CHAPITRE I
faire notre curiosité, ou d’éclairer notre ignorance ; il nous est principalement utile dans l’examen des monuments; car Chrysippe est habile architecte (i), et versé dans l’histoire de son art.
Il y a quelques jours qu’étant assis avec plusieurs de ses amis dans un hémicycle ( 2 ) de son jardin, je l’entretenais de notre Germanie; je cherchais à lui peindre l’horreur de nos bois sacrés (3), à lui décrire nos sacrifices (4) , nos longs repas qui , tout grossiers qu’ils sont, ne laissent pas d’être pour nous d’une magnificence ruineuse (5). Lorsque je vins à lui faire le tableau de nos maisons
(1) Il était architecte «le Cicéron (ad Allie, lib. III, epist. 29; lib. XIV, epist. 9). Cicéron avait encore un autre architecte qui s’appelait Cluatius ( Id . lib. XII, 18).
(2) Cxc. de Amicit. cap. 1 , 2. On appelait ainsi un banc demi-circulaire. Voyez, pour de semblables hémicycles, les Ruines de Pornpci , tom. I, pl. 3, 7, 33, 3/, .
(3) Tacit. de Morib. German. IX.
(4) Ibid. XXXIX, XL.
(5) Ibid. XIV.
bâties sans ciment, sans mortier, sans briques , grossièrement décorées de quelques traits colorés qui ressemblent à peine à de la peinture (i), Chrysippe ne put s’empêcher de rire de mon récit. « Mérovir, me dit-il, « vous parlez déjà assez bien la langue ro- « maine; vous êtes sensible à la majesté de « cette ville ; nos moeurs commencent à ne « plus vous effaroucher; et nous avons lieu « d’espérer que vous n’irez plus habiter ces « huttes enfumées auprès desquelles la ca- « bane de Romulus (2) serait, à ce qu’il me
(1) Tacit. de Morib. German. XVI.
(a) On voyait, sur la roche Sacrée ap Capitole, la maison de Romulus : ce n’était qu’une chaumière couverte en paille (Vitruv. lib. II, cap. 1). Denys d’Halicarnassc ( lib. I ) la place entre le Palatin et le grand Cirque , ce qui peut encore se Combiner avec ce qu’en dit Vitruve; car, de la roche Sacrée où était le bois et l’asyle, il n’y a qu’une petite distance au Cirque et au Palatin. Lorsque l’état de ruine où se trouvait cette cabane demandait des réparations, on avait soin de les faire de manière à ce que les travaux ne parussent point récents, afin de conserver à la maison du fondateur de Rome un air d’antiquité qui la rendît plus respectable ( Ibid. V