‹ Le palais de Scaurus; ou, Description d'une maison romaine. Fragment d'un voyage de Mérovir à Rome, vers la fin de la républiqueChapitre 1 sur 145 · NOTICE · texte numérisé non relu

NOTICE

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Les hommes les mieux doués ne trouvent pas toujours du premier coup la voie qui doit s'ouvrir un jour à leurs aspirations secrètes. Us ont, en général, d'autant moins de décision dans l'esprit qu'ils ont plus de variété dans leurs aptitudes; et , comme leur compréhension peut embrasser facilement tous les ordres d'idées, ils se sentent propres à tous les genres d'études ; ce qui leur permet de passer sans effort de l'une à l'autre , et de s'adonner un peu à toutes avant de s'attacher solidement à aucune. D'où vient que, pour beaucoup d'entre eux, la vocation naît du hasard, et que les circonstances seules semblent déterminer l'emploi comme le développement des facultés de leur esprit.

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Telle fut à peu près la marche que suivit, à ses débuts, l'artiste éminent auquel cette notice est consacrée. On y verra, contrairement à ce qu'on a rapporté de lui ailleurs, faute d'informations suffisantes, qu'après avoir tenté vainement de suivre la carrière des armes , il ne devint architecte que par obéissance, comme il ne fut, plus tard, archéologue que par occasion, et écrivain par nécessité. A vrai dire, il aurait pu , selon les occurrences, être bien autre chose encore, tant son intelligence prompte , souple, docile, pénétrante, savait s'appliquer à tout indistinctement; mais si les moyens mis indifféremment par lui en usage pouvaient être divers , le jjut où tendirent ses efforts et ses vo'ux fut unique. Ce but c'était le succès avec la considération qu'il donne, la renommée avec l'éclat qu'elle procure,, et (jui sait? peut-être même la gloire avec l'enivrement qu'elle promet. Doux rêve qui fut en partie réalisé ; car Mazois obtint la considération, le succès et la renommée. Quant à lagloire, elle n'est le lot qued'un l)ienpetitnom])re d'iiommes, (pioi qu'en puissent penser le trèsgrand nom])re do ceux (pii la convoitent. Mais c'est êtr(! encore ])rivilégié que de pouvoir laisser riioniKHir (le son nom fondé sur des .titres aussi (hiraltles (pie ceux ([u'a su s'accpiérir à la

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t'ois comme artiste, comme écrivain, comme érudit, l'homme d'esprit et de talent dont je vais essayer de retracer la vie et d'apprécier les travaux. François Mazois naquit à Lorient, le 12 octobre 1783. Sa constitution délicate exigea, durant presque toute son enfance, des soins et des ménagements qui nuisirent à ses premières études ; mais là ne fut pas le principal ol)stacle que rencontra, dans son ardeur d'apprendre , sa vive et précoce intelligence. A l'âge où il aurait fallu qu'on pût l'astreindre à des travaux suivis et réguliers, la Révolution achevait de disperser jusqu'aux derniers débris de nos établissements scolaires, et abolissait par là virtuellement tout enseignement classique en France. Époque peut-être unique dans l'histoire des peuples , où l'on vit les différentes classes d'une nation à si juste titre renommée pour ses lumières, sevrées indistinctement de toute éducation publique et privée, et où les pères de famille qui étîiient restés quelque peu jaloux de leurs devoirs durent cherclier dans leur propre instruction, tro[) souvent douteuse, les moyens âc suppléer, tant hien que mal, au savoir solide et «''[)rouvé des hommes qui avaient eu jusque là charge et mission d'enseigner la j(!unesse.

Ce fut précisément dans cette nécessité que se

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trouva le père du jeune Mazois. Forcé, par les malheurs du temps, de quitter la ville de Bordeaux, où il avait rempli pendant plusieurs années les fonctions de directeur des paquebots du Roi, il alla s'établir à la campagne. Mais quoique homme distingué à beaucoup d'égards et possédant même sur quelques points des connaissances spéciales, il ne pouvait remplacer utilement auprès de son fils les divers maîtres dont celui-ci aurait eu besoin, encore moins donner à l'ensemble de ses études une direction sérieuse et convenable. Il y eut donc là une nouvelle lacune dans l'éducation de cet enfant, qui était pourtant destiné à s'illustrer un jour par ses talents comme par la variété de ses connaissances. Toutefois, cette vie de retraite et de famille, qui n'avait pu être profitable à son instruction, le fui, sousd'autres rapports, à son esprit el à son cœur. C'est que, pour certaines natures, l'élude des sciences et des lettres n'est ni l'unique ni même la principale source où s'alimente l'inlelligcnce, où l'àme trouve les principes fécondants de ses plus nobles facultés; les l)ons exemples leur sont encore plus avantageux que l'S lions préceptes, etlesmaximesde proliité et d'honneur mises sous leurs yeux en pratique les touchent plus vivement (pie toutes les leçons de

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sagesse qui sont renfermées dans les livres. Au dire de Xénophon, les Perses enseignaient à leurs enfants la vertu comme ailleurs on leur enseigne les lettres. Ce genre d'enseignement fut celui qu'on donna en premier lieu et presque uniquement au jeune Mazois ; et ce fut de sa mère qu'il eut l'inappréciable douceur de le recevoir. Ses sentiments s'y ennoblirent ; sa nature vive et pétulante s'y assouplit, et son esprit y contracta ces habitudes de délicatesse et d'élévation, de grâce et de dignité qui furent les traits distinctifs de son caractère, comme ils devinrent ceux de son talent. Heureuse et Ijien-aimée influence vers laquelle il ne pouvait jamais tourner sa pensée sans un profond attendrissement.

Cependant le temps était enfin venu de donner une direction plus suivie et mieux entendue aux études proprement dites de cet enfant aimable et spirituel, mais fort peu instruit. On profita de la récente création des écoles centrales pour le faire entrer dans celle de Bordeaux. 11 s'y appliqua plus particulièrement aux sciences, voulant se présen- Irr aux examens do l'école l*olyteelini(|u<,' ; mais un nouvel et tàclieux incident vint encore (l'averser ses desseins. l*rès de louelierau bul, il lui atteint, vei's làge de seize ans, d'une alïcction

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éruptive aiguë, à la suite de laquelle il resta un peu sourd. Cette infirmité, qu'on avait crue d'abord passagère, ayant malheureusement persisté, il dut renoncer à la carrière militaire, qui était alors l'objet de toute son ambition.

Voici à ce propos ce que , trois ans plus tard , il écrivait de Paris à sa mère. C'était au moment où l'on s'occupait de la formation du corps des vélites :

« Bien que je me sois imposé pour règle de K conduite de sacrifier à tes volontés mesinclina- « lions les plus vives, je viens cependant essayer « aujourd'hui de te ramener sur un certain point « à mes désirs et à mes vues. Sous le nom de Vé- « lites, on s'occupe de créer un corps militaire « charmant, qui sera une espèce de pépinière d'of- « liciers. Laisse-moi chercher à y entrer. Tu conte nais ma passion pour les armes; trois années de « lutte n'ont pu l'affaiblir. Je sais d'avance toutes (( les raisons par lesquelles tu peux combattre a cette envie; mais aucune no me parait con- « cluante. Je sens en moi coite soif d'honneur dont a Platon fait la troisièm(; passion do riioinmo, « of (jui, au rebours des autres, auginont(î avec M l'Aiio au lieu (le fliminuor. Il (!st bien vrai qu(^ « la gloire ne so trouve pas stnilement dans la

