CHAPITRE II
principales rues , nous fûmes un moment arrêtés par un long attelage d'une centaine de bœufs qui embarrassaient la voie ; ils traî-
yorius, dans le cinquième volume de son ouvrage manuscrit, conservé à la Bibliothèque impériale de Paris, dit : « Nous avons observé les fouilles faites dans n les fondations de la maison de Scaurus, laquelle était « autrefois située sur le mont Palatin, dans le Clivus « Scauri j du côté de la Suhurra, où fut jadis la vieille « église de Saint-André et le couvent de Saint-Gré- « goire, etc., etc. » Mais le Clivus Scauri, qui est le chemin en pente séparant le monastère de Saint-Jean-et- Paul de celui de Saint-Gi'égoire, ainsi que ce dernier monastère et la vieille église de Saint- André, sont situés sur le mont Cœlius (Voyez Guattani , Rom. ant.^ cap. 6; Nardini, lib. III, cap. 7). Il y a contradiction manifeste dans ce qu'avance Pyrrhus Ligorius. Les auteurs anciens ne sont pas plus d'accord à cet égard que les modernes. Si Pline place la maison de Scaurus sur le momt Cœlius, Asconiiis, commentateur de Cicéron, qui vivait du temps de Claude, dit positivement qu'elle existait sur le Palatin. ...« Hanc Domiim in ea parte Palatii esse quce cum ah sacra via descenderis ^ et per proximum vicum, qui est ah sinistra parte , prodieris posita est, etc. » Dans ce conflit d'opinions différentes, je conserve la tradition reçue, d'autant plus qu'elle n'influe en rien sur les dispositions intérieures ([ue je vais décrire. Nous placerons donc le palais (le Scaurus, d'après le sentiment général, sur une partie du terrain qu'occupent aujourd'hui les jardins de la villa Mathei et le monastère de Saint-Grégoire.
liaient une énorme colonne d'un marbre étranger et précieux (i). « Vous voyez , nous « dit Chrysippe , une colonne destinée à la « maison que Publius Clodius vient d'acheter « près de 1 5, 000,000 de sesterces (2). Ce « goût pour les marbres étrangers est de- « venu chez les Romains une espèce de dé- « lire (3). Ils portent le fer dans les monta- « gnes pour en tirer une infinité de marbres « divers ; ils construisent des vaisseaux desti- « nés seulement à recevoir ces blocs immen- « ses ; la nature courroucée ne leur oppose « point de périls capables de modérer la fu- « reur de leur passion , et ils transportent in- « irépidement les sommets des montagnes (f sur les vagues agitées par les tempêtes (4). « En parcourant l'habitation de Scaurus, vous « aurez plus d'une fois lieu de remarquer
(1) TiBUL., lib. II, Eleg. 6, v. 26.
(2) 14,800,000 sest., environ 2,906,000 fr. de notre monnaie (Pmn., Nat. hist., lib. XXXVI, cap. i5).
(3) Ibid., cap. I,
(A) PiiN., Nat. hist., lib. XXXVI, cap. i.
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» jusqu'où le luxe des marbres est porté dans « ces palais républicains (i). Cette corruption « de l'ancienne discipline précipite l'État vers « quelque grande catastrophe. La république a est travaillée par deux vices opposés , l'ex- « ces de la cupidité et le délire de la profu- « sion (2). L'adversité et les périls élevèrent « Rome au plus haut point de gloire et de puissance ; aujourd'hui ses richesses l'accablent et l'entraînent vers sa perte (3). »
Nous passâmes , en discourant ainsi, auprès d'un bâtiment que l'on construit derrière le temple de Romulus, non loin du Forum romain ; une immense quantité de pierres , de marbres et de bois de charpente encombrait tous les lieux voisins. « Quel est cet édifice ? » demandai-je à notre ami ; « C'est , répondit-il « en riant, un quiproquo du vieux Stabe- « rius, qui, oubliant son âge , se fait faire un
(i; Plin., cap. i5;Se.\f.c., Epist.X.C.
(2) Sallust., Crt////«., VI; TiT.-Liv., lib. XXX1\', i.
(")) Sai.lvst., Catilin., X.
« palais lorsqu'il n'a besoin que d'un tom- (( beau (i) ; au surplus, il ne lui coûte guère : « comme il est sans enfants et fort riche , « ses clients, dans l'espoir d'avoir part à sa « succession , se sont empressés de lui fournir « tout ce qui peut contribuer à l'embellisse- M ment de cette vaste demeure. Les uns ont « payé des ouvriers habiles dans l'art de la « construction , ou fait venir les marbres les « plus rares ; d'autres lui ont donné des sta- « tues , des tableaux , des vases , des lingots « d'argent, en un mot l'élite des dépouilles (( de la Grèce (2). Vous voyez que Staberius a sera logé magnifiquement sans qu'il lui en « coûte beaucoup : l'avidité de ses amis aura <c fait tous les frais. »
En considérant les constructions de cet édifice , aussi attentivement que la faible lueur du crépuscule pouvait me le permettre , je fus surpris de la hauteur des murailles , de la manière
(1) HoRAT., Od. i5, lih. II.
(2) JuvEX., Satyr, 8, v. aïO.
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