humain »

A l'aimable iXenifwiû donna souvent la main;

Les comtes d* Armagnac, son fils, Fiesque, Tonnerre,

Dansaient si galainiiieiil ipi à peine ils touchaient terre

Le galant Clifitillon, ce brave chevalier,

Dansait d'un air savant et d'un pas régulier;

De Termes le marquis» celui de Mortemarre^

Firent voir en dansant ua mérite bien raie.

On fit tons ces trois bals CB neuf appartements;

Enfin tons les plaisirs forent doux et chamanto. ,

Tout le monde admira la grâce sans égale

Et les puissants attraits de la maison royale.

Le prince de la Roche sur Yoii.

l64 RifefDEirCSS BOTA.LES.

Monsicury réduil à i inaction, après la bataille de Cassel, cherchait daos les plaisirs de brillantes distractions; et chaque événement heureux pour la France ou pour sa famille était marqué par une féte à Saint-Cloud. Au mois de mai 16791 pour célébrer la paix de Nimcgue et recevoir le marquis de Los Balbazès, ambassadeur extraordinaire d*£spagne, chargé de la ratification du traité ' ; au 3f août de la même année, c'est pour Marie-Louise d'Orléans qui y le deuii dans le cœur et les yeux pleins de lannesi va partir pour l'Espagne où l'attendait un crétin couronné

' Les gazettes du temps s'extasieni sur la beauté de la robe de dentelle noire et sur l'éclat des diauuints de la marquise de Los Balbazès.

* SOmtET

SOB LB MÀBUGB DU BOI ]>*BSPAG1«B AYBC H4OBM0I8BIXB.

Présenté au à SaigU'Cloud.

Arbitre de l'Europe et vainqueur généreux,

Qui laissez en vos maios reposer le tonnerre»

Que n'attend pas de vous le reste de la terre,

Si même vous rendez les monarques heureux ? ,

Que n'avez-vous point fait pour le plus grand d'entre euxi Que son cœur est content du beau nœud qui le serre ! Sur lui semble tomber tout le fruit de laguerre» Quand tous le couronnez de myrtes amoureux.

Digrtizeij Ly <jOOgle

LE PALillS DE SillNT-GLOUD. l65

En 1680, c'est pour le daupliiii qui vient pour la première fois visiter Saint^loud'; en 1681, pour le roi et la reine qui y passent huit jours ^ ;

Ce jeune roi, charmé du doo que yous lui ûdtes» Va goûter eu repos des voluptés parfaites : Son trdne lui phât moins que des liens si doux.

Et brûlant d'une ardeur qui ne saurait s'éteindre, ' Il apprend ce qu'il doit se promettre de tous^ Après avoir appris ce qu'il en devait craindre.

* On trouve une description pouijjousc de cette visite dans le Mercure de France; les comédiens de l'hôtel de Bourgogne jouèrent Mithridate et le DeuiL

* « Monsieur et lladame reçurent le Roi et la Reine , monseigneur le Dauphin et madame la Dauphine, au bas de Te»calier. Leurs Majestés, suivies de toute la cour, traversèrent d'abord la salle des gardes, passèrent ensuite dans une antichambre, puis dans un petit cabinet qui séparait Tappartement du Roi d'avec celui de la Reine. On entra ensuite dans Tantichambre de cette princesse, quon trouva magniGque; les meubles étaient de brocart d'or et de velours violet, la tapisserie très-riche et toute rehaussée d'or, faite sur les dessins du sieur Nocret, valet de chambre de Monseigneur et son premier peintre. Les Amadisdes Gaules en avaient fourni le sujet.

« T)e cette antichambre on pas^a dans la chambre de la Reine: la tapisserie s y fit d'abord remarquer par sa beauté; elle représentait la bataille d'Alexandre et de Darius, du des> sin du sieur Ldi>run; on y voyait cet admirable morceau de la mère et de la femme de Darius, qui implorent la clémence d'Alexandre en l'admirant.

l66 RESIDENCES ROTULES.

en ir)82, pour rambassadeur de Fempereur de Maroc ' dans la même année , au mois de septembre, pour la naissance du duc de Bourgogne que la France accueillit avec tant d'enthousiasme

£n 1 6d6y c'est pour célébrer le succès de l'opération faite sur la personne du roi par le chirurgien Félix ^.

