CHAPITRE VIII. llil
lette des daines romaines (i). On nous montra des vases de toutes formes et de tous métaux, contenant soit des parfums (2), soit des compositions pour donner à leurs clieveux la teinte des nôtres (3);, ou rendre aux teints livides et pâles les couleurs fraîches et pures de la jeunesse (4). Des armoires
(li Miindits ,)udiebri.s.TiT.\A\., lib. XXXIV, 7.; \}i.piAN., lil). XXV, 10.
(2) Plin., lib. XIII, cap. 3.
(3) Les llomaincs de l'anticjuité , comme celles de nos jours, avaient généralement les chcneiix noirs; les chevelures blondes , étant rares, furent regardées comme une beauté; dès lors on se teignit les cheveux de cette couleur (Plin., lib. XXVlIjCap. 12; MART.,lib. XIV, Epigr. ;'.4-9.j). On peut remarquer dans les peintures antiques le blond douteux (jue l'on a souvent donné aux cheveux des principaux personnages; les statues des (illes de Balbus trouvées à lierculanum conservent encore distinctement (pielcpies traces de la teinte rouge (|ue l'on |)assa aiiti'ctois siu- leurs cheveux. I.es Germains et les Gaulois, selon iMmi.' et .Martial, se servaient de semblables compositions.
.'( l'r.iN-, lib. XXVIII, (ap. 12. Dans la cincpiième saih.' au premier elage du Miiiée royal de Xaples on conserve dillérenl'^ petits vases divoire, d'argent et de verre «]ui ont servi à renieiiiiei' des cosmélitpies. Il y en a un <ntie autres qui contient encore du rouge. On voit aussi,
i20 LE PALAIS DE SCAIRUS.
précieuses (i) renfermant les unes des robes de prix , pressées sous des poids nombreux qui leur conservent le lustre et l'éclat qu'elles avaient en sortant de la main de l'ouvrier (■2), les autres des tissus d'une grande finesse pour se laver et s'essuyer (3) ; des miroirs de métal , et d'autres de verre, que l'on fait venir de Sidon (4). Quant aux ornements, c'est un délire cbez les Romaines ; elles mettent l'univers à contribution pour rehausser l'éclat de leurs cliarmes : l'Egypte leur fournit des étoffes xylines (5) ; Tyr change pour elles la blancheur éblouissante des toisons en une poupre éclatante (6); l'or et la soie, mélan-
dans la même armoire, des aiguilles, des fuseaux, des dés à coudre, etc.
(i) SF.NKc.,r/e Tranq. Anim., cap. i ; Uipian., lib.XXV,
(2) Senec., ibicl.
(3) Ulpian., lib. XXV, 10.
(4) Plin., lib. XXXVI, cap. 26.
(5; Le xylon était une espèce de lin ou de coturi (Plin., lib. XIX, eaj). i).
(6) TiB., lib. II, Eleg. 4.
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gés avec art, composent le tissu varié de leurs vêtements (i) ; des émeraudes d'un vert azuré, des perles que recèlent les mers profondes de l'Orient (2), couvrent leurs robes, se balancent à leurs oreilles, ou brillent dans leur coiffure (3); mais c'est trop peu de ces richesses, dont la valeur peut être appréciée : elles se sont créé des raffinements de luxe qui n'auraient aucun prix sans leur folie. Ces fleurs que le printemps fait éclore sous l'haleine des zéphyrs (4) sont pour elles sans parfums et sans charmes si elles ne leur sont apportées des pays étrangers (5) ; encore leur préfèrent-elles des couronnes de fleurs artificielles , dont on va chercher la matière et le parfum au delàdel'Indus (6). Mais, le croirais-
(i) TiB., Eleg.G.
['i.) llnd., Eleg. 4.
(3) Pi. IN., lil). IX, cap. 3"i.
/,) IIor.AT., Od.li, lih. I.
(5) Piesqiie tontes les fleurs dont se faisaient les coiilonnes venaient des pays étrangers (Pi.iN., lib, XXI, cap. 9).
(G) fhUl., cap. 3.
