‹ Le palais de Scaurus; ou, Description d'une maison romaine. Fragment d'un voyage de Mérovir à Rome, vers la fin de la républiqueChapitre 52 sur 145 · CHAPITRE VU · texte numérisé non relu

CHAPITRE VU

ce herbe Stimulante, chère à Vénus (i);elle « sert à réveiller les sens , lorsque les déli- « ces de la table ou les feux du falerne écu- « niant ne sont plus qu'une vaine ressource a pour l'amour. » Mes yeux, peu à peu accoutumés à la légère obscurité qui règne ici^, commencent, dis-je à Chrysippe, àmieux reconnaître ce que ce cabinet renferme d'agréable; dans le premier moment, le demi-jour que laissent pénétrer ces fen)ètres ne me permettait pas de distinguer parfaitement les détails des objets. « Cette lumière incertaine , « répondit-il , est un raffinement volup- « tueux ; pour l'obtenir, j'ai fermé l'ouverture « de la fenêtre, non avec des vitres', mais « avec une espèce d'albâtre transparent cpii « vient de Cappadoce, etqu'on appelle pierre « spéculaire (2). En ouvrant les rideaux (3) , « nous aurons plus de jour encore... Main-

(t Mart., lib. III, EjÀi^r. 75 5 Juven., Sat. 9, v. laS.

[■i] Prix., lib. XXXVI, cap. 22. On en tirait aussi de Clivpic, d'AIViqur, dt; Sicile, et iiièiiie d'Italie.

(> Pi.iN.Ji \., lil). II, Epist. 17 ; lil). VII, Epist. 21. — JUVKN., Sdt^ (), V. loG.

« tenant approchez, vous verrez mieux ces a tableaux erotiques dont les murs sont or- « nés ; ils sont de Parrliasius... (i). Mais quoi! « vous fuyez!... » Sortons, lui dis-je, ce que je viens de voir peut-il exister dans une ville où l'on a élevé des autels à la pudeur ! Ah! qu'il soit l'objet de la colère des dieux celui qui le premier peignit de tels tableaux dans les palais , et offrit à de chastes regards des scènes lascives et des nudités obscènes ; celui-là fut le premier corrupteur de la jeunesse , dont il dégrada les mœurs en souillant les regards. Qu'il gémisse, cet artiste coupable , d'avoir trouvé l'art d'afficher ainsi le crime sur les murailles (2)! Notre jeune Grec, un peu embarrassé, voulut excuser l'espèce de complaisance avec laquelle il avait appelé mon attention sur ces tableaux impurs. « Votre vertueuse colère , dit-il , fait if l'éloge des mœurs de votre patrie ; mais si, « comme nous, vous eussiez été dès vos jeu-

(1) ^LI^•., lil). XXXV, cap. 10.

[■1] Pr.oi'EUT., lib. II, /iVt'^'. (j.

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« lies ans familiarisé par la poésie et toules « les productions des arts avec les mystères « d'une mythologie licencieuse ; si vous vi- « viez, comme moi, depuis plusieurs années « dans cette ville si corrompue , vous porte- « riez un œil froid et indifférent sur ces re- « présentations plus ridicules que dangereu- « ses; et, comme Mithridate, vous joueriez ce impunément avec le poison. »

Un moment de silence accompagné d'un léger embarras mutuel suivit cet entretien animé ; mais bientôt notre aimable guide nous remit à notre aise , en renouant de nouveau la conversation avec ce ton de bienveillance qui lui est particulier.

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