‹ Le palais de Saint-CloudChapitre 61 sur 91 · ABD-EL-KADER A SAINTGLOUD · texte numérisé non relu

ABD-EL-KADER A SAINTGLOUD

Dès 1850, le prince Louis-Napoléon, président de la République, inaugure les séjours à Saint-Cloud. 11 n'est pas encore marié, c'est donc une cour toute restreinte, mais ornée parfois de la présence de la princesse Matliilde qui habite alors le pavillon de Rreteuil, de la princesse Murât et de quelques dames, amies de la veille, qui formeront la cour du lendemain. On apercevra à Saint- Cloud pendant l'été de 1852, celle dont le prince Louis-Napoléon est tombé éperdùment amoureux et qu'il a juré d'épouser, Mlle Eugénie de Guzman, comtesse de Teba, fille du comte de Montijo.

Une cérémonie émouvante se passa à Saint-Cloud à l'automne de cette même année ; la visite d'Abd-el-Kader venu pour remercier le prince président de sa remise en liberté.

Injustement détenu à Pau, depuis 1847, alors que le duc d'Aumale lui avait promis, après sa capitulation, un sauf-conduit pour l'Orient (le gouvernement de Louis-Philippe n'avait pas ratifié la généreuse pensée du gouverneur général de l'Algérie), Abd-el-Kader, avait été transféré en 1849 au château d'Amboise.

Quelques jours avant de monter sur le trône, le prince Louis-Napoléon voulut faire cesser la captivité de notre ancien ennemi et se rendit au château d'Amboise.

« Vous avez été l'ennemi de la France, lui dit le Prince le 16 octobre, mais je n'en rends pas moins justice à votre caractère, à votre résignation dans le malheur; c'est pourquoi je tiens à honneur de faire cesser votre captivité, ayant pleine foi dans votre parole... Je viens vous annoncer votre mise en liberté.

SAINT-GLOlJD SOUS LE SECOND EMPIRE.

Vous serez conduit à Brousse dans les états du , Sultan, dès que les préparatifs nécessaires seront faits, et vous y recevrez du gouvernement français un traitement digne de votre ancien rang. » L'émir avait supporté avec une admirable grandeur d ame une captivité inique, il se montra plein de reconnaissance envers le prince qui ouvrait les portes de sa prison.

Paris fît grande fête à l'émir libéré. Le 30 octobre, Abd-el-Kader accompagné d'une brillante escorte, ayant à ses côtés le ministre de la guerre, le général Daumas, directeur des affaires d'Algérie, allait rendre au château de Saint-Cloud l'inoubliable visite d'Amboise. Le Prince l'attendait entouré des officiers de sa maison, et, comme l'émir voulait lui baiser la main, il lui ouvrit les bras où Abd-el-Kader se jeta avec effusion. Dans son discours, l'émir témoigna la plus vive gratitude. A plusieurs reprises il protesta contre l'erreur généralement accréditée qu'un musulman n'était pas tenu par le serment fait à un chrétien. Il terminait sa harangue par ces mots : « Mes os sont vieux, quant au reste de mon corps, il a été renouvelé par tes bienfaits. »

Le Prince tint à faire lui-même les honneurs du palais à Abd-el-Kader; il le mena ensuite aux écuries qui émerveillèrent l'émir : « C'est un second palais », dit-il au commandant Fleury qui lui en faisait les honneurs. Comme il s'extasiait surtout devant un magnifique cheval arabe à la robe de neige. « Je le mets à ta disposition, lui dit le Prince. Je veux qu'il te fasse oublier qu'il y a longtemps que tu n'es monté à cheval. Tu viendras l'essayer avec moi dans le parc, et tu le monteras ensuite à la revue de cavalerie qui aura lieu à ton intention. »

Quelques jours après Abd-el Kader recevait une invitation pour Saint-Cloud, et la promenade promise avait lieu. Les chevaux arabes destinés à l'émir et à ses compagnons étaient parés d'un harnachement oriental de grand prix. La selle disposée pour l'ancien grand chef africain était un présent fait au prince par le Sultan. La promenade fut longue et animée. A un certain moment le prince Louis eut l'heureuse inspiration de demander à l'émir des nouvelles de sa mère. Les yeux d'Abd-el-Kader s'animèrent alors d'un feu plus vif que de coutume et il répondit : « Pendant ma captivité, ma mère avait besoin d'un bâton pour soutenir son corps courbé par les ans ; depuis que je suis libre... le bonheur l'a rajeunie, elle marche sans bâton et elle a retrouvé sa santé et sa jeunesse d'autrefois. » Au cours de la promenade, l'émir manifestait dans un langage élevé sa joie de se trouver libre auprès de celui qui avait ouvert les portes de sa prison ; « la vue des daims et des chevreuils du parc lui rappelait, disait-il, ses chasses à la gazelle dans le Sahara ».

Une grande réception après un dîner de gala où assistaient les ministres- et

rambassadeiir de Turquie, le prince Kallimaki, fut également donnée à Saint- Cloud en rhonneur d'Abd-el-Kader. Il y eut aussi des fêtes à Paris, mais celle qu'il sembla le jjlus goûter fut la solennité militaire donnée sur le plateau de Satory. Les acclamations ne manquèrent ni en faveur de l'illustre chef africain ni en l'honneur du Prince qui, un mois après, allait être proclamé empereur.

M l'Iil N( I I 1 II I - \ \ !■! Il I (1 \ l;l ( I \ \ \ I m;|i I I K \ m l; \ - \ I \ I -( I (il li I.N 1 8.jO. Bas-relief de Caiiieaux. iMui^ée de \'ej-suilles. (Cliehé de N'ersailles illuslré).

La gravure ci-jointe est la reproduction d'un bas-reliet dû au ciseau de Carpeaux, et que M. de Nolhac a récemment retrouvé. Il est maintenant exposé dans les galeries des guerres du second Empire (1). Quoiqu'en aient dit les critiques de 1853, année oû l'œuvre fut exposée, on trouve dans ce bas-relief les qualités qui distinguèrent le talent de Carpeaux : force, tendresse, soumission, émotion communicative. La ressemblance des généraux et ministres, Saint- Arnaud, Canrobert, Abbatucci, etc., est, de plus, frappante (2).

( 1) L'ddy.ssée di' ci' bas relief est curieuse. Voir la Gazette des Beaux-Arts 1873, et Versuilles illustré, 1898.

(2) Abd el-Kader emportait un inefl'açable souvenir de sa visite à Saint-Cloud. Il se montra toujours reconnaissant et fidèle et, de Brousse où était fixée sa résidence, on sait combien son inlluence fut utile aux armes françaises pendant la campagne de Syrie de 1860. En récompense de son intervention, un décret daté de Saint-Cloud, ii août, élevait l'émir à la dignité de Grand-Croix de la Légion d'honneur.

La reconnaissance d'Abd-el-Kader s'étendit à tous ceux qui, de prés ou de loin, s'étaient entremis pour faii'e cesser sa captivité. C'est ainsi que mon père, aide de camp du prince président, avait pu employer ses etforts en faveur de l'émir : Tous les ans, jusqu'à sa mort, Abd-el-Kader lui écrivait au début de l'année en témoignage de gratitude.

Sur les discours d'Abd-el-Kader, les réceptions auxquelles il assista, on devra consulter le livre du

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