‹ Le Palais de ScaurusChapitre 90 sur 131 · CHAPITRE XVI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVI

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cule, ce lieu est assez solitaire (i). Ce fut pour nous une fort douce transition de passer ainsi presque tout-à-coup de l’étourdissant tumulte de ces rues où une foule innombrable crie , se heurte, s’empresse, et semble vouloir arriver par-tout à-Ia-fois (a), de passer, dis-je, de ce bruit fatiguant au silence de ce quartier tranquille uniquement fréquenté par les personnes qui viennent chercher une promenade agréable dans les jardins nombreux qui commencent au bord du Tibre et s’étendent au loin dans la campagne sur le revers de la colline. Pendant le court trajet que nous eûmes à faire, Chrysippe nous entretint de l’origine des jardins. *

« Anciennement, nous dit-il, un jardin fai- « sait tout le domaine d’un citoyen (3). Les « rois de Rome se plaisaient à cultiver les « leurs eux - mêmes (4) ; aujourd’hui ce ne

(i) Mart. lib. IV, epigr. 64.

(a) Senkc. de Clement. lib. I, cap. 5.

(3) Plin. lib. XIX, cap. 4.

(4) Ibid .

216 le PALAIS DE s CAD R «J S.

« sont plus de simples enclos, ornés de quel- « ques arbres utiles, et remplis de plantes po- « tagères; il faut à nos Romains les jardins « des Hespérides , d’ Adonis ou d’Alcinoiis (i).

« Mais nous voici à la porte de ceux de « Scaurus ; vous voyez qu’il a eu soin de les « mettre sous la protection du Dieu qui y.

« préside ordinairement (a). Ce simulacre rite dicule est, selon la croyance populaire, un « sûr moyen d’éloigner les voleurs (3) et les « maléfices de l’envie (4)- »

L’entrée des jardins de Scaurus est au bord du fleuve ; on rencontre premièrement un parterre dont les allées sont bordées de buis (5) et de picea (6) ; plus loin , à droite et à gauche , on voit des théâtres de gazon , derrière lesquels il y a des massifs de buis tail-

(i) Pi,in. lib. XIX, cap. 4-

(а) Mart. lib. III, epigr. 68; Catul. ad Hort. Deum.

(3) Mart. lib. VI, epigr. 73; lib. VIII, epigr. 4o.

(4) Plin. lib. XIX, cap. 4-

(5) Plin. Jun. lib. V, epist. 6.

(б) Plin. lib. XVI, cap. io.

C H A P IT Jî K XVI.

lés (1) avec tout l’art des topiarii (2), de manière à représenter tantôt des figures d’animaux , tantôt des lettres dessinant le nom du maître ( 3 ). Entre les deux théâtres est un grand bassin (4) , où se rendent toutes les eaux de la colline ; elles lui sont apportées par un canal ( 5 ) qui serpente à replis nombreux, et dont les bords sont tapissés de gazon (6). Autour du bassin on a planté toutes sortes de fleurs, principalement de celles qui servent à faire des couronnes (7). Chrysippe nous fit remarquer des roses de diverses espèces (8).

« Cet arbuste, nous dit-il, a cela de particu- « lier , que , si l’on y applique de temps en

(1) Plin. cap. 16.

( 2 ) Jardiniers qui prenaient soin des bosquets. (Cickr. Paradox. V, cap. 2 ; Pignoe. de Serv. 243 ).

(3) Pus. Jus. lib. V, epist. 6.

( 4 ) Id. lib. I , epist. 3.

( 5 ) Ibid.

(6) Ibid.

(7) P1.1N. lib. XXI, cap. 1.

(8) Ibid. cap. 4 -

2l8 LE PALAIS DE SCAt'RUS.

« temps le fer et le feu , on donne plus de vi- « gueur à sa tige et plus d’éclat à ses fleurs (1) ; « n’est -ce pas une image de la vertu, que « la persécution rend plus brillante et plus « pure? » Il nous fit voir aussi des lys et des narcisses (a), des tapis verts, émaillés de violettes pourprées , jaunes et blanches (3) , qui répandaient une odeur exquise (4). Des hyacinthes, des violiers blancs, des œillets (5), des amaranthes , des bleuets (6) , et l’hespéride ou fleur du soir, ainsi nommée parce qu’elle n’exhale ses parfums qu’après le coucher du soleil (7); enfin une foule innombrable d’autres fleurs, dont un esclave égyptien nous dit tous les noms, que je ne saurais retenir. Ces différentes plantes sont disposées sur des

(1) Plu», lib. XXI, cap. 4.

(а) Ibid, cap. 5.

(3) Ibid. cap. 6.

( 4 ) Plin. Jün. lib. II, epist. 17.

(5) Plin. lib. XXI, cap. 11.

(б) Ibid. cap. S.

(7) Ibid. cap. 7.

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