UN DERNIER SOUVENIR DE MARIE-ANTOINETTE
Le nom de la reine Marie-Antoinette a été évoqué dans l'église paroissiale, il n'y a pas beaucoup plus d'un an. On se rappelle que l'église collégiale menaçant ruine, la Reine avait ordonné sa démolition, mais qu'en même temps elle avait commencé de ses propres deniers la construction d'une autre église — laquelle après de nombreuses vicissitudes ne fut terminée qu'en 1820. L'église actuelle que les obus prussiens ont respectée, bâtie en grande partie
aux frais de la cassette impériale, fut terminée en 1863. En face de son médaillon placé dans le chapiteau de colonne à l'entrée du chœur, Napoléon III ordonna de sculpter l'effigie de Marie-Antoinette. On peut donc encore aujourd'hui lire les dates suivantes 1863 sous l'image de l'Empereur, et 1787 sous celle de la Reine.
L'année dernière, le clergé de la paroisse fit une singulière découverte qui rappelait le nom de iMarie- Antoinette. Dans un lieu de débarras attenant à l'église on découvrait un monument funèbre dont voici la description: une colonne de marbre haute de six pieds, se terminant par un chapiteau de marbre blanc ; sur le fut de la colonne, cette inscription gravée en lettres d'or :
Anno MDCCCXX
A LA MÉMOlRIi DE MARIE-ANTOINETTE REINE DE FRANCE
Fondatrice de l'Eglise de Saint-Cloiid Obiit XVI octohris anno saliUis MDCCXCIU
Jusque-là rien d'étonnant. Quand l'église fut achevée sous la Restauration, on rappela par une inscription le nom de la bienfaitrice qui en avait ordonné la construction. Ce qui est plus étrange, c'est que derrière le petit socle de marbre sur lequel est placée l'urne se trouve cette date gravée en caractères anciens : 1628.
Pourquoi 1628 qui ne se rapporte ni à Marie-Antoinette, ni à Henri HT, en souvenir duquel une colonne aussi avait été élevée ?
Cette date de 1628, le style Louis XllI du chapiteau et de l'urne, la couleur noire du marbre ne permettent pas en effet de supposer, comme d'aucuns l'ont fait pourtant, que la colonne soit celle que de fidèles serviteurs érigèrent en l'honneur de Henri III. Celle-là était en marbre rouge; elle fut transférée à Saint-Denis (on peut l'y voir aujourd'hui encore), et portait d'ailleurs une inscription, tandis que celle du xvif siècle préparée sans doute pour quelque grand personnage, mais mise de côté avant qu'une dédicace n'y fût apposée, ne porte aucun signe. On la trouva toute faite en 1820, on s'en servit pour rappeler le souvenir de la malheureuse Reine. Le hasard veut que cette colonne dont l'histoire est indécise vient de reprendre la place qu'on lui avait destinée dans l'église commencée par elle. Non loin des terrasses qui ont remplacé son palais incendié par les envahisseurs, au centre de la ville qu'elle combla de faveurs, le souvenir de JMarie-Antoinette renaît donc plus décent ans après sa mort.