‹ Le Palais de ScaurusChapitre 50 sur 131 · CHAPITRE IX. 12 'j · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX. 12 'j

« privée est semblable en tout , pour la forme « et la décoration, aux basiliques publiques, « si ce n’est quelle est construite sur des di- « mensions plus petites : aussi , sans vous y « arrêter plus long -temps, passons dans la « Pinacothéca; vous y retrouverez encore une « distribution empruntée aux usages de ma « patrie. C’est de nous que les Romains ont « appris à réunir dans une galerie , comme on « l’a fait ici , des tableaux de différents maîtres ; « car , bien que l’on voie en Italie , et particu- « lièrement à Ardée, des peintures plus ancien- « nés que la fondation de Rome (i) ; quoique « l’illustre famille Fabia se fasse gloire de devoir « son origine à un peintre ( 2 ) , et que le poète « Pacuvius n’ait point dédaigné de peindre le « temple d’Hercule , au Forum Boarium (3) , cet « art a été long-temps à R ome , dans une espèce « de défaveur (4). Marcellus y montra le pre-

( 1 ) Plik. lib. XXXV, cap. 3.

(2) Fabius Pictor. ibid. cap. 4 -

(3) Ibid.

( 4) Ibid.

128 LF. PALAIS DE SCAÜRIJS.

« mier dans son triomphe des ouvrages d’ar- « listes grecs (i); mais c’est principalement « Lucius Mummius qui a donné aux Romains « le goût des tableaux de grands-maîtres , en « faisant transporter à Rome les chefs-d’œuvre « des peintres de la Grèce ( 2 ). Cependant ce « ne fut point aux lumières de Mummius que « cette ville fut redevable de ce genre de ma- « gnificence ; il était si ignorant dans les arts , « qu’ayant fait un accord avec des négociants « pour le transport des statues et des tableaux « qu’il avait pris à Corinthe, il mit dans le « marché que, si par malheur ils venaient à « gâter ou à perdre quelques-uns de ces chefs- « d’œuvre d’Apelle , de Protogène , de Zeuxis « et de Phidias, ils seraient tenus d’en faire « faire de semblables à leurs frais (3)! L’ava- « rice seule lui ouvrit les yeux sur la valeur « réelle des objets d’art que possédait la Grèce ; « et voici à quelle occasion. Comme il faisait

(!) Tit. Liv. lib. XXV, a5.

(a) Plii». lib. XXXV, cap. 4.

( 3 ) Vell. Paterc. lib. I, p. 5 .

« vendre à l’enchère les tableaux et les statues « trouvés à Corinthe , le roi Attalus offrit un « prix excessif d’un tableau du peintre Ari- « stide ; Mummius commença dès-lors à soup- '< çonner que ces objets pouvaient être dignes « de la magnificence romaine ; aussitôt il rom- « pit tous les marchés , et fit transporter ici les « dépouilles de notre infortunée patrie ( 1 ). De- « puis , ce goût est allé toujours croissant ; on « vient même tout récemment d’exposer dans « le Forum un grand nombre de tableaux d’an- « ciens maîtres grecs (a); enfin ce sera bientôt « une fureur , car les Romains ne savent gar- « der de mesure en rien. Tous leurs goûts de- « viennent des passions, et leurs passions « tiennent du délire. »

La Pinacothéca (3) , dans laquelle nous entrâmes, est située de manière à recevoir le jour du nord (4) , parce que cette exposition

(1) Plin. lib. XXXV, cap. 4.

(a) Ibid.

( 3 ) Petroi». satyric. cap. 19; Vitruv. lib. VI, cap. 7.

( 4 ) Vitruv. ibid.

l3o LE PALAIS DE SCAURUS.

lui procure une lumière toujours égale , et ne permet pas aux rayons du soleil d’y pénétrer. Elle est remplie des plus beaux chefs-d’œuvre de la peinture, que Scaurus y a rassemblés à grands frais. Dès l’abord, je m’arrêtai muet devant un tableau de Pausias (i); il représentait un taureau vu en raccourci (a). Le talent du peintre était parvenu à faire une illusion complète. « C’est le premier exemple d’une sem- « blablemanière de représenter les objets, me « dit Chrysippe, et c’est encore ce qu’on a « fait de mieux en ce genre (3). Vous verrez « ici beaucoup de morceaux de la main du « même artiste; Scaurus les a achetés de la « ville de Sicyone, qui, ne pouvant payer ses « dettes, a trouvé, fort heureusement, pour « elle, une ressource inattendue en 'vendant « les tableaux de Pausias (4). Voyez plus loin

(i) Horat. salyr. 7, lib. II, v. 69.

(a) Pi, in. lib. XXXV, cap. 11.

(3) Ibid.

(4) Ibid.

CHAPITRK IX.

« cet ouvrage de Zeuxis, il n’a nullement res- « senti les outrages du temps (i). Ici ce sont « des tableaux de mon ami Métrodore, égale- « ment célèbre dans la peinture et dans la phi- « losophie (a) ; car c’est une grande erreur de « croire que l’étude des arts soit incompa- « tible avec celle des lettres et de la sagesse. « Socrate soutenait au contraire que les ar- « tistes étaient les philosophes par excellence. « Voici un Ajax de Timomaque le Byzantin (3). « A l’extrémité de la galerie, dans la partie « comprise entre le cintre de la voûte et la « corniche qui la supporte, considérez cette « fresque; elle n’est point remarquable par « la beauté de son exécution, mais le sujet « en est admirable; c’est une allégorie de la « vie humaine. Elle nous montre l’homme « livré en naissant à l’influence des bonnes et « mauvaises inclinations : dès qu’il commence

(i) Pktron. satyric. cap. 19 .

(a) Plii». lib. XXXV, cap. ir.

(3) Ibid.

l3a LE PALAIS DE SCAURUS.

« ce voyage orageux qu’on appelle la vie, « diverses routes se présentent à lui ; les unes « fleuries et riantes , où les plaisirs et la vote lupté s’offrent pour guides, conduisent aux « erreurs , aux regrets , et enfin , par une pente « irrésistible, à l’excès du vice, du repentir « et du malheur ; les autres , âpres dès l’abord , « mais plus faciles ensuite, mènent ceux qui « les suivent dans le chemin de la science, « des vertus, et les font arriver au séjour de « la vérité et du bonheur. Cette peinture a « été copiée en Grèce, d’après un vieux tact bleau , exposé dans je ne sais quel temple de « Saturne (i), et elle a fourni au philosophe « Cébès le sujet d’un petit ouvrage intitulé « Pinax, ou le tableau. » Ceci me plaît mieux, lui dis-je, que les peintures du Venereum; et même, en vrai barbare, je donne à cette fresque la préférence sur tous les autres tableaux de cette galerie. « Quoi! s’écria Chry- « sippe, vous la préférez à ces monochromes

(i) Ceb. Tab. p. i.

Page 1