« Cette beUe tapisserie étaîtaccomfMigDée d'un ameublement de broderie d'or à fond yiolet, dont le lit, auquel Monsieur

avait fait travailler pendant plusieurs années , était estimé cent quatre-vingt-dix mille livres !» etc., etc., etc. ^ii.xLiàit des gazettes du temps, avril x6di.)

* Cet ambassadeur. Tenant de Saint^Cloud , s'arrêta pour contempler le pont avec ses quatorze arches. On lui fait le

conte de rarchitecte et du diable. L'ambassadeur répond en souriant : « On ne doit [tas espt'rer de gagner quelque chose « avec les Français, non plus que de surprendre ceux qui « savent tromper le diable. » {Mercure galant ^ i68a, FiganioL)

* « Des demoiselles jolies et bien faites jouèrent dans le château Jt; vSaiiit-Cloud une comédie m nuisi(fue, mêlée de ballets, qui avait pour titre l'Automne de Saint-Cloud. La pièce était composée de toutes les aventures qui s'étaient passées dans ce lieu , et le prolc^e célébrait la naissance du prince. U était chanté par la nymphe de Saint-Cloud et la nymphe de Yeisailles. »

^ lauréat, de la bibliothèque du roi, dédia à Monsieur

LE PALAIS D£ SAIMT-CLÛUD. 167

Enfin, lesambassadeurs de la Grande-Bretagne, du Portugal, d'Alger, de Siam% sont tour à tour

une description de celte féte en mauvais vers; après avoir dit:

Que Félix , trop heureuxl fit en perfection La fatale opération,

il parle de la brillante mascarade qui embellit le bal :

Le grand salon parut une Inde orientale.

Dnns une clarté sans égale

Des diamants sur les habits, Leurs aimables brillants, et les feux des rubis,

Fixent cent fois de plus grands lustres,

Que toute la darté des lustres; £t de ces diamants le prix et la cherté, Dans leur arranpjcmeiii rehaussaieut la beauté. Alexandre ', Roxanc Éphestion \ Aigie ^, Lisimachus 5, Cratère ^, Aspasie Orithie *, Pirithoiis 9, Jason Calaïs " et Zétès '\ Tipbis *\ Arsinoé Atalante et Cérès'^ Oalathée Hermione , à la danse étalèrent Tant d'adresse et d'appas, que chacun ils charmèrent.

' Monseigneur le daophin. * Madame la dauphine. ^ Monsieur le duc âc Botirbon. ^ Madame la duchesse de Foix. ^ Le comte de Brionne. • Le prince de Soiibise. ' Madame la duchesse de Roquelaure. * Madame la marquise de Daujeau. ^ Le chevalier de cliàtillon. Le comte de Tonnerre. ' ' Le duc de la Trémouille. ' ' Le comte de Nogent. ' ^ Le cbe?ap Htrde Sojecour. ^* Madame la marqniae de la Porte. **MademoimUe d'Aimagnac.. **]iademoiaèUede la Force. t'HadcmoiaeltodeSiinîaDe.

I n Les aiiiLus^adeurs de Siaio étaient auprès des duchesses, à main droite de Mgr le Dauphin; ce prince leur parlai et connue pour lui marquer une plus profonde vé-

|68 RiSiDENCfiS ROYALES.

reçus à Saint-GIoud avec la plus grande distinotioo.

Le duc d'Orléans y magnifique dans son hospitalité, était d*une galanterie généreuse avec les dames de sa courf et les loteries étaient le moyen délicat qu'il employait pour leur faire des présents: la plus brillante fut celledu9 août 16891 jour de la réception de l'ambassadeur de Venise ' •

aération, Us avaient les mains jointes, Motueigneur eat la bonté de leur dire : « Qu'ils pouvaient ne point se gêner en « les tenant en cet état, et c|uedans un temps de divertisse* « ment ils pouvaient prendre un aîr plus libre. •

« Ils rcpoudirent par de profondes inclinations; puis ils dirent : « Que quoiqu'ils n'eussent pas apporté leurs bon- « nets de cérémonie, qu'ils n'ôtent jamais ^ et qui sont même «attachés, ceux qu'ils avaient apportés pouvaient leur en « tenir lieu, et même qu'ils leur étaient tout à fait précieux » « puisque c'était un présent du Roi. »

[Gaseite, 1687.)

