‹ Le Palais de ScaurusChapitre 51 sur 131 · C II A P I T R K IX · texte numérisé non relu

C II A P I T R K IX

« d’Apelle (i) ? » Sans doute, lui répondis-je; et si les peintres célèbres que vous venez de me nommer n’ont produit que des imitations serviles de la nature, comme ces combats d’animaux que je vois là avec le nom de Nicias (a), comme cette vieille qui boit dans un vase de verre , ou bien d’insignifiantes allégories , telles que cette forêt de Némée (3), je les tiens pour des hommes qui, par la fai- i blesse de leur génie, ont trahi la dignité de 1 * 3 leur art. La peinture, ainsi que la poésie, doit parler à l’ame; sa destination est de transmettre à la postérité le souvenir des grandes actions , les traits des personnages célèbres ; et

(i) Pf.tron. Satyric. cap. 19. On appelait Monochromes les peintures à une seule couleur. (Pi.in. lib. XXXV, cap. 3 ). On se servait pour les tableaux monochromes d’une couleur rouge qui venait des Indes, et qu’on appelait Cinabaris Indien. [Ibid. lib. XXXIII, cap. 7). Il existe, au Musée royal de Naples, un tableau de ce genre , qui est certainement ce que l’antiquité nous a laissé de plus parfait en peinture.

(a) Plin. lib. XXXV, cap. 11.

puisque les dieux ont accordé au peintre, ainsi qu’au poète , le don d’émouvoir les passions , il doit s’en servir pour diriger les hommes vers le bien , en offrant à leurs yeux de puissants exemples de vertu, ou de hautes leçons de philosophie, comme dans cet admirable tableau de la vie humaine.

« Tel fut aussi, répondit notre ami, le pre- « mier usage que l’on fit de cet art; les plus « anciennes peintures représentèrent l’image « des dieux, des héros et des sages (i); mais « les hommes se sont , en toutes choses , em- « pressés d’abandonner ce qui les instruit, pour « courir après ce qui les amuse. Par exemple , « croiriez- vous qu’Antistius Labéon se soit fait a une réputation par ces petits tableaux, dont « les figures sont si excessivement petites « qu’elles échappent à l’œil? Mais ce genre est « méprisé (2) par les bons esprits, qui ne « voient dans cette espèce de difficulté vaincue

Plin. lib. XXXV, cap. 4- '

(a) Ibid. cap. 2 .

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