Voir ci-dessus, page
familiers du Pape. Ces installations étaient forcément variables à chaque pontificat.
Cette aile, qui mesure à l'intérieur 26 m. sur 10, avait été transformée en maison d'arrêt pour l'arrondissement d'Avig-non. Elle est affectée actuellement à la concierg-e rie des Archives départementales et au log-ement de M. l'archiviste.
Sa façade, dont les différences de construction ont déjà été signalées, a conservé son crénelag'e surgTands mâchicoulis en arceaux.
Tour de la Campane.
(N- 27 du plan.)
L'aile sur la montée de Notre-Dame n'était pas encore achevée que déjà, le 5 septembre 1339, l'ancienne tour de la Campane était démolie, et Jean Mausier, de Chartres, déclarait au trésorier avoir extrait 11.350 bonastom ou g^randes corbeilles de terre et de débris de pierre, provenant des fondations de la tour en construction, près de la chapelle deSt-Jean (le baptistère de la cathédrale). C'était le commencement de cette construction puissante qui allait s'élever plus haut que toutes les autres, à Tang-le nord-ouest du Palais, à la place de celle où Jean XXII avait eu son unique cloche rég-lementaire '.
En dehors des ég-lises ayant juridiction parois-
1 1" juin 1340, Eh., 616 : « Turria ubi tenebalur campana doinini noi^tri pape. »
siale, abbatiale ou cathédrale, les établissements relig*ieux n'avaient droit qu'à une seule cloche.
Les évêques tenaient la main à l'observation de ce précepte, et c'est ainsi, pour ne citer qu'un exemple, que Geoffroy, évêque d'Avig'non, délég-ué, en 1153, par le pape Eug-ène 111, pour statuer sur un litig^e entre les moines de Montmajour-lès-Arles et l'abbaye de St-Rémy de Reims, décida que ceux de Montmajour conserveraient, à St-Rémy de Provence, une chapelle, mais à condition qu'ils n'y auraient qu'une seule cloche, et qu'ils ne la sonneraient que pour donner strictement les sig^naux rég^lementaires aux membres de leur communauté \ Le Pape donnait l'exemple au Palais d'Avig'non et n'avait qu'une seule cloche. L'ancienne tour, où Jean XXII l'avait fait mettre, en avait pris le nom de Campane, qui sig-nifîe cloche en provençal. La tour que Benoît XII reconstruisit au même endroit g-arda la même appellation, bien que la cloche du Palais eût été mise un peu plus loin.
Le 22 décembre 1340, les trois entrepreneurs Jacques Gasqui, Isnard Durand et Raymond Durand, de Bédarrides, avaient terminé cette tour avec trois élagues voûtés au-dessus d'un sous-sol, — plus un châtelet au sommet, — et g'arde-corps crénelé, avec coursières ou passag-es tout autour pour le service des mâchicoulis et des meurtrières '.
1. « Campanam plus quam unam et tantum quod sufficiat ad excitandam familiam stiaw pulsare interdicitnus. » Arch. de Reims,, fonds de l'abbaye de St-Rémi, cartulaire C. f 43.
2. 22 décembre 1340, Eh. 618 : * Ysnardo Duranti et Raymundo>
Extérieurement, la tour de laCampane a 13 mètres de larg^eur sur 15 mètres de long-ueur, et 45 de hauteur au-dessus du niveau du sol, qui est plus élevé en cet endroit que dans toutes les autres parties du Palais. C'est pourquoi la tour de laCampane, quoique moins élevée en bâtisse que celle de Trouillas, domine cependant toutes les constructions de la ville. Les murs au rez-de-cliaussée ont 8 m. 50 d'épaisseur ; les faces de la tour sont nues et n'ont pas, comme la plupart des autres, ces piliers terminés par des arcades formant de larg'es mâchicoulis. Ici les mâchicoulis ont la forme classique et plus élég'ante d'un entourag'e ruche de petites niches ogMvales, faites de consoles à sextuple ressaut et surmontées de la dentelure des crénaux, dont l'ensemble fait à la tour une majestueuse couronne murale.