> Lots et noms des dames auxquelles il échut des lots dans la loterie tirée par M. le duc d'Oricans, le 9 août 1689:

Madame, une table ronde de la Chine, une porcelaine et une antre garnie d'or.

MademoiseUe, un cabaret garni de sept porcelaines et un

éveotail.

Madame de Ventadour, un cabinet de la Chine, une porcelaine, une boîte d'or et un éventail.

Madame de Ghàtillon, une porcelaine, un gobelet et un étui de vermeil.

Mais les palais des grands de la terre ont anssi

leurs jours de tristesse et de larmes! Cest à Saintmadame de Chàteautier, quatre boutons de diamants et d'émeraudes.

Madame la maréchale de Grancé, un cabaret de la Chine garni de dix pièces de porcelaine , et un éventail.

Madame de Maré, une cbocolatiéfed'ai^ent, une porte* laine I sept bâtons de chocolat et une boite de thé.

Madame de Giancé» uoe cave de cristal de roche, garnie d'or.

Madame de Meckelbourg , un bandage garni d une porcelaine violette et une bleue, une paire de gants et un

éventail.

Madame de Grandmont, un déshabillé de satiné , garni de trois pièces de ruban, une paire de gants garnis » un éventail et une petite boîte de la Chine.

Madame d*Armagnac, des paravents de la Chine.

Madame de Valentînois , une soucoupe de la Chine, garnie de deux porcelaines, deux paires de gants et un éventail.

Madame de ia teité, une belle cornette d'Angleterre ^ avec son bonnet.

Madame de Montauban^ une table garnie de son tapis, une bourse de jetons d'argent y une paire de flambeaux de vermeil » une boîte et quatre livres de bougie.

Madame de Fois, un cabaret garni de ses porcelaines» et

un t'y entai).

Madame de Portsmouth, une écritoire de la Chine » gar-> nie de son encrier et poudrier.

Madame la princesse d'Épinois, une paire de pendeloques de diamants y en poire.

Mademoiselle d'Épinois» un bandage garni d'une porce*

Cloud que Louis XlYy après la mort de Marie- Thérèse , le 3o juillet iG83, alla reposer sa dou-

laiDe et de sa soucoupe» deux érentaUs et deux boîtes de la Chine.

Mademoiselle de MeluD , uu cabaret gainî de porcelaines^ et un éventail.

Madame d'Allui, une étoile eu poioçon.

Mademoiselle de Pienue, unebusquière de toutes pierres.

Mademoiselle de Clisson» deux petites jattes de la Chine» une paire de flambeaux de Termeîl et quatre paquets de bougie.

Mademoiselle de Rouvroi , une samaritaine émaillée d'or, enrichie de (li;iniants.

Madame de Ljbcouet,si\ plats de porcelaine.

Mademoiselle Souceile, une grande cave d'argent ^ garnie de plusieurs pièces d'argent.

Madame de Mennesers» un petit cabinet de la Chine» garni de ses tiroirs, et un éventail.

Madame de Beauvais, un cofTre de calerabourg garni d'argctit. , plusieurs paires de tj;aiit5 et un éventail.

Mademoiselle des Bordes, une boîte de la Chine et deux éventails.

Mademoiselle deBusca» une étoile en poinçon.

Madame de Fursiemberg, une boite delà Chine» garnie d'un étui de vermeil» de denx paires déganta » d'une petite boîte de la Chine et d*un éventail.

Madame de la Pare, un diamant incaraat.

Madame de Bullion , une jupe de brocart d'or.

Mademoiselle de Ventadour, un tlat on d'or.

Mademoiselle de Meouetout , deux tasses et deux soucoupes, une paire de gants et un éventail.

