PAROI DU COUCHANT
En haut. — Sur toute la larg*eur du panneau, la Crucifixion ; Ste Madeleine embrasse la croix; d'un côté, la Ste Vierg-e, désolée ; de l'autre, St Jean, écoutant le Christ qui lui parle. Autour, soldats et assistants, hommes, femmes et chefs de la synag-og-ue à long-ue barbe. Un ang^e vole enrobe bleue de chaque côté de la croix. D'après les auteurs précités, ce Christ en croix est peut-être le plus beau que l'école de Sienne ait produit. La scène répond bien à l'inscription du bas, dont la fin se lit encore : « Pendant qu'il était sur la croix, il recommanda sa mère vierg-e au disciple vierg-e qu'il aimait, et alors le disciple l'accepta pour sa mère. »
Au-dessous, scènes détériorées et inexpliquées : un autel avec deux saints nimbés ; un vieillard levant les bras au ciel ; deux personnag*es portant une masse indistincte. Le reste est détruit. M. Denuelle a supposé que c'était V ensevelissement de St Jean.
On sent que des peintres de manières diverses ont travaillé à ces peintures, mais l'influence italienne et surtout siennoise domine.
Bien que les têtes de plusieurs personnag'cs aient été volées dès le début de la transformation du Palais en caserne, l'ensemble n'a pas trop souffert, et les colorations, bien conservées, offrent un admirable spécimen de décoration murale au XI V^ siècle.
KRESQrES
de la Cbapelle de St-9IaritiaI.
La chapelle au-dessus, qui était celle de \ci grande mile à manger, a ég^alement conservé sa décoration murale. Dans les comptes, elle porte aussi le nom de St-Marikd et jamais celui de chapelle de t Inquisition, qui n'a pu lui être donnée par les Guides que sous l'influence de crédulités erronées. L'Inquisition était chez les Dominicains et n'eut jamais rien à faire au Palais '.
Le maître de l'œuvre est connu ; M. E. Miintz en a trouvé le nom et ceux de ses aides, tous italiens, sauf quelques français.
A la date du 3 janvier L346, les reg-istres de la Ctiambre apostolique contiennent textuellement la mention suivante : « Maître Matteo Giovanetti, de
Viterbe, peintre, a fait compte final des dépenses ( qu'il a avancées pour la peinture de la chapelle ( de St-Martial ou de la g-rande salle à mang-er. ( 11 a compté premièrement qu'il a déboursé le ( paiement de 640 journées de peintres, qui ont ( travaillé à divers prix, depuis le 12 octobre 1344 ( jusqu'au l""" septembre inclus de 1345, soit en
< tout 45 livres, 10 sous, 7 deniers. De même, il a
< compté qu'il a payé, pour certaines couleurs par ( lui achetées, en sus de celles que la Chambre lui
1. L'Inquisition ne commit jamais h Avignon les excès dont on la charge. Le président dos Brosses, peu suspect, a dit, dans ses Lettres hist. et cril. sur l'Italie, t. I, p. 26 : « A Avignon, les Uuininicains ont l'Inquisition, qui n'a pas de pratique. •>
« a fournies, et pour certains ing-rédients à dis- « soiidre les couleurs, savoir : huile, vernis, œufs, « colle, g-omme ; pour les pots à couleur, pour les « pinceaux, charbon, étain vert et blanc' ; pour « 20 feuilles d'or % clous, aig-uisag^e des fers et (( quelques autres minuties, 13 livres, 15 sous, « 8 deniers, soit somme totale pour la peinture de (( la dite chapelle St-Martial : 103 livres, 6 sous, (( 3 deniers ^ Cette somme est payée en florins de « 24 sous. »
iVlatteo Giovanetti ajoute ensuite le prix de son travail personnel, à raison de 8 sous par journée, soit un tiers de florin, ou environ 20 francs *. 11 a travaillé à peu près 200 journées et g-ag-né 4000 fr. En ajoutant le prix de ses fournitures et les jour-
1. On préparait alors, comme aujourd hui, de minces feuilles d'étain laissées en blanc pour imiter l'argent, vernies en jaune pour imiter l'or, ou en vert, bleu, etc., pour donner des rellets chatoyants. Cette pratique des paillons est d'ailleurs très ancienne; le moine Théophile en parle déjà.
