CHAPITRE XIX. 26T
avec un craquement affreux (i). Je voulus fuir, mais l'on me retint ; et j'eus une grande confusion de mon épouvante, en voyant descendre du plancher un service nouveau (2), qui surpassait tous les autres en profusion et en délicatesse. A peine fut-il placé sur la table, qu'un jeune funambule se mit à voltiger sur une corde tendue au-dessus de nos têtes (3); et je ne saurais dire si j'éprouvai autant de plaisir que d'effroi en le voyant prendre toutes sortes de positions périlleuses, qui me faisaient craindre à chaque instant pour sa vie.
Cependant, durant les intermèdes de ces spectacles, la conversation se soutenait agréablement. Scaurus et les convives les plus voisins agitaient diverses questions de politique, de phiiosopliie ou d'histoire naturelle; on m'interrogea sur ce qui concerne notre pays ; et comme ma timidité augmentait pour moi
^i Pf.tron., >Sa(>r/c,, cap. i:">;Senec., Epist. XCl, (2) Pktron., ibid .
l'i\ Ibiil.
la difficulté de parler une langue qui ne m'est point familière, Chrysippe me servit d'interprète, et expliquait avec élégance ce que je lui disais avec peine et embarras. Pendant ce temps, des jeunes gens placés à l'extrémité des second et troisième lits, s'amusaient à lancer des pépins au plafond de la salle ; et ceux qui réussissaient à toucher le but recevaient de bruyants applaudissements (i).
Bientôt on introduisit trois jeunes et belles esclaves espagnoles (2) , vêtues de tuniques courtes, faites d'une étotTe blanche et légère (3) ; elles chantèrent en s'accompagnant de la lyre, et exécutèrent ensuite des danses lascives (4). Ces voluptueuses gaditanes furent remplacées par de jeunes hommes armés, auxquels on donne le nom d'Homéristes (5).
(1) HoRAT., Satyr. 3, lib. II.
a) Ces danseuses étaient de Cadix ( Marx., lib. V, Hpigr. 78).
(3) Petron., .Sa^x^/c, cap. i5.
'4) M*RT.,lib. \' ,Epigr. 78; Juven., i«(xr. ii,v. i(J7.
,5) PETBOJi.,.S'a(ync., cap.i 5 ; JiTVEN.,.S'rt(rr. 1 1, v. i7;>.