‹ Le Palais des Papes d'AvignonChapitre 8 sur 134 · Ibid., p. H · texte numérisé non relu

Ibid., p. H

2. Renan, Un ministre de Philij pe leBel. Revue des Deux Mondes. année 1872, p. 341.

était alors la captive des rois de France. Les poètes italiens ne manquèrent pas d'exploiter cette version, et les invectives de Pétrarque contre Avig'non, contre ses Papes et contre la France, n'ont pas peu contribué à l'accréditer.

D'après Villani, qui raconte imperturbablement sa petite histoire comme s'il avait écouté aux portes, Philippe le Bel, décidé à tout pour avoir un pape à sa dévotion et ne pas recommencer la lutte scandaleuse qu'il avait soutenue contre Boniface VIII, aurait appris, par les affîdés qu'il avait au conclave de Pérouse, que les cardinaux, divisés, depuis dix mois, en deux partis irréductibles, avaient résolu d'en finir en acceptant le compromis suivant : les cardinaux qui ««ardaient haine au roi de l^^rance pour l'attentat d'Anagni contre Boniface, proposeraient une liste de trois archevêques pris en dehors de l'Italie ; les cardinaux ralliés au roi choisiraient un de ces candidats que tous accepteraient comme pape. Le premier de cette liste fut Bertrand deGot, archevêque de Bordeaux, qui avait toujours été fidèle à Boniface. Mais le cardinal de Prato, tout dévoué au roi, lui aurait fait savoir qu'on pourrait g*ag*ner cet archevêque, et Philippe le Bel l'aurait convoqué à un rendez-vous, dans un petit monastère, au fond des bois, près de St-Jeand'Ang-ély. Là, après avoir entendu ensemble la messe et s'être Juré borme foi sur l'autel, — Archevêque, aurait dit le roi, je peux te faire pape si tu acceptes mes conditions. — Ah ! sire, se serait écrié

Bertrand de Gol, transporté et tombant aux pieds du roi, je vois bien à cette heure que vous m'aimez plus que nul homme, et que vous rendez le bien pour le mal. Il aurait ensuite accepté tout ce que le roi demandait, et le cardinal de Prato, immédiatement avisé, l'aurait fait élire '.

Par malheur pour ce conte romanesque, on a i-etrouvé dans les archives de Bordeaux le journal de la visite pastorale que faisait l'archevêque, pendant le mois de mai 1305, où aurait eu lieu le prétendu conciliabule de St-Jean-d'Ang*ély *. On possède pareillement l'itinéraire authentique de Philippe le Bel durant la même période. Matériellement le roi et le futur pape n'ont jamais pu se rencontrer. De plus, il est faux que les cardinaux aient fait entre eux, pour le choix du Pape, la bizarre compromission que Villani leur prête '. On a les procès-verbaux de l'élection de Clément V, qui fut nommé par un premier scrutin de 10 cardinaux, auxquels se joig-nirent, par accession, 5 autres conclavistes *.

1. M. Villani, Historié Fiorentiiie, dans Muralori, Rerumltalicarum scriptores. Milan, 1728, t. XXIII, p. 418.

2. Rabanis, Clément V et Philippe-le-Bel. Paris, 1858. On y trouve l'analyse détaillée d'un vieux registre des archives de Bordeaux intitulé : « Visite arrhiépiscopale et tournée pastorale commencée le il mai 130S.)) - Le D' E. Berchon, Bertrand du Got, Bordeaux, 1894, p. 91, cite d'autres sources d'informations, complétant celles de Rabanis.

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