122 LK PALAIS I)K SCAUllLS.
tUjSigimer! non contentes de mépriser ces innocents atours que l'heureux climat d'Italie s'empresse à leur offrir sans frais presque en toute saison, elles se dépouillent elles-mêmes du plus noble ornement dont la nature se soit plu à les embellir : elles se rasent la tète pour la parer de chevelures blondes achetées (i) à prix d'or aux jeunes vierges de la (iaule et delà Germanie (2). Voilà jusqu'où les femmes de Rome ont porté le luxe et la superfluilé (3). A côté de ce cabinet de toilette nous vîmes les pièces où les esclaves de Lollia (4) préparent et conservent ses nombreux vêtements (5). On nous fit remarquer
( I ) Crinibus cinptis ( O vid . , Ainor. , l i b . III, v . 161,167^ 3Iart., lib.XII, Epigr. ii ).Les anciens connaissaient les perruques, comme on le voit clans Juvénal, Snt. 6, v. 120, etMART., lil). XII, Epigr. ^^-■, lib.XIV, Epigr. 48; — ;V/n-, Capitol.
[1] Mart., lib, V, Epigr. G8.
(3) Pi IN., lil). XXI, cap. 3.
(/j) Vove/ pour les esclaves des liâmes romaines Pion, (te Serv.
(j) Cette pièce se nommait l'c<li(uiinii.
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sur toutes les portes des racines de natrix, (jue ces femmes crédules y placent pour éloigner les mauvais n;énies de l'endroit qu'elles habitent (i). Lollia a aussi près de sa chambre un penetrale (2) , ou oratoire , plein de divinités étrangères, dans lequel elle se retire pour sacrifier en secret, lorsqu'elle est frapj)ée de quelque songe funeste ou atteinte de cette mélancolie involontaire qui porte les cœurs sensibles vers les sentiments religieux. Son appartement renferme encore, indépendamment des pièces que je viens de citer, (juelques salons d'une élégance infinie, destinés à la conversation , et une petite salle à uianger. Knfin nous sortîmes du Gj'iui'conitis [)ar l'extrémité opposée à l'appartement de Scaurus , et nous nous trouvâmes une seconde lois sous le périst\le.
(( Nous venez de voir, me dit Cbrysippe,
(i) l'i-i.v . , lil). XWII, ca|). i'2.
[•i] ('li,i|)(.'lli' (lomcstiqiH' dans l'int('rlciii' (le la maison I'kst., (le \ <rh. Signifie, et Pmi.. Diac. . l,es Git'cs en avaient tir scnil)lal)lt> , (jnil^. iioniniaierit ao'jTOv l^lllias^ lil). V, V. .',',8 et fii9, .
« un luxe qui signale toute l'étendue de la fc corruption des mœurs romaines. Jadis les « matrones ne connaissaient point ces appar- « tements immenses où elles rassemblent « aujourd'hui tant de superfluités ruineuses, cf Vêtues avec simplicité , elles passaient les a journées assises dans leur atrium, filant au rt milieu de leurs domestiques (i) , ou tissant « les vêtements de leur famille (2). Alors les a femmes apportaient en dot à leur époux « une beauté mâle , une santé robuste , des « mœurs chastes , et cette habitude de l'ordre Cf et de l'économie qui répand l'aisance même <( au sein de la pauvreté. Aujourd'hui elles « n'ont plus qu'une beauté fragile, que les « veilles et les excès flétrissent en une saison ; « à peine ont-elles la force d'être mères ; leur « ame s'abreuve avec avidité de tous les poi- « sons du siècle ; enfin , leurs dissipations « effrayantes mettent le désordre dans toutes « les fortunes : aussi la plupart des gens aisés
(i) OviD., Fmt., II, V. 741.
(2) Arnob., Disput. advers. fient., II, p. 3i.
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« fuient-ils le mariage, et l'on sera bientôt <( obligé de remédier, par des lois contre le ' célibat, à ce dégoût du plus saint et du plus « doux des devoirs (i). » En parlant ainsi, nous nous trouvâmes à l'entrée d'une vaste galerie , où nous entrâmes.
[i] c'est ce qui donna lieu par la suite à la loi Julia,