‹ Le Palais des Papes d'AvignonChapitre 84 sur 134 · Baluze, I · texte numérisé non relu

Baluze, I

mais qui recommençait à les envahir sans scrupule, dès qu'il se croyait le plus fort.

Tous les princes de la chrétienté qui venaient auparavant à x^vig-non affluèrent alors à Rome. La reine Jeanne ; l'empereur des Grecs, Jean Paléolog-ue ; le roi de Chypre, Pierre de Lusig-nan ; l'empereur d'AUemag-ne, Charles IV, s'empressèrent de visiter le Pape. L'empereur fît même les fonctions de diacre, à la messe qu'Urbain V célébra au maître-autel de St-Pierre, réservé aux Souverains Pontifes, et sur lequel on n'avait plus officié depuis Boniface VIII, c'est-à-dire depuis soixante-cinq ans.

Cependant, au milieu de tant de préoccupations et d'activité, le Pape reportait souvent sa pensée vers la France et vers Avig*non.

La malheureuse g'uerre de Cent ans, un moment assoupie entre la France et l'Ang-leterre, était sur le point de reprendre pour mener, un demisiècle plus tard, le pays à l'abîme d'où le tira sui'humainement Jeanne d'Arc, la libératrice.

Urbain V avait prévu ces malheurs, et voulait à tout prix les conjurer. Malg'ré les instances des Romains, les déclamations de Pétrarcjue, et les visions de Ste Brig-itte qui menaçaient le Pape de mort s'il quittait l'Italie, Urbain V rentrait, le 24 septembre 1370, au Palais d'Avig*non, d'où il était parti depuis deux ans et six mois.

Cette absence avait suffi pour qu'il y eût déjà des détériorations sans nombre, principalement

aux crénelag'es et aux toitures. Pendant plusieurs mois on en répara *.

Après le départ du Pape, le cardinal Philippe de Cabassole, préposé à la g'arde de la ville et du Palais, ne disposant plus d'assez de serviteurs et de g-ardes, ne laissa ouverte que la g-rande porte actuelle et fit murer toutes les autres : de Notre- Dame, de la rue Peyrolerie, des écoles de théolog-ie et de la tour St-Laurent ; de même, les portes des principaux services à l'intérieur du Palais : porte des Chantres, du Maître de la cire (charg-é de Téclairag-e du Palais), de la bibliothèque, et jusqu'à la g'rande ouverture par où les aides de cuisine montaient le bois à brûler. Avaient été pareillement murées les g-randes portes de V Audience, de la Chapelle pontificale, du g*rand escalier et du couloir qui la desservaient. On avait même poussé la précaution jusqu'à boucher deux g-randes fenêtres de l'Audience, probablement celles qui donnent sur la place du Palais. Toutes ces ouvertures furent dég'ag'ées *.

1. 2 juin 1370, Eh., 657 : i< Propter adventunidoinini nostri pape... omnia que erant in clicto palalio reparanda de novo reparentur...^' Longue suite de réparations diverses, d'après le carnet de l'architecte Bernard de Manse.

2. Septembre 1370, Eh., 659 : « Item,, de mandato domini thesaurarii, feci aperire portas infraacriptas que erant murate de lapidibus cum ceinento de teiiipore domini cardinalis JherosoHmitani, videlicet : portani palatii a parte Peyrolarie, item portant b. Marie de Doms, item portam audientie, item portam gradarii que est juxta audientiam, item II magnas fenestras audientie, item portas magne capelle, item portas scole, item portas turris Payrolarie in qua sunt ingénia ; — et inf'ra palatium portam cantorum, portam

Ces détails, que nous révèlent les livres des comptes, ont un g^rand intérêt. Ils nous font voir quelle tristesse précoce avait jeté sur le Palais l'absence du Pape, et nous font déjà pressentir ce que sera un jour l'abandon définitif.

Malheureusement, Urbain V ne devait pas profiter de tant de préparatifs faits pour la joie de son retour. A peine arrivé, il aurait voulu repartir pour aller voirie roi d'Ang-leterre ; mais il tomba malade et mourut le 20 décembre 1370, quatrevingt-six jours seulement après son retour à Avig-non. Ses obsèques eurent lieu à Notre-Uame des Doms ; dix-huit mois plus tard, il fut porté à sa sépulture définitive, dans l'ég'lise de son ancien monastère St- Victor à Marseille. Il ne reste plus rien du tombeau monumental qui lui avait été consacré dans le chœur de cette abbaye.

