‹ Le palais de Scaurus; ou, Description d'une maison romaine. Fragment d'un voyage de Mérovir à Rome, vers la fin de la républiqueChapitre 120 sur 145 · TRICLINIUM · texte numérisé non relu

TRICLINIUM

Le soleil allait disparaître sous l'horîzon ; tléjà ses rayons ne pénétraient plus clans les cours (lu palais , dont le faîte seul était coloré d'une lumière rougeâtre. Un clepsydre (i), représentant une statue qui avec sa baguette indiquait les heures sur un cadran, fit entendre tout-à-coup le son d'une trompette (a) , suivi de dix coups de marteau (3), ce qui annonça la dixième heure. On se met ordinairement à table un peu plus tôt dans cette

II] Horloge d'eau (Plin., lib. VII, cap. Go; Vitrdv., Iib. IX, cap. 9J.

2) ViTRUv., ibifl.

(V Ibid.

saison (i); mais Scaurus a pour règle de ne prendre son repas qu'à la chute du jour (2). Comme nous allions passer la porte de l'antisalle qui précède le triclinium, un enfant, placé là exprès, nous avertit d'entrer du pied droit f3) pour ne point apporter de fâcheux augures. Aussitôt que nous eûmes été introduits, des esclaves nousôtèrent nos h»'igues, nos savons rayés à la gauloise (4}? ^t nous revêtirent de robes fort belles, destinées uniquement aux repas (5). Nous entrâmes dans le tricUnium ; à peine assis, des esclaves égyp-

(i) On soupait l'été entre la huitième et la neuvième heure, et l'hiver à la dixième (Mart., lih. IV, Epigr. 8; lib. XI, Epigr. 53 ; Phn. jun., lib. III, Epist. i ; Horat., Epist. 7, V. 71, lih. I).

(2) ViRC, ^neid., lih. IV, v. 77; Aui.. Gei.l., lih. XVIII, cap. 8 ; Stat., lib. IV, SHv. 6, v. 3 ; Horat., Epist. 5, V. 3, lib. I-, Sat. 7, lib. II, v. 33; Senec., Epist. laS.

(3) Petron., Satyric, cap. 9.

(4) Tacit., Hist., lih. II, 27.

(5) Ou appelait ces robes vestis cœnatoria, ou vesti\ (om'ii'alis(M\KT., lih. XIY, Epigr. i38; Ciacox., r/p Tri- (lin.. 39; Ursin., Âppend., 336 .

CHAPITRK XIX. 2ii>

tiens nous versèrent de l'eau froide sur les mains (i), tandis que d'autres, nous ayant ôté nos sandales, se mirent à nous laver les pieds et à nous nettoyer les ongles (2), quoique l'on nous eût déjà fait au bain la même opération. Le triclinium, ou salle à manger, est d'une longueur double de sa largeur (3), et comme partagé en deux. La partie supérieure est occupée par la table et les lits; la partie inférieure reste libre pour le service et les spectacles. Autour de la première, les nuu's sont ornés jusqu'à une certaine bauteur, de tentures de prix (4 . La décoration du reste de la salle est noble, et en même temps analogue à la destination de cette pièce ; des colonnes entourées de lierre et de pampres divisent les parois en compartiments bordés d'ornements capricieux : au centre de

(i^ Pk.tron., .Saf)r/c., cap. 10.

'\ Vixru \., lih.N I, cap. x

I.V c'est uiir pareille tciitiuc (pii en toinl).iMt troiihlii soiipn (le Xa^idicn us fHoi\AT., Sal. 8, lih. II, \. T» '( •

'2ô0 LE PALAIS DE SCAURUS.

chaque panneau, on a peint avec une grâce admirable de jeunes faunes, ou des bacchantes demi-nues^ portant des thyrses, des vases, des coupes et tout l'attirail des festins (i). Audessus des colonnes règne une large frise, divisée en douze tableaux ; chacun d'eux est surmonté d'un des signes du zodiaque, et représente les mets que l'on recherche le plus dans les mois auxquels se rapportent ces signes (2); en sorte que l'on a peint sous le sagittaire des crevettes de mer (3), des coquillages et des oiseaux de passage; sous le capricorne, des homards (4) , des poissons de mer, un sanglier et du gibier des bois; sous le Verseau, des canards (5), des pluviers, des pigeons, et des râles d'eau, etc.

(i) Pitt. Ercol.

(2) Petron,, Satyric.^ cap. 10. Dans un Tricliniuni placé sous une treille à Pompéi, on voit une frise composée de coniestihies de toutes espèces. Cette peinture est à peine visible aujourd'hui. Voyez la maison dite d'Actéon [Ruines de Pompéi).

(il) Petron., 6'â(^/7c., cap. 10.

(4) Ibid.

5) Ihid.

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