‹ Le palais de Saint-CloudChapitre 8 sur 91 · HERVARD ET MAZARIN. - LE CHATEAU DE MONSIEUR. MARIAGE DU DUC D'ORLÉANS · texte numérisé non relu

HERVARD ET MAZARIN. - LE CHATEAU DE MONSIEUR. MARIAGE DU DUC D'ORLÉANS

Depuis l'avènement de Henri IV jusqu'au jour où Philippe, duc d'Orléans, frère de Louis XIV, y fit bâtir un palais, la ville de Saint-Cloud ne fut le théâtre d'aucun événement digne de prendre place dans l'histoire. Tout au plus mentionnera-t-on : une yisite du dauphin, depuis Louis XIII, qui y reçut en 1604 le prévôt des marchands et les échevins de Paris qui lui apportaient les clefs de la capitale; un arrêt du parlement qui intervint, le 27 mai 1614, pour obliger le cardinal de Gondi, évêque de Paris, à partager avec les habitants de Saint-Cloud les frais de la restauration de leur église, et un séjour de Gaston d'Orléans, frère de Louis XIII, qui après avoir perdu sa première femme, Marie de Bourbon, mère de M"" de Montpensier, se retira à Saint-Cloud dans la maison du président de Coigneux pour y passer son temps de deuil.

Le premier événement important est une rencontre pendant la guerre civile delà Fronde, en 1652, entre les troupes royales alors commandées par Turenne et l'armée mi-espagnole, mi-française que conduisait Condé. Turenne s'emparait du bourg de Saint-Cloud et, malgré les efforts de Condé, gardait ses positions.

Pendant ces mêmes troubles, les Ursulines de Montereau s'étaient réfugiées à Saint-Cloud. Le prince de Condé ayant sommé la ville de se rendre, les religieuses épouvantées quittèrent leur couvenL Huit d'entre elles prirent la route de Paris et demandèrent asile à Mme Talon, femme de l'avocat général, qui, de concert avec d'autres dames charitables, fit à Saint-Cloud l'acquisition

de la maison du grand-vicaire de Saiissay. L'archevêque de Paris leur donna, le 11 mars 1654, la permission de s'y établir, et Louis XIV, par lettres patentes, confirma cette fondation.

Qu'est devenue pendant ce temps la maison de Gondi dont il n'est plus question ? Elle a été embellie par Jean-François de Gondi, premier archevêque de Paris. L'auteur du Supplément de Du Breuil écrivait, en 1630, <c que le jardin étoit d'une grande étendue et estimé pour les belles grottes qui s'y voyoient, et pour les fontaines dont l'eau fait jouer plusieurs instruments; qu'en outre,

ViaiU ET PEIISIMÎCTL'RE DE LA MAISON ET PARTERRES DE l'iLLUSTRISoIME ARCIIEVESQUE UE PARIS A SAINCT-CLOUI).

Gravure de Perello el Ibraël Silvesire Cabinet des Estampes.

il y avait quantité de statues de marbre et de pierres... allées couvertes et un bois fort frais en été... >» 11 ajoute que daus celui de M'" du Tillet se voyaient des pièces encore plus belles que celles du jardin de Gondi. Vendue par les héritiers de Jean-François de Gondi, de la maison, avec ses dépendances et son parc, appartenait à un contrôleur des finances nommé Barthélémy Hervard, banquier protestant fort avant dans la faveur de Mazarin et chargé jadis par le cardinal de sonder la conscience du prince de Condé. Hervard avait usé libéralement de la protection du ministre ; très riche, il devint fastueux et acheta la villa Gondi et les terres avoisinantes, jardins luxueux, grottes, cascades à l'italienne, et le traitant, aussi vaniteux qu'imprudent, rêva la faveur d'une visite royale. C'était tomber dans un piège que lui tendait Mazarin, jaloux de sa fortune. S'il n'en coûta pas la liberté à ce prédécesseur de Fouquet, il lui en coûta assez cher néanmoins, si l'on en croit une anecdote très répandue, de voir son désir exaucé :

SAINT-CLOUD SOUS LOUIS XIV

Louis XIV cherchait une habitation pour Monsieur. Il accepta facilement de se laisser conduire à Saint-Cloud avec l'arrière-pensée, soufflée par le cardinal, de se rendre acquéreur à bon compte de l'ancienne villa de Gondi.

A la fin d'octobre 1658,1e Roi, Monsieur et Mazarin réalisaient le songe doré du financier Hervard en venant passer la journée dans sa somptueuse demeure. Le soir, « après une collation magnifique, le parc fit jouer pour eux ses cascades féeriques et s'inonda de feux et d'illuminations merveilleuses ». Lorsque la dernière gerbe du feu d'artifice fut éteinte, Louis XIV et son frère prirent congé de leur hôte et s'éloignèrent, suivis de la cour et des mousquetaires. Mazarin resta.

Le cardinal débuta par des compliments et vanta la fortune de son hôte, de ce ton semi-railleur qu'il aimait ù prendre. Sans doute la conscience du contrôleur n'était pas très nette en matière de finances, car dans le sourire de Mazarin, qu'il connaissait de longue date, il entrevit des poursuites, des restitutions, la ruine peut-être. 11 pensa que le mieux était de se faire petit et d'amoindrir sa fortune.

« Combien vous coûte ce palais? demanda le cardinal. Douze ou quinze cent mille livres? Et le peuple se plaint! — Ohé! bien moins! s'écria le contrôleur effrayé. — Un million? — Moins encore, moins. — Deux cent mille écus? fit Mazarin. Et les finances du Roi sont obérées? — Monseigneur, je ne suis pas en état de faire une aussi grande dépense, répondit Hervard éperdu. » Et, pressé de questions, il finit par dire : « Cette maison me revient à... cent mille écus. — Vous dites : cent mille écus... Rien, très bien, » dit le cardinal en se levant. Le carrosse de Mazarin avait déjà traversé le pont de Saint-Cloud que le malheureux « Turcaret » se demandait encore : « Cent mille écus !... Pourquoi avoir tant insisté?... Il n'ignore pas que tout ceci m'a coûté plus de deux millions. » — La réponse vint quelques jours après, sous forme d'une cassette et d'un parchemin envoyé par Mazarin. La cassette renfermait cent mille écus; le parchemin était un contrat de la vente faite par le sieur Hervard au Roi, le tout apporté par M° Mouffle, notaire royal, et son confrère M" Le Fouyn.

Hervard se récria, mais il eut peur qu'on épluchât ses comptes. Quelque invraisemblable que paraisse la chose, il céda et signa. On raconte que le Roi trouvant un peu forte la ruse de son ministre — si avare des deniers de ri^tat quand lui-même n'était pas en cause — envoya en sous-main au financier puni une somme additionnelle comme indemnité. Peu après, du reste,

HISTOIRE

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