CHAPITRE V
population; des inquiétudes trop généralement accréditées aptentles esprits et tourmentent la société. De toutes parts on demande au présent des gages de sécurité pour l'avenir.
Uue malveillance active, ardente, infatigable, travaille à ruiner tous les fondements de Tordre et à ravir à. U France le bonheur dont die jouit sons le sceptre <le ses rob. Habile à exploiter tons les méoontenteaa«nts et à soulever toutes les haines, file fomente parmi les peuples un esprit de dé* fiance et d'hostilité envers le pouvoir, et chc relie a semer partout des germes de trouble et de guerre civile.
£t déjà, Sire, deb évcoementâ récents ont prouvé que les passions politiques, contenues jusqu*ici dans les sommités de U société, commencent à pénétrer les profondetuR» et à émouvoir les masses populaires. Ils ont prouvé aussi que ces masses ne s'ébranleraient pas toujours sans dao^r pour ceux-là mêmes qui s'efforcent de les arracher au repos.
Une multitude d( laits, recueillis dans le cours des opérations électorales, coniirnicnt ces données, et nous offriraient le présage trop certain de nouvelles commotions, s'il n'était au pouvoir de Votre Majesté d'en détourner le malheur.
Partout aussi, si l'on observe avec attention, existe un
besoin d'ordre, de force et de permanence, et les agitation» qui y semblent le plus couti aires n'eu sont en réalité que l'expression et le témoigîiage.
Il faut bien le reconnaître: ces agitations, qui ne peuvent s'accroître sans de grands périls, sont presque exclusivement produites et excitées par la liberté de la presse. Une toi sur les Sections, non moins féconde en désordres, a sans doute concoum h les entretenir; maïs ce serait nier l'évidence que de ne pas \(>ir dans les journaux le principal foyer d'une corruption dont le» progrés sont chaque jour plus sensi-
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bles, et la pronière source des calamités qui meoaceut le
royaume.
L'expérionro, Sire, parle plus liaiitt inent que les théories. Des iioaiiues éclairés sans doute , et dont la bonne foi d'ailleurs n'est pas suspecte, eatraînès par Texemple mal compris d'un peuple votsin, ont pu croire que les avantages delà presse périodique en balanceraient les înconvénients, et que ses excès se neutraliseraient par des excès contraire». Il n*en a pas étéaimi; lepreuve est décisive, et la question e^i maintenant jugée dans la conscience publique.
A toutes les époques, en « ffet, la presse périodique n'a été, et il est dans sa nature de n'être qu'un instrument de désordre et de sédition.
Que de preuves nombreuses et irrécusables à apporter à l'appui de cette vérité! C'est par Taction violente et non interrompue delà presse que s^explicpient les variations trop subites, trop fréquentes de notre politique intérieure. Elle n'a pas permis qu'il s'établît en France un système réi;iiii«^r et stable de gouvernement, ni (ju'on s'occ«q)ât avec quelque suite d'introduire dans toutes les brandies de l'adroitiistra* tion publique les améliorations dont elles sont susceptibles. Tous les ministères, depuis i8t4 , quoique formés sous des influences diverses, et soumis àdes directions opposées, ont été en butte aux mêmes traits, aux mêmes attaques, et au 111. jue déchaînement de passions. Les sacrifices en tons genres, îf*s concessious de pouvoir, les alliances de parti > rien n'a pu les soustraire à cette commune destinée.
Ce rapprochement seul , si fertile en réflexions , suffirait pour assigner à la presse son véritable, sou invariable caractère. Elle s'applique, par des efforts soutenus, persévérants, répétés chaque jour , à relâcher tous les liens d'obéissance et de subordination, à user les ressorts de Tautorité publique,
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à la rsàmuetf à l'aYilir dans i'opûiioa des peuples , et à lui créer partout des embairas et des résistances.
Son art consiste, non jias à substituer à une trop facile soti miss ion d'esprit une sage liberté d'examen, mais à réduire eu problèmes les vérités les plus positives^ non pas à provoqiier sur les questions politiques une controverse franche etotik, mais à les présenter sous mi fans jour et k les résoudre par des sopUsmes.
La presse a jeté ainsi le désordre dans les intelligences let plus droites, ébranlé les convictions les plus fermes, et produit, au milieu de la société, une confusion de principes qui se prête aux tentatives les plus funestes. C'est pî r l'anarchie dans les doctrines qu'elle prélude à l'anarchie dans l'État.
U est digne de temarquet Sire» que la presse périodique n'a pas même rempli sa plus essentielle condition^ celle de la publicité. Ce qui est étrange, mais ce qui est '?r;ii à dire » c'est qu*il n'y a pas de publicité en France, en prenant ce mot dans sa juste et rigoureuse acception. Dans l'état de choses, les faits, quand ils ne sont pas entièreïncnt suiiposcs, ne parviennent à la connaissance de plusieurs millions de lecteurs f que tronqués* défigurés, mutilés de la manière la plus odieuse* Un épais nuage» élevé par les journaux , dérobe la vérité» et intercepte en quelque sorte la lumière entre le gouvernement et le peuple. Les rois» vosprédécesaenrsY ont toujours aimé k se communiquer k leurs sujets : c'est une satisfaction dont la presse u'â pas voulu i^ue Votre ilklajeslc put jouir.
Une licence qui a franchi toutes les bornes n'a respecté» en effet» même dans les occasions les plus solennelles , ni les volontés expresses du roi » ni les paroles descendues du haut du trône. Les unes ont été méconnues et dénaturées» les autres ont itil'ol^ de pcifide* conmenuiret ou dam ères
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dérivions. Cest ainsi que le dernier acte de la pnîssanre
royale, la proclamation, a été discrédité dans le public, avant tncriie d'être connu des électeurs.
