‹ Le palais de Scaurus; ou, Description d'une maison romaine. Fragment d'un voyage de Mérovir à Rome, vers la fin de la républiqueChapitre 44 sur 145 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

avoir achevé le tour, nous voulûmes, avant de quitter ce lieu, saluer les dieux domestiques , qui y ont un petit autel (i); mais quelle fut ma terreur, lorsqu'en m'approchant de leurs images , je vis sortir de derrière l'autel et ramper à longs replis vers moi deux énormes serpents! Je reculai d'un pas , et, saisissant un caducée de bronze suspendu près de là , je m'apprêtai à les combattre. Chrysippe accourut en riant : « Qu'allez-vous faire , ditce il, mon cher Mérovir? vous allez tuer des « dieux ! Ne craignez rien ; ces serpents ne « sont point de l'espèce de ceux qui déchicc rèrent l'infortuné Laocoon ; ils ne viennent « à vous que pour solliciter des caresses ou « recevoir de votre main quelques parcelles « de nourriture (i). Sachez que ces animaux « sont regardés comme des génies ; leurs ima- « ges ornent tous les carrefours (3), et sont « l'objet d'un culte populaire (4); on en

(i) Ruines de Pompé i, t. II, pi. 2/4.

(2) Slf.t., in Tiher.

(3) Ruines de Pompci, t. I, p. 20; t. II, pi. 6, p. 89.

(4) Ihid., pay. 38; Pers., Satyr. i, v. ii/,.

Sk- LR PALAIS DE SCAURUS.

« nourrit communément dans les maisons à « Rome (i); et ils s'apprivoisent à tel point « que pendant les repas on les voit ramper « au milieu des coupes ou se glisser innocem- « meut dans le sein des convives (2). Cette « singulière superstition est tellement répan- « due , que si les incendies et autres accidents « ne détruisaient de temps en temps la race « sacrée de ces reptiles , on ne pourrait ré- « sister à leur excessive fécondité (3), qui « deviendrait plus importune mille fois que « celle des souris et des rats , auxquels ils « font la guerre. » En parlant ainsi , Chrysippe prit une clef des mains d'un jeune garçon attaché au service des dieux domestiques (4), et ouvrit une espèce de cabinet 011 nous entrâmes : « Voici , nous dit-il , en nous a montrant de petites statues , les lares de ce « palais. Ceux de Numa, de Tarquin et des

(i) Plin., lib. XXIX, cap. 4.

(2) Senec, fie Ira, lib. II, cap. ai.

(3) Plin., lib. XXIX, cap. 4.

('1) SuET., i// Do/iiil.^ 17.

CIIAPITRK V. 85

« grands hommes du temps passé, étaient « d'argile (i); ceux de Scaurus sont d'or et « d'argent (2) : depuis qu'on n'a plus de ver- « lus à offrir aux immortels, on leur offre de t( l'or (3). Le maître de ce laraire voudrait « bien que la religion lui permît de changer « aussi ces vases de terre cuite contre des « coupes de cristal ou de murrhin ; mais les « dieux n'acceptent que les libations faites « avec des simpules pareilles h celles-ci (4). cf Vous voyez qu'il y en a de toutes gran- « deurs et de toutes formes; c'est le menu « bagage de ces petits dieux (5), dont le « culte commode et peu dispendieux n'exige « qu'une simple patella , ce qui leur a valu « le nom de dieux patellaires (6). Indépen- « damment de ce larariiim , il y a dans cette

(i) PLiN.,lib. XXXV, cap. 12.

(a) Petron., Satyric.^ cap. 9.

(3) Pers., Sntyr. II, v. 75.

(4) Pmn., lih. XXXV, cap. 12.

(5) DU niinutf.{Pi.\vT.,/n Cistcllar., act. Il, se. T, v. /(G.)

(6) DU patelUirii, ihid.

« maison une magnifique chapelle que nous « verrons plus tard. »

En sortant de ce petit sanctuaire , je m'arrêtai encore près de l'autel, devant lequel brûlait une lampe posée dans une niche ( i ) : il était orné de peintures représentant un sacrifice (2) et des serpents (3) semblables à ceux qui nous suivaient familièrement. Après avoir considéré de nouveau pendant quelques instants l'émail éclatant, la souplesse et la grandeur démesurée de ces divinités rampantes, nous nous éloignâmes pour échapper à un nuage de poussière qui s'élevait à l'extrémité opposée de l'atrium : c'étaient les atrienses, qui commençaient à balayer, à nettoyer et à mettre en ordre cette partie de l'habitation (4).

(1) Ruines de Pompéi, t. Il, pi. XXIV.

(2) Ibid.

(3) Ibid., et t. I, pag. 20. On peignait aussi des serpents dans les endroits où l'on voulait empéelier de faire des ordures; ce lieu devenait dès lors sacré.

Pini:e duos alignes : piicri , sacrr est lociis extra Mejite... (Pkrs., Satyr, r.)

(4j Coi.L-M., lil). XIII, cap. -5 ; F^iGNOR., de Serv.^ 221 .

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