CHAPITRE V
« faires de Marius par le plus ou moins de
« gens qui assiégeaient l'atrium de Scaurus ;
« enfin il resta deux fois désert , et ne fut
« fréquenté de nouveau qu’après la mort du
« rival de Sylla.
« Remarquez près de cette porte ces clients « faméliques à qui l’on distribue de petites « pièces de monnaie, ou quelques provisions « de ménage ; ils viennent ainsi chaque jour « chercher ce que l’on appelle la sportule (i);
« la plupart d’entre eux n’ont que cette res- « source pour subvenir à leurs besoins ( 2 ) ;
« aussi, comme la répartition se fait par tète,
« on voit souvent ces pauvres gens y traîner « leurs enfants malades ou leur femme lan- « guissante et près d’accoucher (3). »
En parlant ainsi nous nous levâmes, et nous commençâmes à avancer sous la galerie.
Chrysippe nous fit expliquer par un atrien-
(1) Jüven. Sat. 1 , v. 96.
(2) Ibid. v. lai.
( 3 ) Ibid. v. iaa.
sis (i) le sujet des plus belles peintures dont les parois étaient -décorées ; c’étaient des actions tirées de l’Iliade et de l’Odyssée (a) ; les frises étaient r de loin en loin , ornées d’inscriptions (3) et de proues de vaisseaux en bronze (4) : ces ornements ont été placés en ce lieu par des affranchis reconnaissants , comme une espèce de monuments votifs en l’honneur de leur patron (5).
(i) L’un des esclaves préposés à la garde et à l’entretien de l’atrium. ( Petron. Saljrric. cap. 9 ; Cicer. Paradox. 5, cap. a; Colum. lib. XIII, cap. 3).
(a) Pétrone, qui veut ridiculiser Trimalcion, place à côté de ces sujets des combats de gladiateurs. Ce dernier genre de peinture ne se voyait guère que dans les tavernes, les boutiques et dans les habitations des gens du éommun ; elles étaient faites par des peintres ignorants , pour l’amusement du peuple. Horace fait dire à son valet : Si je m’arrête h regarder les tableaux de Fulvius, de Rutuba et de Placideianus , si bien peints avec du rouge et du noir ( Sat. 7, lib. II). Pompéi offre plusieurs exemples de semblables tableaux.
(3) Petron. Satyric. cap. g.'
(4) Ibid.
(5) Ibid.; Plin. lib. XXXIV, cap. 5. On voit à Pom-
Trois pièces principales occupent le fond de l’atrium: la première est le tablinum (i). C’est une salle assez v^ste entièrement ouverte sur le devant (a), où l’on tient les archives de famille ; les deux autres salles , placées sur les parties latérales , sont de la même forme; on les nomme les ailes (3). Le tablinum et les ailes sont ornés d’arbres généalogiques (4) , de portraits en bronze , en marbre et à l’encaustique (5), ainsi que de dyptiques , qui renferment des figures en
péi un grand nombre de ces inscriptions honorifiques ou acclamatoires peintes sur les murs des édifices publics et privés.
(i) Festus, de Fer b. signifie.; Vitruv. lib. VI, cap. 4- (a) Voyez les Ruines de Pompéi, tom. II, pag. a3.
( 3 ) Ibid. p. 24 ; Vitruv. lib. VI, cap. 4 -
(4) Peut. lib. XXXV, cap. a; Senec. de Benef. lib. III , cap. 44 .
(j£) On peignait de cette manière les plafonds , les voûtes et les parois des appartements (P1.11». lib. XXXV, cap. a ). Les peintures de Pompéi sont à fresque. Voye.% Ruines de Pompéi, t. II , explication de la planche »X .
cire colorée , d’une parfaite ressemblance ( i ). Ces portraits représentent les ancêtres (a) de Scaurus ; car c’est une louable coutume des Romains de placer ainsi , dans la partie publique de leurs maisons, les images de leurs aïeux avec le nom des familles dont ils descendent (3), et des inscriptions rappelant les grandes actions qu’ils ont faites, afin que nomseulement elles puissent être connues de tout le monde, mais encore pour que leurs descendants soient par-là excités à imiter leurs vertus (4).
Chrysippe jouissait de l’étonnement avec
(i) Indépendamment des portraits peints à l’encaustique, il y avait dans le tablinum des portraits en cire faits en relief et moulés sur la nature (Plik. lib. XXXV, cap. a et ia). Voyez, pour ces dyptiques, Pitt. Ercol. tom. IV, p. i 85 , tav. 34 , où un pareil portrait est représenté.
(a) Plis. lib. XXXV, cap. a; Jüvek. satyr. 6 , v. 164; satyr. 8, v. 20 ; Mart. lib. IV, epigr. 40 ; Sf.nec. de Bcnef. lib. III, cap. 28 ; id. epist. XLIV, LXXVI; id. Consulat, ad Polyb.
( 3 ) Senec. ibid. ; Pu», lib. XXXV, cap. a.
/'/,) Valeb. Maxim, lib. V, cap. 7, § 3 .