LE PALâlS m SAIHXKSLOITD* I7I

leur. Seul avec son frère, dans son accablement, il lui disait: «Hélas! il ny a plus de reine en « France? quoi ! je suis veuf! je ne saurais le croire, a et pourtant, il n'est que trop vrai; je suis veuf, et « d'une princesse du plus grand mérite. J'ai vécu « vingt-trois ans avec la reine, sans qu'elle m'ait « donné aucun souci; voilà le premier chagrin « qu'elle m'ait causé! d Ce monarque cherchait la solitude, car le chagrin aussi a sa pudeur ; mais la populalion tout entière de Paris et des environs se précipita à Samt-€loud. Triste destinée des rois! leur douleur même ne leur appartient pas , et ils sont bien souvent coudamnés à se priver de leurs larmes! 11 fallut que Louis XIV se rendît au Yceu de la foule , qui , rassemblée dans la cour et sous les fenêtres du cliàleau, deuiandail à le voir; il parut, en habits de deuil, sur le balcon qui fait face à Paris.

C'est aussi de Saint-Cloud que ce monarque écrivit à l'archevêque de Paris cette lettre touchante :

« Mon cousin , la douleur sensible que je viens « de ressentir par la mort de la reine , ma tèmme.

Mademoiselle de Fontenai, une agaçante de diamants. Madame de Tambonneau , un« robe de chambre de brocart d'or.

Madame du Aoure, une croix de rubis et de diamants*

172 BIÉSIDENCES BOTAL£S.

« ne peut être soulaiijée que par le secours de Dieu « et par la ferme espérance dans laquelle je suis, « que , par un effet de sa divine bonté , il a voulu a coui oiiner de bonne heure la liaute vertu et « la pieté insigne qui ont accompagné toutes les « actions de sa vie ; et comme c'est par mes prières « et par celles de tous mes peuples que je dois a demander à Dieu le repos de son âme et la conte solation de ma douleur, je vous écris cette «lettre, pour vous dire, qu'aussitôt que vous « Taurez reçue , vous fassiez faire des prières pu- «« bliques dans l'étendue de votre diocèse, et que « vous ayez à convier, à celles qui se feront dans « votre église, les corps qui ont coutume d'assis- « ter à ces tristes occasions; et m'assurant que tf vous tiendrez la main à ce que ces prières se « fassent avec toute la piété requise , je ne vous « ferai la présente plus longue , que pour prier « Dieu qu'il vous ait, mon cousin , en sa sainte et a digne garde. Écrit à Saint-Ooud, le dernier du « mois de juillet i683. »

La duchesse d'Orléans, Charlotte de Bavière, vint également s entérmer à Saint-Cioud dans son pavillon favori pour pleurer plus librement rélecteur palatin , son frère , qu'elle aimait tendrement.

* Dans le bois dit de la FcHcité,

LE PALAIS DE SAINT-CLOUD, lyS

Monsieur était dt'vol; il ioiida à Saint-Cloud, en i6d8y une communauté de prêtres de la congrégation de la Mission ' ; Sionsieur était bienfaisaut; il fonda, le ii avril 1689, rhùpilal de la Charité ^.

Quelques années plus tard (le 27 août 1698), « le roi , Leurs Majestés Britanniques ^ et inesscigneurs les princes, fils de France, madame la duchesse de Bourgogne, et tous les princes et princesses , se rendirent à Saint-Cloiid pour le baptême de Mademoiselle de Chartres. Toute la cour s'assembla dans le grand salon de Monsieur^ ou tout le plain-pied fut rempli de personnes du premier rang, qui, en arrivant, trouvèrent dilTérents officiers qui distribuèrent abondamment du chocolat, du thé, du café et des eaux ^rlacées; ensuite, sur les cinq heures et demie, on alla à la

« L'acte de fondation , homologué par l'archevêque de Pans, le 14 avril i6ÔSy se trouve daas les archives de la couronne.

* Le capitaine-concierge de Saint'-Cloud était l'administrateur de l'hospice; les religieux de la Mission forent chargés du spirituel .

L'ancien Hôtel-Dieu {liospituun Dei) était au bout du pont, du côté du bourg de Saint-Cloud, depuis 1208. L'archevêque de Paris homologua Tacte de fondation du nouvel hôpital t le a3 juin 1689.

^ Jacques II et sa femme.