2. Ce n'est qu'un faible supplément d'or vrai, fourni par Matteo Giovanetti.
3. Le texte du compte dont je donne la traduction est dans E. Mùntz; Fresques inédites, dansGazelle archéolugtque, 1885-86; tirage à part, Paris, 1886, page 13; et F. Ehrle, op. cit., p. 633.
4. Les Uorins de 24 sous é(iuivalent, en poids d'or, a 12 fr. 50. l'our estimer ce que vaudrait aujourd hui un florin en valeur relative, il faut observer que, le pouvoir de la monnaie étant toujours allé en s'all'aiblissant, les choses coulent maintenant environ cinq fois plus que ce qu'elles coûtaient au XIV" siècle. Donc, après avoir léduit les florins en francs, il faut, en général, multiplier par 5 pour avoir les valeurs au pouvoir actuel de la monnaie. C'est ainsi que Giov;inelti, gagnant par jour 8 sous ou un tiers de florin, soit 4 fr. en poids, gagne en réalité 4x5, soit 2U francs. — Cf. : Monnaies reçues à la Chambre apostolique au XIV' siècle;— M. Prou, Recueil de documents relatifs à l'histoire monétaire, daas Bévue numismatique, 1891, p. 175-180.— Ad. Vuitry, ies monnaies sous les trois premiers Valois, Paris, 1881.
nées de ses aides, on arrive à un total de \ O.OOO fr. mais il faut ajouter en sus les couleurs chères, comme l'azur, dont le compte est difficile à faire, car la Chambre apostolique en avait acquis à la fois une g'rosse quantité pour différentes peintures. Quant à l'or fin et bruni, ou à l'arguent en feuilles, il en est acheté plusieurs fois à Vanelli, de Lucques, citoyen d' Avignon^ pour les peintures de la chapelle de la grande salle à mange? ou de St-Mariial. On en relève pour plus de 30 florins, ou environ t900 ^v.
La peinture totale rie la chapelle coûta donc à peu près 12000 U\^ non compris certaines fournitures d'assez o^-ande valeur, faites par la Chambre apostolique .
Les sujets de cette décoration sont exclusivement tirés de la vie de St Martial, le g-rand apôtre de la contrée limousine au \\V siècle, et en vénération particulière à la cour d'Avig'non, plusieurs papes et cardinaux étant originaires de cette rég^ion.
Comme à la chapelle du Consistoire ou de St-
1. 7 août 1345, Eh., 632 : « Vanello de Lucha, civi avinionensi , pro .t.iXIIl slagneolis auri fini bruniti traditfs et liberalis Matheo Jhoavneti pro picAura capelle tinelli magm apoatoiici ad rationein V ftol III d. pro quolibet stagneola... Item pro ¥<: peciift argenti pro dicta pictura ad rationem VI sol. pro quolibet centenario... Et sic solvimus surnnta X lib., III sol., III d., in VIII flor auri, XI sol., III d. parce. » Il avait déjà été acheté, au môme marchand, d'autres feuilles d'or pour la chapelle de la gronde salle à )naiiger : le 23 août 1343, pour 10 llorins, 6 s., 3 d. ; — le 12 avril 1344, p^ur 11 11., 4 s., 18 d. — E. iMi'intz, Les Peintres d' Avignon sous Clément VI, p. 7.
2. 11 est évident que ces évaluations ne sont (lu'approximalives et sujettes à révision, .l'ai voulu seulement satisfaire, autant ijue possible, les curiosités (jui m'ont été manifestées bien souvent là-dessus.
Jean, les sujets couvrent la totalité de la voûte et des murs. Pas un pouce des parois n'est resté nu.