CHAPITRE IX. IO
que je vois là avec le nom de Vicias (1), comme cette vieille qui boit dans un vase de verre, ou bien d’insignifiantes allégories, telles que cette forêt de INemée (2), je les tiens pour des hommes qui , par la faiblesse de leur génie, ont trahi la dignité de leur art. La peinture , ainsi que la poésie , doit parler à Famé ; sa destination est de transmettre à la postérité le souvenir des grandes actions , les traits des personnages célèbres; et puisque les dieux ont accordé au peintre , ainsi qu’au poète , le don d’émouvoir les passions, il doit s’en servir pour diriger les hommes vers le bien , en offrant à leurs yeux de puissants exemples de vertu, ou de hautes leçons de philosophie, comme dans cet admirable tableau de la vie humaine.
« Tel fut aussi, répondit notre ami, le pre- « mier usage que l’on fit de cet art ; les plus « anciennes peintures représentèrent l’image « des dieux, des héros, et des sages (3) ; mais « les hommes se sont, en toutes choses, em-
(1) P lin. , lib. XXXV, cap. 1 1
(2) Ibid.
(3) Ibid. cap. 4.
<c pressés d’abandonner ce qui les instruit, « pour courir après ce qui les amuse. Par « exemple, croiriez-vous qu’Antistius Labéon « se soit fait une réputation par ces petits « tableaux , dont les figures sont si excessive- « ment petites , qu’elles échappent à l’œil ? « Mais ce genre est méprisé (i) par les bons « esprits, qui ne voient dans cette espèce de « difficulté vaincue qu’un aveu d’impuissance, « et une patience incompatible avec le génie. « Cependant les tableaux de genre , et les ca- « ricatures (2) de Peireicus, sont payés ordi- « nairement plus chers que les productions des « grands maîtres (3). Au surplus vous recon- « naîtrez facilement quel prix on attache à « tous ces chefs-d’œuvre , par les soins que l’on « prend pour les conserver. Indépendamment « de l'exposition de la galerie (4) , qui la met
(1) P lin. , lib. XXXV, cap. 2.
(2) On donnait aux tableaux grotesques la dénomination de Grylli. (Phn.9 lib. XXXV, cap. 10.) On en voit plusieurs exemples dans les peintures d'IIerculanum et de Pompéi.
(3) Ibid.
(/*) Vitruv. , lib. VI , cap. 7.
CÜAPITÏtE IX.
« à l’abri de rhumidité et du soleil, chaque « tableau a un vernis diaphane , destiné à le * préserver de la poussière et des ordures (i); « de plus ils sont renfermés dans des ca- « dres (2) avec des volets (3) ; et meme quel- « ques-uns ont, au lieu de volets, des châssis a vitrés (4). Ces tableaux sont peints les uns « à l’encaustique ( 5 ) , les autres à fresque. « Ce dernier procédé est principalement em* « ployé pour peindre sur les murailles (6) ;
(1) Plin. , lib. XXXV, cap. jo
(2) Ibid. cap. 1.
(3) Voyez Pitt. di Pomp. , peinture sans numéro, représentant la décoration d’un atrium.
(4) Ruin. de Pomp. t. I,pag. 24*
(5) Mart. , lib. IV, epigr. 47. Il y avait trois sortes de peinture à l’encaustique : la première , avec des couleurs incrustées dans des traits gravés au cestre sur l’ivoire; la deuxième, à la cire diversement colorée, qui se maniait comme on le fait encore pour les portraits en cire; la troisième, à la cire fondue au feu et employée avec le pinceau. Cette dernière manière était la plus solide; on s’en servait pour les vaisseaux. Plin.^ lib. XXXV, cap. 11.
(6) Toutes les peintures antiques trouvées jusqu’à ce jour sont à fresque; on ne pouvait pas employer indistinctement toutes les couleurs pour ce genre d’ouvrage. Plin. y lib, XXXV, cap. 7.
« aussi plusieurs des tableaux à fresque que « vous voyez ici , ont - ils été enlevés avec « une audace et une adresse admirable , de « dessus les murs sur lesquels ils furent pri- « mitivement exécutés (i). Je pourrais exci- « ter votre étonnement, mon cher Merovir, « si je voulais, après vous avoir montré tous « ces tableaux, vous dire le prix qu’ils ont c( coûté. Je me bornerai à un seul exemple. « Le premier propriétaire de cette bataille , « ouvrage du peintre Bularchus , l’acheta son « pesant d’or (2). »
Nous sortîmes enfin de la Pinacothéca , fatigués du nombre excessif de tableaux que nous avions examinés. Nous nous assîmes un moment sur le pluteum (3) du péristyle. Il était creusé en forme de canal rempli de terre , et
(1) P lin. , lib. XXX Y, cap. 4 , rapporte une opération semblable tentée par Caligula , de manière à donner à penser qu’elle se pratiquait souvent. On a trouvé dans les fouilles de Pompéi deux tableaux déjà détachés du mur avant l’éruption , et placés à terre avec précaution pour être transportés ailleurs.
(2) Ibid. cap. 8.
(3) Mur d’appui entre les colonnes. Voyez la note 4 ,