Baluze, I., 2R
n'y eut jamais que le palais de justice du Pape, et où, jusqu'à la Révolution, siég-ea le tribunal de la Rote. {N° 9 du plan.)
Cette erreur s'était tellement propag-ée, que les meilleurs esprits l'avaient subie, et que, pour concilier avec les textes cette tradition reproduite dans tous les manuels, le R. P. Ehrle était oblig'é de supposer trois étag-es anciens dans le g*rand bâtiment que longe la rue Peyrolerie.
Gomme le g-énie militaire y avait fait cinq étag-es, en coupant la hauteur des salles primitives, il était à ce moment difficile de s'y reconnaître.
D'après les textes, il y avait indubitablement, au rez-de-chaussée de la rue Peyrolerie, V Audience, et à Tétag'e d'en haut la grande Chapelle pontificale. Puisqu'une tradition erronée voulait à toute force y mettre aussi le Consistoire, il fallait supposer un étag-e intermédiaire, où les derniers Papes d'Avig'non auraient tenu leurs assemblées.
Or, maintenant que les locaux sont déblayés, la preuve matérielle est faite. Il n'y a que deux étag-es sur la rue Peyrolerie : au rez-de-chaussée, l'Au- DiENCE ; au-dessus, la grande Chapelle, et jamais il n'y eut là le Consistoire, qui fut toujours contre la tour St-Jean. J'avais fait cette démonstration depuis long*temps à l'aide des textes. Elle s'impose maintenant sans contradiction possible, et dans les traités passés avec les entrepreneurs par l'administration des Monuments historiques pour la restauration de cette partie du Palais, il n'est ([ucstion que de
V Audience et de la (jrande Chapelley sans aucune nienlion du Consi.sloire, qui a toujours été de l'autre côté du Palais, entre le cloître et le jardin.
2' La GRANDE SALLE A MANGER nc scrvait fjue pour les occasions solennelles ; il n'y a rien de particulier à dire. C'était la répétition identique du Consistoire, à l'étag^e au-dessus. Matteo Giov-anetti l'avait ég'alement décorée de peintures '. Son ornementation dut périr entièrement dans l'incendie qui dévasta toute cette aile du Palais, le 17 mai 1413, et qui lui fît donner le nom de Salle brûlée-. Des romanciers avaient attribué cet incendie à une veng'eance de Benoît XIII, ou de Rodrig'ue de Luna, son neveu, qui aurait invité les notables de la ville à dîner, pour les faire périr au milieu des flammes avant de quitter le Palais. Or, Benoît XIII était parti d'Avig-non en 1403, Rodrig^ue en 1411, et l'incendie eut lieu en 1413. Voilà qui suffît à ruiner cette fantastique lég^ende.
3''LaTooRST-jEAN(n'* 19 du plan) est appliquée, au levant, sur la façade du Consistoire et de la g-rande salle à mang-er. Elle forme une saillie de 8 m. 50 sur une larg-eur extérieure de 9 mètres. Ses murs, de
1. 26 août 1345 : « Fado compiito ciom inagro Matheo Johaneti, pictore, de pictura parietuin magni tinelli apostolici. » E. Mûntz : Les peintres d'Avignon pendant le régne de Clément VI, dans Bulletin inonuiiienlal, 1883, p. 8 du tirage à part.
2. De Cambis-Velleron, Annales de la ville d'Avignon, t. IV, p. 13. Bibl. du Musée-Calvet d'Avignon.
2 mètr-es crépaisseur, sont fortifiés sur les ang-les de face par des piliers supportant au sommet de la tour une vaste arcature og'ivale. Elle avait un couronnement de mâchicoulis sur corbeaux, qui ont laissé sur les murs leurs traces très visibles, et dont la disparition a entraîné celle tiu crénelag^e. Sa hauteur était de 39 mètres au-dessus de l'ancien jardin, maintenant exhaussé.
En entrant dans la tour St-Jean par le Consistoire, elle a trois étag-es au-dessus de deux autres en sous-sols, mais qui sont à découvert du côté du jardin, à cause de la déclivité subite du rocher. Il n'y a qu'une pièce à chaque étag-e ; elles ont toutes les mêmes dimensions: 5 m. 50 sur 6 mètres, et sont voûtées sur croisées d'ognves.
Le premier et le second étag-es sont des chapelles bien connues de tous les visiteurs du Palais, car ce sont les seules qui ont g-ardé l'ensemble de leurs fresques. Chacune avait un autel de pierre, dont la table était d'une seule pièce. Celle de la chapelle du Consistoire avait 10 palmes sur 5, soit environ 2 m. sur 1 m. ; elle avait coûté 6 florins à l'étal brut'. L'autel avait été monté par un lapiscide qui fut payé 2 florins de Florence et 10 sous'. Aucun frag"ment de ces autels n'a été retrouvé.
1. 28 décembre 1338, Eh., 608 : « Pro uno lapide pro altari capelle que eftt juxla consistoriuni novuiii, longitudinis A palinoruin et laiitudinis y pal., VI por. »
2. 25 août 1339, Eh., 611 : « Pro structura altaris capelle consistorii doinini Pape, II for. auri de Florcntia X sol. »
La chapelle du Consistoire a trois grandes fenêtres, divisées par un meneau en deux lancettes tréflées, surmontées d'un oculus à 4 lobes en forme de croix. La chapelle du dessus (celle de la salle à mang-er) n'a que deux gM^andes fenêtres et une petite. Maître Christian les avait g-arniesde vitraux.
Chacune de ces chapelles porte aujourd'hui le nom du saint dont les actes sont fîg^urés sur leurs parois : celle du bas, S. Jean ; celle du haut, S. Martial.
Bien que les peintures n'aient pas été commandées par le constructeur de la tour, Benoît XH, mais seulement par son successeur, Clément VI, qui av^ait des g^oûts plus luxueux et plus artistiques, il vaut mieux ne pas scinder la description de ces chapelles et donner ici la liste des scènes représentées et les renseig-nements qu'elles comportent ',
de la Chapelle «lu Consistoire ou de St-Jean.
On ne peut dire sûrement le nom de l'auteur des fresques de la chapelle du Consistoire. On les avait attribuées à Simone di Martino (dit, par corruption, Simon Memmi), qui est venu à Avig^non, au témoig-nag'e de Vasari. Malheureusement, le nom de ce
1. Ces peintures ont été étudiées parCavalcaselleet Cronwe: Histoire de la peinture en Italie, Florence, 1885, et par E. Mùntz : Les peintres d'Avignon pendant le règne de Clément Vl, dans Bulletin monumental, 1884, et : Fresques inédites du XIV' siècle à Avignon, dans Gazette archéologique, 1886. Elles ont été reproduites par M. Denuelle, en une série d'aquarelles qui sont à Paris, au Musée du Trocadéro,
peintre ne se trouve pas dans les registres de comptes, et il faudrait plutôt pensera quelc|ues-uns de ses élèves, aidés d'artistes moins connus, peutêtre en partie avig'nonais ou français.
Ces fresques, du plus haut intérêt pour l'histoire de l'art au XIV" siècle, présentent des sujets tirés de la vie de S. Jean Baptiste et de S. Jean l'Evang-éliste. La tour entière a pris de là son nom.
En voici une description sommaire: