CHAPITRE IX APRÈS LA GUERRE. — DE NOS JOURS
Dès septembre 1871, débarquait à Saint-Cloud une grande quantité de voyageurs : des Anglais, pour la plupart, qui, lorgnettes en bandoulière et Guide de rétranger sous le bras, voulaient être les premiers à visiter les ruines. Saint- Cloud incendié fait partie des attractions comme Versailles et les champs de bataille des environs, comme l'Opéra et les décombres de Paris. Un entrepreneur a traité à forfait avec les voyageurs curieux : pour dix livres ils verront tout. Et après avoir contemplé les ruines de la Commune, ils vont visiter les ruines des Prussiens. Un écrivain spirituel, M. Ludovic Halévy, a noté ses impressions : (( Les Anglais radieux se promènent aujourd'hui au milieu de ce vaste amas de décombres (le palais de Saint-Cloud)... Puis ils s'en vont voir la fête au galop, toujours au galop... Ils ont tant de choses à voir, et si peu de temps pour les voir. Le temps est admirable, il y a foule à cette fête de Saint-Cloud... Et beaucoup de gaieté, de grands éclats de rire devant les baraques de saltimbanques.. La colonne anglaise se fait place avec une impétuosité froide et une curiosité féroce; on entend des exclamations : « Oh! très pittoresque, très original, ces « ruines, cette fête !... » Ils achetaient tout à l'heure des éclats d'obus, ils achètent maintenant des mirlitons... »
Par antithèse, au milieu de ce vacarme de la fête foraine, M. Halévy s'est souvenu d'une autre visite à Saint-Cloud pendant la Commune:
« C'était le 9 avril, le jour de Pâques. Nous étions venus à pied de Versailles. Nous entrons à dix heures du matin dans l'église de Saint-Cloud... On chantait la grand'messe. Les voix des enfants de chœur s'élevaient, hautes et claires, accompagnées à la fois par l'orgue de l'église et par le canon du mont Valérien. Un prêtre monta en chaire et se mit à parler de la charité et de l'amour du prochain. La fin du sermon fut très touchante :
«Au milieu de toutes nos douleurs, au milieu de toutes nos angoisses», disait le prêtre, « Dieu ne nous abandonne pas. Jésus-Christ nous reste; son église est