REZ-DE-CHAUSSÉE SUR LE JARDIN ET SOUS-SOL DU
CÔTÉ DE LA COUR. — Daus la partie la plus basse de la tour des Anges se trouvait la cave particulière du Pape. 11 y en avait d'autres dans le Palais pour le personnel si nombreux de la suite pontificale, et notamment dans le prernier jardin, près du g'rand puits. Mais, comme nous sommes sous l'appartement privé du Pape, il ne s'agnt ici que tlu vin réservé à sa table.
La voûte est en berceau à plein cintre, traversé au milieu par un fort pilier carré, qui sert de support à un autre pilier central de la pièce qui est au-dessus
Si on est curieux de savoir quels crus compo-
saient, au XIV*" siècle, la provision de la cave papale, quelques énonciations des comptes permettent de dire qu'il y avait en quantité, comme vin d'ordinaire, du vin de St-Gilles (Gard), des vins innommés, blancs et roug^es, qui devaient être du pays, et d'autres, plus recherchés, de Beaune (Bourg'og'ne), de St-Porcien (Bordelais), du vin d'Italie, du vin g-rec, etc. *.
Il est une sorte qui semble assez estimée à cette époque, et qui n'a pas cessé d'être prisée dans le Gomtat-Venaissin, comme vin doux et liquoreux de dessert, c'est le vin de Grenache : il avait un cellier spécial ^
Rez-de-chaussée SUR LA cour. — A demi en contrebas sur la cour, au-dessus de la cave, se trouvait la Tî'ésorerie ou salle du Trésor.
Il y avait plusieurs trésoi'cries dans le Palais, c'est-à-dire plusieurs locaux où on mettait sous bonne g*ardeles objets précieux. Celle-ci était dite, à cause de son emplacement, la Trésorerie basse. Elle était, en effet, du côté de la cour d'entrée, enfoncée (à moitié sous terre, et on y descend aujourd'hui par un escalier intérieur, fermé sur la cour par la porte qui est à côté du perron actuel de la
1. 13 Juin 1357 : « Cava sub thrsauraria ubi custodiuntur Bene et Sanctum Porcianum. » Eh., 651.
31 mars 1357 : <• In descensu turris magne ubi tenetur Grecum. — In celario ubi est vinum Relnense. » Eh., 651, note 319.
2. 11 février 1354 : o Celarium in quo ponitur Garnachia. » Eh., 646, note 295.
tour des Ang-es. Cette salle du Trésor est parfaitement conservée dans son état primitif : elle est voûtée en quatre croisées d'og^ives qui reposent sur un fort pilier au centre de la salie, et coidre les nmrs sur des culs-de-lampe simplement moulurés. Les nervures, de profil très sobre, se perdent sur le pilier central, qui est arrondi, sans base ni chapiteau.
On y tenait le numéraire dans des caisses bardées de fer, et les livres de comptes dans des coffres à plusieurs serrures *. La porte d'entrée était ég'alement doublée de fer. Il paraît cependant que, certaine nuit du mois de mars 13(30, sous le pontificat d'Innocent VI, toutes les précautions furent inutiles. En effet, le 31 mars, on remettait une pièce de fer qui avait été enlevée, et on réparait la serrure en ajoulanl deux forts crampons et de g-rosses bandes de fer à cette porte de la Trésorerie, fracturée par des voleurs '. Aucun chronitiueur contemporain n'a parlé de ce vol qui causa de vives alarmes, car beaucoup d'autres dépenses sont notées pour mieux défendre à l'avenir le trésor contre les voleurs.
Après le départ des Papes, les léguais cons( rvèrent à cette salle sa destination prmutive, et y
1. 13 juin 1357 : « Pro II serraiuris in uno coffro thesaurarie ubi cusiodiuntur libri. » Eh., 651.
2. 31 mars 1360 : « Pro una pecia ferri in porta subtus turrini grossain in thesauro... Pro reparando unamserrhaluin, et faciendos duos magno>< crampones in porta thesaurarie que fuit rupta per latrones. » Eh., 653.
tinrent leurs archives. Elle était, à cette époque, admirée des visiteurs, ainsi que le disait Valadier en 1600 : u ... Ln tour des Anges, la plus belle de toutes, où est /'archive admirable, dans les fonde^ ments '. »
l"'' Etage sur la cour. — Au-dessus de la Trésorerie basse éi^ài l'appartement du camérier, un des g*rands digMiitaires de la cour papale qui avait, au Palais, la haute main sur l'ensemble des services de la Chambre apostolique -. Mais, quelque temps après, pour plus de prudence, on installa dans cet étag"e de la tour des hommes d'armes d'élite, ou écuyers [scutife?i), charg-és de veiller à la fois sur le trésor et sur la personne du Pape. En 1355, on faisait faire pour eux quatre bois de lit et quatre bancs dans l'appartement précédemment occupé par le camérier, au-dessus de la trésorerie ^
L'étag'e, ainsi successivement occupé à l'époque du Pape par le camérier et les écuyers, fut profondément remanié par les lég*ats, qui en avaient fait leur antichambre et qui ont laissé leurs noms à la postérité en les faisant gM^aver sur les portes modernisées au g^oût de leur temps. On peut encore les y lire, sans qu'il soit besoin de les citer.