‹ Le Palais des Papes d'AvignonChapitre 7 sur 134 · Boutaric, S. Louis et Alphonse de Poitiers, p · texte numérisé non relu

Boutaric, S. Louis et Alphonse de Poitiers, p

coup d'autres, le cardinal de St-Ang-e recueillit la haine des g'rands vassaux dont il avait réussi à briser les conspirations contre le jeune roi et la rég"ente. Afin d'assouvir leur veng-eance, ils allèrent, dit le Ménestrel de Reims, jusqu'à accuser le cardinal d'être l'amant de la reine, et de l'avoir rendue g'rosse Pour confondre ces calomniateurs, la pieuse reine Blanche, la mère du saint roi Louis, dut se faire voir en chemise.

On est surpris que nos historiens n'aient pas donné à cet éminent serviteur de la monarchie française la place qu'il mérite parmi ceux qui ont le mieux collaboré à notre unité nationale, en préparant l'annexion du Lang-uedôc et des provinces du Midi par la prise d'Avig'non, due à son énerg-ique ténacité, et par le traité de Paris qui couronna son œuvre.

Quant aux avig^nonais, s'il fut impitoyable pour leur ville, il ouvrit providentiellement les v^oies de sa g-randeur future.

En efl'et, s'il n'avait pas assuré la possession du Comtat Venaissin à la Papauté, elle n'aurait jamais song*é à venir y chercher un refug-e et, comme le dit un vieux chroniqueur, « à amarrer la barque de « Saint Pierre sur le Rhône, à l'abri du rocher « d'Avignon ».

On aurait beaucoup étonné ces assiég-és affamés qui vinrent en députation, la corde au cou, dans le camp du roi Louis Vlll, demander g-râce pour leurs frères, si on leur avait dit que ce terrible cardinal,

qui semblait pour toujours écraser et ruiner leur ville, serait véritablement l'artisan lointain d'une prospérité et d'une g-randeur sans ég-ale ; qu'à la place de la vieille citadelle et des antiques remparts qui croulaient sous la sentence de ce lég'at du Pape, s'élèveraient, cent ans après, d'autres remparts trois fois plus larg-es et une forteresse g'éante cent fois plus admirable, construits par des Papes dont le lég'at de Saint-Ang*e aurait préparé la venue.

C'est pourtant ce qui arriva lorsque le premier pape d'Avig'non, Clément V, pour assurer son repos et sa liberté, fut heureux de trouver, à défaut du sièg*e traditionnel de Rome, ce réfugie du Gomtat Venaissin, où la Papauté n'était plus chez autrui, mais chez elle, depuis le traité de Paris par lequel le comte de Toulouse l'avait cédé à perpétuité à l'Egalise romaine, et surtout depuis la remise effective du pays aux officiers du Pape en 1274'.

1. Sur les motifs qui tirent retarder jus(|u'en 1274 la prise de possession du Comtat Venaissin par les Papes, soir Fournier, op. cit., p. 168.

Pourquoi les Papes ont résidé à Avi^nop

Je n'ai pas dessein, en ces explications préliminaires de l'histoire du Palais des Papes d'Avig*non, d'entrer dans des considérations excessives sur l'état des peuples chrétiens et de la Papauté au KIY*" siècle. J'en dirai juste assez pour expliquer comment, au conclave tenu à Pérouse en 13U5, un français, Bertrand de Got, alors archevêque de Bordeaux, et par conséquent sujet du roi d'Ang*leterre, fut proclamé pape, et pouquoi ce nouveau pontife, qui prit le nom de Clément V, vint résider à Avig*non, au lieu d'aller siég'er à Bome.

Ce n'était pas une nouveauté qu'un français devînt pape. Plusieurs l'avaient déjà été : Sylvestre II (999), Urbain II (1088), Urbain IV (1261), Clément IV (1265), Martin IV (1281). L'Eg-lise étant universelle, son chef peut être pris dans toutes les nationalités. Mais qu'un pape résidât en France pendant tout son pontificat, cela ne s'était jamais vu. Plusieurs y avaient fait d'assez long's déplace-

ments, et y avaient accompli des actes considérables qui intéressaient toute la chrétienté. Urbain II fît prêcher devant lui la première croisade à Glermont en Auverg^ne. Deux conciles œcuméniques furent tenus à Lyon, Tun en 1245 par Innocent IV, l'autre en 1274 par Grég'oire X. Mais, comme Ta fait remarquer Renan, qui, dans V Histoire littéraire de la France et dans d'autres ouvrag-es, a été plus impartial, pour les Papes d'Avig-non, que beaucoup d'historiens, « jamais, ni au XP, ni au XIP, ni au XlIP siècle, on n'aurait admis l'idée qu'un pape pût se faire couronner autre part qu'à Rome, se dispenser, pendant toute la durée de son pontificat, de paraître à Rome, choisir' hors d'Italie une capitale pour l'exercice de sa double souveraineté. Voilà ce que fît Clément V, non par suite d'un plan fortement calculé, mais par nécessité. Les divisions de l'Italie, la turbulence des factions romaines avaient rendu le séjour de la Papauté à Rome presque impossible... Clément V ne fut pas l'auteur d'une pareille situation, il s'y prêta ; il céda aux courants qui dominaient, et cette complaisance le conduisit à une fortune vraiment inouïe'. »

((. .La ville de Rome était en réalité la plus turbulente des républiques italiennes; sa campag-ne, livrée à une indomptable féodalité, devenait un désert dang-ereux à traverser. 11 ne faut pas vouloir jouer à la fois deux rôles conti^adictoires. En se

1. Renan, La Papauté hors de l'Italie. Revue des Deux Mondes,, année 1880, p . 109.

livrant pour son compte à cette brillante vie de luttes et d'aventures, d'où allait sortir la Renaissance, l'Italie ne pouvait prétendre à g'arder sa primatie ecclésiastique sur la chrétienté... Si l'Italie rend le séjour du chef de la catholicité périlleux ou incommode, si elle fait servir son privilèg-e ecclésiastique à ses fins particulières, elle ne doit pas trouver mauvais que la chrétienté constitue en dehors d'elle ses org-anes essentiels. Le séjour à Rome était pour les Papes la plus intolérable des captivités'... Mais sitôt que l'Italie fut privée delà Papauté, qu'elle reg*ardait comme son bien, elle se repentit de ne pas lui avoir fait une vie tenable. A partir du XV*" siècle, les différents pouvoirs publics de l'Italie connivèrent à la conservation de la Papauté'. »

Les Italiens n'ont jamais voulu reconnaître que c'était eux-mêmes qui avaient mis les Papes dans l'impossibilité de siég^er à Rome pendant le XIV* siècle. Leur principal historien de ce temps, J. Villani, a mis en circulation un conte, long'temps accepté, d'après lequel un marché, passé entre Clément V et Philippe le Bel, aurait inaug^uré ce séjour de la Papauté à Avig-non. Et comme ils eurent le déplaisir de le voir durer pendant 70 ans, ils ont appelécet intervalle, trop long- à leur g-ré, la Capticité deBadi/lone.poxir faire entendre que la Papauté

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