Mais depuis long'temps la tour de la Campane était découronnée, il ne lui restait plus que les long-s crampons de fer qui n'avaient pas retenu suffisamment les pierres saillantes des consoles et qui ne servaient plus que de perchoirs aux martinets jaseurs qui, à chaque printemps, viennent nicher en sûreté dans le sommet des vieilles ruines.
Quoi qu'on ait pu dire, le couronnement de la Campane a été très heureusement et très scien-
Duranti de Bihirrita, et Jucobo Gasqui, lapificidis, pro construction e TURRis NovEp^îr cos facte a parte B. Marie de Domps... cum tribus crotis factis in dicta turri .. bisturri... merletis, barbacanis, buietis seu aiitpiet infra cursorias dicte turris et infra caméras superiores in capite gradarionvm ipsius turris... »
tifîquement restauré par M. Nodet. fl reste encore à rétablir le châtelet, pour avoir la restitution bien complète de la tour la plus altière et la plus imposante du Palais des Papes.
Les voûtes des trois étag'es sont sur croisées d'og-ives à nervures sobres. Elles sont timbrées à l'écusson nu, et simpleuient bordé, de Benoît XII, surmonté des clés pontificales en sautoir. L'étag^e du milieu a g'ardé une cheminée du temps, sans ornementation, mais très intéressante, car c'est l'unique qui soit restée dans tout le Palais. Les escaliers, comme pour les autres tours, sont aménag-és dans l'épaisseur des murs. Cependant, à l'étag-e supérieur, les rparches sont en saillie à l'intérieur de la pièce, ce qui a conservé au sommet des murs toute leur force et les a préservés des lézardes dang^ereuses qui se sont produites sur la tour de Trouillas. Chaque étag'e ne forme qu'une pièce.
On a dit qu'au bas de la tour de la Campane, étaient les basses fosses du Palais et les oubliettes de ce donjon. Les textes ne permettent pas cette attribution attristante. L'emploi du sous-sol était ici le même qu'à la tour des Ang'es ; on y tenait en sûreté des objets précieux dans des coffres, et, entre autres choses, une réserve de vaisselle d'arg^ent' et de vêtements de cérémonie '.
1. Ij février 13i5, Eh., 632 : a In turre versus heatani Mariant pro vacella argenti tenendo. u
2. 5 février 1345, Eh., 632 : « Pro xino armorio in magna turre versus beatam Mariain pro scarleiis pape tenendo. »
Le 31 octobre 1357, la tour de la Campane ayant été évacuée momentanément pour des nécessités de défense, les coffres et le reste furent portés dans le fond de la tour des Anges, preuve manifeste que les pièces basses des deux tours avaient un emploi similaire *. Or, nous avons vu ci-dessus que le Pape avait son trésor et ses archives dans le fond de la tour des Ang-es, au-dessous de sa chambre à coucher.
11 faut donc renoncer aux basses fosses et oubliettes, comme à la chapelle de l'Inquisition, à la chambre des tortures et aux ferrements chaufïes à blanc, des descriptions imag*inaires de Mérimée. Il n'y a pas un recoin du Palais des Papes où les âmes sensibles puissent redouter le frisson. Personne n'y fut jamais jeté dans des cachots souterrains.
Des prisonniers d'État furent parfois consig-nés, non pas dans des cachots, mais dans un appartement où ils étaient traités sans rig^ueur et avec une liberté relative, comme l'antipape Gorbario et le tribun Rienzi.
Quant aux prisons du Pape, elles étaient hors du Palais, à la Vice-Gérance, chez le maréchal de justice', là où étaient auparavant celles de la République avig*nonaise et des comtes de Provence. Le Conseil communal s'assemblait alors dans la Vice-
1. 31 octobre 13^7, Eh., 705, note 717 : « l'ro evacuando lurrini palatii prope ecclesian b. Marie de Doinps el portando coffras el alla que erant in dicta turri m fundo turris in qtia jacet doiiiinusnoster papa,quia dicta turris cral necessaria pro vigilia facienda de nocte.»