Les Bénédictins, qui n'avaient pas auparavant de monastère à Avig-non, et auxquels Urbain V avait fait construire celui de St-Martial (Hôtel des Postes et Temple protestant), lui élevèrent, par reconnaissance, dans leur ég'lise, un beau cénotaphe, détruit à la Révolution, et dont le Musée-Calvet a recueil H la statue tombale de uiarbre blanc, un peu plus gTande que nature et à peu près entière'.

magistri cere, portam librarie, portas vihs viridarii novi, portas correlorit juxta capellatii inagnam, et portam sive forameit ubi débet stare rota que trahit ligna pro coquiiia juxta turrtin de Trolhacio. »

1. Cf. E. Mûntz : Le Pape Urbain, V, essai sur l'histoire des arts à Avignon. Paris, 1889.

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Le septième Pape d'Avigncn Le transfert du Saint-Siège à Rome

Les conclaves d'Avig-non n'étaient g"énéralement pas long*s; celui qui donna un successeur à Urbain V fut le plus bref de tous : il ne dura qu'un jour. A la pretnière séance, tenue le 30 décembre 1870, le cardinal Pierre de Rog-ier fut unanimement élu. C'était le neveu du pape Clément VI ; il n'avait que 39 ans, et son père, qui vivait encore, put voir ainsi successivement son frère et son fils papes.

Un biog-raphe assure que Clément VI, jouant sur son nom patronymique de Rog'er, qui paraît s'être prononcé Rog^ier, et qui était symbolisé sur son blason par six roses, aurait dit : Je planterai dans f Eglise de Dieu un tel Rosier de Limousin quil y refleurira longtemps. Vrai ou faux, le dire se réalisa pleinement. Le frère de Clément VI aurait pu être pape s'il n'avait pas refusé, et son neveu le devint.

Lorsque le nouvel élu sortit du conclave, il n'était que cardinal diacre ; il fut ordonné prêtre le 4 janvier, sacré évêque le lendemain et couronné, sous le nom de Grég'oire XI, dans la gTande Cha-

pelle du Palais, où il célébra l'office pontifîcalement. Tl parcourut ensuite, selon l'usag-e, toute la ville en g*rande cavalcade, tiare en tête ; le duc d'Anjou, frère du roi Charles V, tenait la bride du cheval.

Un de ses biog-raphes assure qu'il avait fait vœu, si jamais il devenait pape, de ramener le St-Sièg-e à Rome. En tout cas, il ne fît rien de nouveau au Palais d'Avig-non et se borna uniquement à l'entretien de ce qui existait. Aussitôt que l'été fut venu, il alla s'installer à Villeneuve, comme s'il voulait avoir le moins d'attachement possible avec le palais de ses prédécesseurs, qu'il était décidé à quitter définitivement. 11 est vrai que le séjour d'Avig^non était alors peu enviable. Pour la troisième fois depuis quelques années, la peste y sévissait, et Grég-oire XI était oblig-é de renouveler contre les ravag'cs des Gompag-nies les anathèmes de son prédécesseur.

Des ambassadeurs italiens venaient au contraire l'assurer fréquemment que tout chez eux rentrerait dans l'ordre avec la présence du Pape. Les Florentins, pour obtenir la paix, lui avaient député, comme médiatrice, la fille d'un teinturier de Sienne, déjà célèbre par ses extases prophétiques dans le couvent des Aug-ustines, où elle était relig-ieuse, et qui se disait envoyée de Dieu pour ramener le St-Sièg-e à Rome. On la log-ea, à Avig-non, dans un appartement du palais de la Motte dont il reste encore une tour et plusieurs bâtiments dans

les dépendances du lycée actuel, sui' la rue Prévôt. Bien que tenue à l'écart parles cardinaux, elle finit, dit-on, par impressionner le Pape en lui rappelant le serinent secret qu'il aurait fait de ramener le St-Sièg*e à Rome, et que personne ne pouvait connaître. Tout conspirait d'ailleurs au retour du Pape en Italie, et beaucoup s'y attendaient. Un continuateur de Barthélémy de Lucques raconte que, dans les couloirs du Palais d'Avig-non, le Pape croisa un évêque qui ne résidait g'uère dans son diocèse. « Pourquoi ne restez-vous pas dans votre égalise? dit Grég-oire XL » — « Et vous, Saint- Père, lui répondit l'évêque, pourquoi ne retournezvous pas à la vôtre ' ? »

Au commencement de l'année 1376, le Pape se décida irrévocablement, et rien ne put retarder son départ, qu'il avtiit fixé au 13 septembre. Un annaliste assure que la mère du Pape alla jusqu'à se coucher en travers de la porte pour l'empêcher de sortir, et qu'il passa outre '. « Quand il voulut « monter à cheval, dit un autre, la bête se cabra. « Le Pape eut g-rand peine à se mettre en selle ; (( quand on orriva sur la place du Marché (actuelce lement place de l'Horlog-e), l'animal ne voulut « plus avancer et il fallut en amener un autre... « Beaucoup dirent alors que ce départ pour Rome « était contre la volonté de Dieu ^ »

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