Ibid
la convocation d'un concile g*énéral. Le roi en tomba d'accord. L'idée de présider lui-même impérialement l'assemblée en protecteur de l'Ég-lise universelle l'avait séduit. Vers la fin d'août 1308, après avoir convoqué le concile à Vienne, en Dauphiné, pour le mois d'octobre 1310, !e Pape put enfin quitter Poitiers avec l'assentiment flu roi.
C'est alors que, bien résolu à ne plus relomber sous le joug- de Philippe le Bel et de ses conseillers, il pensa au Gomtat Venaissin où il serait chez lui, et mieux encore à la ville d'Avig-non, de séjour plus commode, et qui, sans être du Gomtat, y était pour ainsi dire enclose.
Ce n'était plus alors la cité fière et libre. Ses jours prospères avaient été brusquement interrompus par le sièg*e désastreux de 1226. Son indépendance avait bien été respectée dans la capitulation imposée par le cardinal de St-Ang^e ; mais ses finances étaient ruinées depuis le paiement de l'énorme contribution de g-uerre, et sa population, énervée par les luttes de partis, flottait turbulemment entre le rég'ime autonome du consulat, et celui de la podestarie, favorisé par l'Empereur, pour profiter des jalousies déniocratiques en abaissant l'aristocratie consulaire. Ce fut la fin de la liberté communale.
La ville d'Avignion ne s'était érig-ée en république qu'au mépris des représentants des deux branches de la famille de Provence qui en avaient la souveraineté indivise, et qui, impuissants à faire
respecter leurs droits, n'y avaient cependant jamais renoncé. Lorsque les deux frères de St Louis, Charles d'Anjou et Alphonse de Poitiers, par leur mariag*e avec les héritières des.conites de Toulouse et de Provence, furent subrog-és à ces anciens droits méconnus, mais toujours existants, ils exig*èrent qu'Avig'non retournât sous leur domination. Trop faible pour résister, la République aviguionaise fît sa soumission aux deux comtes par les conventions passées à Beaucaire le 10 mai 1251. Elle y sauva encore une assez bonne part de ses franchises municipales'.
Au lieu de consuls ou de podestats souverains, Avig-non n'eut plus alors que des syndics, c'est-àdire des administrateurs municipaux à pouvoirs limités par l'autorité supérieure du délég'ué des deux comtes, couime ceux des maires actuels au reg'ard des préfets. Mais enfin elle conserva l'usagée de ses statuts antérieurs.
Le comte de Provence finit par réunir en ses mains toute la souveraineté d'Avig-non, dont la moitié, échue au roi de France dans la succession du dernier comte de Toulouse, Alphonse de Poitiers, lui fut cédée par Philippe le Bel.
C'est ainsi qu'au moment où Clément V se décidait à venir résider à AvigMion, il allait y être l'hôte du comte Charles H de la maison d'Anjou- Provence.
1. Ces conventions sont imprimées en latin et en français à la suite de pres(|ue toutes les éditions des Statuts d'Avignon, et notammeDt de celles de Pierre Roux, 1564, Bramereau, 1617, etc.
Mais ce prince était lui-même feudataire du Saint-Sièg-e pour le royaume de Sicile, dont le pape Urbain IV avait investi son père, Charles d'Anjou, frère de St Louis, en 1263. Clément V était donc à Avig'non en territoire ami, à la lisière môme de son Gomtat Venaissin, tout près de la France dont il n'était séparé que par le pont du Rhône, mais suffisamment en dehors de l'action du roi. Et si l'occasion se présentait d'un retour possible en Italie, la Provence seule l'en séparait ; rien ne serait donc plus facile que de faire route vers Rome par la voie de terre ou de mer.
Clément V avait trouvé vraiment, pour le séjour de la Papauté, la meilleure situation qu'il pût désirer d'après les nécessités du temps'.
C'est ce que n'avait pas compris le vieux Pasquier lorsqu'il disait : « Clément V fut d'un esprit mer- « veilleusement bizeri-e et d'une volonté bizer- « rement absolue, d'à voir renoncé ceste g-rande ville « de Rome, première de la chrétienté, pour se « venir log'er,par forme d'emprunt, en un arrière- « coin de la France, dedans la ville d'Avig-non, nid « à corneilles au reg'ard de l'autre. »
Nid à corneilles, soit ! Mais nid tout de même. Nid de repos, de tranquillité et d'indépendance, dont le pape Clément avait gTand besoin après le nid à vautours de Poitiers, où Nog'aret et Philippe le Bel lui avaient trop fait sentir leurs serres.
Ur, la Papauté se trouva si bien dans ce nid à