‹ Le palais de Scaurus; (volume 2)Chapitre 6 sur 120 · CHAPITRE II. J · texte numérisé non relu

CHAPITRE II. J

rues, nous fûmes un moment arretés par un long attelage d’une centaine de bœufs qui embarrassait la voie ; ils traînaient une énorme colonne d’un marbre étranger et précieux (Y). « Vous voyez, nous dit Chrysippe, une co- « lonne destinée à la maison que Publius « Clodius vient d’acheter près de 1 5, 000,000 a de sesterces (2). Ce goût poiix les marbres « étrangers est devenu chez les Fvomains une « espèce de délire (3). Ils portent le fer dans « les montagnes pour en tirer une infinité de

« du coté de la Suburra , où fut jadis la vieille église de « Saint-André et le couvent de Saint-Grégoire, etc. etc.» Mais le Clivus Scauri , qui est le cliemin en pente, séparant le monastère de St.-Jean et Paul de celui de St. -Grégoire, ainsi que ce dernier monastère et la vieille église de Saint- André, sont situés sur le mont Cœlius. fVoyez Guattani , Rom. mit., cap. 6; Nardini , lib. III, cap. 7). Pyrrhus Ligorius ne serait-il pas coupable ici d’une de ces nombreuses inexactitudes qui lui ont été si souvent reprochées ? Nous placerons donc la maison de Scaurus, d’après le sentiment général, sur le terrain qu’occupent aujourd’hui l’église, le monastère de Saint-Grégoire , et les jardins voisins.

(1) Tibul lib. II, Eleg. 6, v. 26.

(•2) 14,800,000 sest. , environ 2,906,000 fr. de notre monnaie. Plia ., Nat. hist ., lib. XXXVI, cap. 1 5.

(3) Ibid., cap. t.

« marbres divers; ils construisent des vais- « seaux destinés seulement à recevoir ces blocs « immenses ; la nature courroucée ne leur « oppose point de périls capables de modérer « la fureur de leur passion; et ils transportent « intrépidement les sommets des montagnes « sur les vagues agitées par les tempêtes (i). « En parcourant l’habitation de Scaurus, vous « aurez plus d’une fois lieu de remarquer jus- « qu’où le luxe des marbres est porté dans « ces palais républicains (2). Cette corruption « de l’ancienne discipline précipite l’état vers « quelque grande catastrophe. La république « est travaillée par deux vices opposés, l’excès « de la cupidité, et le délire de la profusion (3). « L’adversité et les périls élevèrent Rome au « plus haut point de gloire et de puissance; « aujourd’hui ses richesses l’accablent , et l’en- « traînent vers sa perte (4)- »

Nous passâmes en discourant ainsi auprès d’un bâtiment que l’on construit derrière le

(1) P lin., Nat. hist ., lib. XXXVI, cap. i.

(p) Ibid., cap. i5.

(3) Sallust., Catilin., VI.

(/*) Ibid., X.

Page 1