174 KJÉSIDKNCES BOYALES.

chapelle pour le baptême. Monseigneur le Dau-

pliin fut parrain; madame la duchesse de Bourgogne, marraine. La princesse fut nommée Marie- Âdélaide. M. Yàbhé de Grancev fit la cérémonie. On avait fait venir la jeune princesse d'Orléans , lilie aiuée de monsieur le duc de Chai lres, pour voir le roi, qui la trouva parfaitement belle. La cérémonie faite , on servit quantité do corbeilles de fruits et de di âgées ; ensuite le roi et toute la cour montèrent en calèche pour aller à la promenade dans le parc ; il y avait six calèches, chacune attelée de huit chevaux; le roi et la reine d'Angleterre étaient dans la première sur le devant, et madame la duchesse de Bourgogne , Monsieur et Madame sur le derrière; dans la seconde claieiit Monseigneur, Mademoiselle sur le devant, madame la duchesse et madame la princesse de Gonti, douairière; dans la troisième, monsieur le duc de Chartres, madame la duchesse du Lude et une partie des damesdu palais de inadame la duchesse de hourgogne; la qnati ieme était remplie par les dames de la reine d'Angleterre , et les deux autres par les duchesses et autres dames.

a Les trois jeunes princes montèrent à cheval, et partirent un peu avant le roi pour la promenade; elle dura jusqu*à sept heures.

« Le roi et toute sa cour revinrent alors dans les apparlemeutâ , et allèrent de la dans l'Oran-

LE l»àL4IS DB SÀlMT-CIiOUD. IjS

gei'ie 'f après quoi y le roi , le roi et la reine d'Angleterre s'en retournèrent. Messieurs les princes et madame la ducbesse de Boin gogne demeurèrent à souper. nuit ëtaut venue , on alluma les lustres et les girandoles dans tous les appartements, et il y eut dans le milieu de TOrangerie une table de quatoi ze pieds de long et neuf de large ; on servit un ambigu, où plus de soixante et dix plats furent servis; la table était de trente couverts, en voici Tordre : il y avait quatre fauteuils ; monseigneur le duc de Bourgogne et messeigneurs les ducsd'Ânjou et de Berri étaient à la droite; madame la duchesse de Bu ui Grogne et Mademoiselle à la gauche de monseigneur le duc de Bourgogne ; auprès de Mademoiselle étaient madame la grande - duchesse , madame la marquise de la Ferté et madame de Foutaiue-Maitel ; de Tautre côté; auprès de monseigneur le duc de Berri, étaient madame la duchesse, madame la princesse de Conti , douanière, et madame du Lude.

« Les dames du palais de madame la duchesse de Bourgogne et d'autres personnes de qualité occupaient les autres places dans tout le temps du repas; les violons de Monsieur jouèrent. Monsei» gneur le duc de Bourgogne fut servi par M. de Matarel , premier maître d'hôtel de Monsieur; madame la duchesse de Bourgogne par M. de Tomelan, maître d'hôtel; monseigneur le duc

176 EiSIDEVCES ROYALES.

d'Anjou par M. de Lutel, contrôleur général , et monseigneur le duc de Berri par JVL de Monpoint , aussi contrôleur i^^énéral ; M. Etzoton, conti'ôleur de la maison, et M. Freignùe, contrôleur de la bouche , servirent la table. Après le souper» messeigneurs les princes et madame la duchesse de Bourgogne retournèrent à Versailles *. »

Dans toutes les fêtes de Saint^oud , les casca*' des, (it jà célèbres du temps de Jérôme (iondi, jouaient, comme aujourd'hui , le premier rôle : on les ornait de pots de fleurs ; le soir, on les illuminait; mais le temps et l'usage les avaient fatiguées. Monsieur Sippela. i . Hardouin Mansard pour les réparer, et les cascades devinrent plus admirables que jamais ^. On se précipitait en foule à Saint-Cloud pour jouir de ce spectacle , et teiie était rimpatiente curiosité du public, que Monsieur ordonna de les faire jouer tous les jours. Les beaux, esprits se mirent en frais pour en célébrer

> Gazettes du temps.

* Voir la Description des grandes cascades de Saint-Qoud,

par Harcouet de Longeville, dédiée, le 2 août 1706, à Monseigneur duc d'Orléans, petit-fils de France, neveu du roi. L'auteur termine ainsi leur apologie :

« Ces cascades sont le plus riche comme le plus savaat effet de Tliydraulique; il n'est rien dans le monde qui les

LE PALA.1S DE SAIWT-CLOL O. l^-j

les merveilles; Tun d'eux exhala son enthousiasme dans ces vers :

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