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« carrière des armes, et qu'elle est, coinnie le « bonheur, partout où l'on croit lavoir ; mais moi « j'ai le malheur de ne la voir que là. Permetsa moi d'ajouter qu'il est possible, comme vous « vous plaisez aie dire, que je convienne à l'ar- « chitecture, mais qu'il est bien plus certain « encore que l'architecture ne me convient pas. » Et, comme il appartenait par son âge au contingent qu'on venait d'appeler sous les drapeaux , il ajoutait : « Je touche, du reste , au moment décisif; une « l'ois réformé je suis un homme condamné à « d'éternels regrets. »

Ce petit plaidoyer n'eut pas le succès qu'il (3n semblait attendre; son père y répondit par de sages rétlexions, sa mère par de tendres inquiétudes, qui vinrent calmer un peu cette humeur guerroyante.' ; et, ([uelquetem[)s après, saréfonncayanl ét('' prononcée, il reprit, sinon avec ardeur, du moins avec résignation, les études de maihémaliques, (1(; dessin et darchiteclure (pii motivaient son séjour à Paris. C'était donc, comme on le voit, ])ar olx'issancc el non |)ar,i:()ril (pu; Mazoisse faisait aicliilccle. Sa \\\v «;l itrillanlc imaginarR)n avail grand pc/uK; à rester cid'ernK'*' dans les bornes ([ui (HaienI pour le momcuit inq)os('('sà son essor.

L'architecture est, avant tout , un art positif,

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dont l'application , naturellement associée à tous nos besoins , doit s'aider de toutes les sciences qui s'y rapportent. C'est ce qui en rend l'apprentissage long, compliqué et ardu. Mais la diversité même des études auxquelles elle s'allie ou qu'elle exige, devait offrir bientôt à l'esprit d'un homme aussi heureusement doué que Mazois des perspectives attrayantes et nouvelles.

Gomme son instruction littéraire avait été jusque-là fort négligée, il voulut se donner, sur sa modique pension alimentaire, un professeur de latin, avec lequel il prit de son mieux connaissance des auteurs anciens. Bien qu'il ne put alors pousser fort avant cette nouvelle étude , il en sut tirer profit comme on fait de toute chose à quoi l'esprit se plait et s'attache; et, ses goûts littéraires aidant, il ne tarda pas à sentir se développer en lui un goût nouveau non moins vif, celui de l'histoire des mœurs, des usages et des monuments de l'antiquité. C'était une vocation qui naissait. L'archéologie, sœur des lettres comme de l'architecture, et se rattachant, par cette double parenté, aux différentes branches de l'art, allait être désormais l'actif et durable stimulant de ses travaux, et ouvrait à ses jeunes aspirationsun champqui pouvait s'agrandir sans limites. Cette nouvelle direction

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de son esprit porta promptement ses fruits. A l'occasion de quelques médailles trouvées dans les ruines de l'ancien cirque de Bordeaux^ connu sous le nom de palais de Gallien, Mazois adressa à la société des sciences et belles-lettres de cette ville un mémoire où se décelaient déjà celte ingénieuse sagacité et cette rectitude de jugement qui devaient, par la suite, se montrer dans toutes ses œuvres. Ce petit écrit, premier essai d'un antiquaire de vingt ans, avait été communiqué par lui à M. Mongez, qui, après en avoir approuvé pleinement le fond, en critiqua assez sévèrement la forme. J'en trouve l'aveu ingénu dans une lettre même de iMazois, adressée à son père le 24 germinal an xi. C'est qu'en effet l'érudit était fort en avance sur l'écrivain, dont tout trahit à cette époque l'inexpérience dans l'art d'écrire. Toutefois ce mémoire, qui s'était fait remarquer par la hardiesse des idées, lui valut le titre d'associé correspondant do l'Académie de Bordeaux ; encouragement qui sembla réveiller tout à coup en lui une ardeur non moins profitable à ses travaux d'architeetui'c (pi'à ses ('tudcs littéraires et ar- (•hé()logi({ues. En effet, à partir de ce moment sa correspondance avec son père et sa mère se teint de la ferme résolution où est désormais son esprit

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