‹ Le Palais des Papes d'AvignonChapitre 10 sur 134 · Barthélémy de Lucques, dans Baluze, I · texte numérisé non relu

Barthélémy de Lucques, dans Baluze, I

suivant son désir et celui des cardinaux, ce fut la faute des Italiens, et surtout des Romains, dont la turbulence ne laissait plus à la Papauté la sécurité nécessaire pour l'exercice du souverain pontificat.

Mais si, à défaut deRome, le Pape vint à Avig-non et dans le Gomtat Venaissin, ce fut le fait de Philippe le Bel, ou du moins de Tentourag'e qui g'ouvernait sous son règ-ne, et qui, sans avoir pu tramer, pour l'élection de Clément V, les pactes faussement reprochés par Villani. avait assez intrig'ué au conclave pour donner créance aux suppositions les plus exag'érées.

11 est à peine besoin d'indiquer la suite d'événements dramatiques qui ag-itaient alors les esprits en France : tentative d'enlèvement du pape Boniface à Anag-ni (1305) ; spoliation et expulsion des juifs

(1306) ; pendaison de ving-t-huit des principaux bourg-eois de Paris, accusés d'avoir ameuté le peuple contre l'altération trop scandaleuse des monnaies

(1307) ; arrestation simultanée des trois brus du roi sous la triple accusation d'adultère qui donna naissance aux léarendes de la Tour de Nesle (1314) ; enfin, sans parler d'autres affaires moins retentissantes, le célèbre procès des Templiers, poursuivi pendant sept ans, depuis l'arrestation de tous les chevaliers jusqu'au supplice par le feu du g'rand maître Jacques de Molay.

Rien n'est mieux connu que ce règ-ne plein d'é-

motions violentes, mais rien n'est resté plus difficile à définir que la personne même du roi, inalg"ré les remarquables travaux de Boulario et de Wally ".

On s'est fait de Philippe le Bel l'idée d'un souverain audacieux, despotique, violent, n'ayant ni pitié in scrupule. Le peu que ses contemporains en ont dit s'accorde au contraire à le présenter comme pieux, humble, doux, et même « trop humble, trop doux, comme dit le Moine de St-Denis, et rendu confiant à t excès par sa droiture même, dont ses conseûlers abusaient ->■> . Un anonyme lui reproche d'être dominé par un entourag^e de g^ens de peu, voleurs, insolents et traîtres, à qui « le roi obéit comme un esclave ». Geoffroy de Paris dit au roi qu'il est victime de ses « chevaliers de cuisine », qui « de vessie vous font lanterne » .

Et une autre pièce rimée assure que, (|uand les conseillers pillaient « juifs, templiers et chrétiens »,

le roi,

<( de cent sols n avait qiiun denier ».

De cet entourag^e royal, le plus impudent arriviste, comme on dirait maintenant, était Guillaume Nog'aret, petit-fils de patarin supplicié et obscur robin de Lang'uedoc, |)arvem] aux plus hauts postes de la cour par une fourberie et une audace sans exemple.

Sa main rapace et inq^itoyable dirig'ea constamment les trag-iques événements de ce règ*ne qui

1. Langlois, Les derniers Capétiens directs. — Histoire de France de Lavisse, t. IH, 2" partie, p. 119.

furent toutes des affaires d'arg'ent, depuis le guet-àpens contre le pape Boniface, frappé pour avoir dénié au roi le droit de tailler leclerg-é, jusqu'au coup de force pour la confiscation des richesses des Templiers devenus, par leur diffusion dans l'Orient et l'Occident, les banquiers universels des peuples et des rois.

C'est avec cet honnime de fer, sans foi ni loi, maître du roi et du royaume, qu'à peine élu, Clément V allait être aux prises.

Les premiers jours du pontificat furent splendides. Le couronnement du Pape eut lieu à Lyon le 14 novembre 1305, dans l'ég'lise St-Just, devant les rois de France, d'x\rag'on, de Maïorque, et une assemblée de princes la plus belle qu'on eût jamais vue. Dans la marche triomphale qui suivit la cérémonie, le roi de France tenait la bride du cheval du Pape et la passa ensuite à ses deux frères et au duc de Bretag'ne. Ce dernier fut malheureusement tué, ainsi qu'un des frères du Pape, par l'écroulement d'un mur trop charg-é de spectateurs, à la descente de la rue du Gourg-ouillon '.

Ce terrible accident parut de fâcheux aug-ure, et bientôt en' effet commença, entre Clément V et Nog-aret, cette lutte que Renan a définie : « Une vaste tentative pour exploite!' l'Eglise au profit de la royauté \ » Ce ne fut, en effet, qu'une tentative. Le Pape, pour la paix de la chrétienté avec le roi de France,

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