Ce n'est pas tout. La presse ne tend pas moins qu*à subjuguer .la souveraineté et à envahir les pouvoirs de l'État. Organe prétendu de ropînioo publique, elle aspire à diriger les débats des deuzcbaïubres, etit est incontestable qu'elle y apporté le poids d*uoe influence non moins fâcheuse que décisive. Cette domination a pris, surtout depuis deux ou trois ans, dans la chambre des députés, uu caractère manifeste d'opju ( ssion et de tyrannie. On a vu'dans cet intervalle de temps, les journaux poursuivre de leurs insultes et, de leurs outrages les membres dont le vote leur paraissait' incertain ou suspect Trop souvent, Sire , la liberté des délibérations dans cette chambre a succombé sous les coups redoublés de la presse.
On ne peut qualifier en termes moins sévères la conduite des journaux de l'opposition dans des circonstances plus récentes. Après avoir eux-racmcs provoque une adresse attentatoire aux prérogatives du trône, ils n*ont pas craint d'ériger en principe la réélection des aai députés dont elle est Touvrage. Et cependant Votre Majesté avait repoussé cette adresse comme offensante; elle avait porté un blâme publie sur le refus de concours qui y était exprimé; elle avait annoncé sa résolution immuable de défendre les droits de sa couronne si ouvertement compromis. Les feuilles périodiques n'en ont tenu compte; elles ont pris, au contraire, ù tâche de renouveler, de perpétuer et d'aggraver l'offense. Votre Blajesté décidera si cette attaque téméraire doit rester plus longtemps impunie.
Mais, de tous les excès de la presse, le plus grave peutêtre nous reste à signaler. Dès les premiers temps de cette
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expédition dont lê. gloire jette un édat si pur et si durable sur la couronne de France, la praise en a critiqué avec une violence inome les causes, les moyens, les préparatifs, les chances de succès. Insensible à l'honneur national, il n'a pas dépendu d'elle (]n( noire pavillon ne restât flétri des insultes d'un barbare. Inditléi ente aux grands intérêts de riiumanitc, il n*a pas dépendu d'elle que l'Europe ne restât asservie à un esclavage cruel et k des tributs honteux.
Ce n'était point assea : une trahison que nos lois auraient pu atteindre, la presse s'est attachée à publier tonales secrets de rarmement, à porter à la connaissance de l'étranger Fétat de nos forces, le dénombrement, de nos troupes, celui de nos vaisseaux, l'indication des points de station, les moyens à employer pour dompter l'inconstance des vents, et pour aborder à la côte. Tout» jusqu'au lieu de débarquement, a été divulgué» comme pour ménager k l'ennemi une défense plus assurée. Et, chose sans exemple ches un peuple civilisé^ la presse , par de fausses alarmes sur les périls à courir, n*a pas craint de jeter le découragement dans l'armée, et, signalant à sa haine le chef même de l'entreprise, elle a pour ainsi dire excité les stildats à lever contre lui l'étendard de lu révolte ou à déserter leurs drapeaux ! Voilà ce qu'ont osé faire les organes d*un parti qui se prétend national 1
Ce qu'il ose faire chaque jour dans l'intérieur du royaume, ne va pas moins qu'à disperser les éléments de ia paix publique, à dissoudre les liens de la société, et, qu'on ne s'y méprenne point, à faire trembler le sol sous nos pas. Ne craignons pas de révéler ici toute l'étendue de nos maux, pour pouvoir inieux apprécier toute l'étendue <ir nos ressources. Une diiTamation systématique, organisée eu grand, et dirigée avec une persévérance sans égale, va atteindre, de ptès ou de loin, jusqu'au plus humble des agents du pou*
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\oir. Nal de tob snjets , Sire , n'est k Vnhn d'un outrage , s'il
reçoit de son souverain la iiioiaJrt* marque de coiiliance ou de satisfaction. Un vaste rcseau, étendu sur la France, envelo|»|)e tous les fonctionnaires publics; constitués eo état permanent de prévention, ilsaeniblent en quelque sorte retranché» de la société civile; oo n'épaigne que cens dont la fidélité cbanodlOy on neloneque ceux dont la fidélité swv combe; les antres sont noiés par le» factions pour être plus tard sans doute immolés aux vengeances populaires.
La presse péiiodu|ue n'a {xis non moins d'ardeur à poursuivre de ses traits envenimés la icligion et le prêtre. Elle veut y elle voudra toujours déraciner, dans le cœur des peuples, jusqu*au dernier germe des sentiments religieux. Siret nedontex pas qu'elle n'y parvienne» en attaquant les sources de la morale publique , et en prodiguant à plemes mains la dérision et le mépris aux ministres des autels,
Nulle force, il faut l'avouer, n'est capable de résister à un dissolvant aussi énergique que la presse. A toutes les époques où elle s'est dégagée de ses entraves, elle a fait irruption, invasion daus l'État. On ne peut qu'être singulièrement frappé de la similitude de ses effets depuis quinze an$| malgré la diversité des circonstances et malgré le* changement des hommes qui ont occupé la scène politique. Sa destinée est, en un mot» de recommencer la révolution dont elle proclame hautement les principes. Placée et replacée à plnsieurs intervalles sous le joug de la censure, elle ti a autant de fuis ressaisi la liberté que pour reprendre son ouvrage interrompu. Afin de le continuer avec plus de succès, elle a trouvé un actif auxiliaire dans la presse départementale» qui» mettant aux prises les jalousie^ et les haines locales» semant Teflroi dans Fâme des hommes timides» harcelant Tautorité par d'interminables tracasseries» a exercé une influence presque dédsive sur les élections.