‹ Le Palais des Papes d'AvignonChapitre 85 sur 134 · Baluze · texte numérisé non relu

Baluze

Le roi fie France avait envoyé son frère à Avignon pour tâcher de retenir le Pape. Rien n'y fit. Le 20 septenil)re;, Grég-oire s'arrêta à St-Maximin en révérence pour Ste Madeleine ; le 22, il entrait à Marseille, et le 20 octobre, il prenait la mer, avec trente-deux g-alères et d'autres bateaux (|ue l'ordre des Chevaliers de St-Jean de Jérusaleni avait misa sa disposition.

La traversée fut exécrable. Il fallut relâcher à Villefi'anche, à Gênes, à Port-Dauphin, à Livourne, à Piombino, à Cornetto, et s'arrêter chaque fois assez longtemps pour laisser passer la tempête. Enfin, le 14 janvier, le Pape arriva à Ostie, remonta le Tibre avec ses g-alères, et le 17. il faisait son entrée solennelle à Rome*.

Mais après les premières expansions populaires, il connut bientôt qu'on l'avait trompé sur l'apparente soumission de l'aristocratie romaine. Habitués à commander en maîtres, les Bannerets, ou chefs dr'S douze rég-ions de Rome, n'avaient fait que le simulacre de déposer leurs bannières aux pieds du Pape. Us continuèrent à exercer leur autorité despotique, et ce fut encore pis dans le reste des terres de l'Ég-lise, où les populations étaient poussées à la révolte par les petits tyrans locaux, que le retour du Pape contrariait dans leurs exactions.

Gi^ég'oire XI eut beaucoup de peine à pacifiei*

1. Baiuze I, 454. — Ilinerariuiii Gregurii pp. XI, apud Bzovium, t. XIV, ann. 1377.

ces révoltes. Fatig*ué de tant de déceptions, et déjà miné par la maladie qui devait l'emporter, il avait prévu les périls auxquels rÉg-lise serait exposée apî^ès sa mort, si le conclave se tenait à Kome. Les BannereLs ne faisaient pas mystère (ju'ils étaient décidés à tout pour ne laisser nonuiier qu'un pape romain, ou au moins italien, qui leur laisserait rég*enter Rome avec l'assurance de g-arder le St -Sièg-e.

Grég^oire XI pressa alors secrètement ses préparatifs pour revenir à Avig"non, comme avait fait son prédécesseur. La mort ne lui en laissa pas le temps. Il voulut du moins parer aux dang*ers les plus pressants de sa succession. Il sig*na une bulle où il ordonnait aux cardinaux présents à Rome lors de son décès d'élire un pape au plus vite, sans attendre leurs collèg'ues absents, et en se réunissant où ils auraient meilleure sécurité, en ville, ou au dehors.

Le Pape mourut au Vatican le 27 mars 1378, âg^é de 47 ans. Il avait rég-né 7 ans, 2 mois et 17 jours. Cette fois le Palais d'Avignon semblait bien définitivement at)andonné. Il n'y avait pas d'apparence qu'un pape nommé à Rome vînt encore siég'er en France.

Le ScHsme d'Occident

Les craintes de Grég'oire XI sur les dang-ers de l'élection de son successeur n'étaient que tropTondées.

Le dimanche après la mort du Pape, le cardinal de Glandève (Bertrand Lag*ier) venait de dire sa messe à l'ég-lise de Ste-Gécile dont il était titulaire ; près de trois cents habitants du quartier l'entourèrent : a Nommez-nous, disaient-ils, un pape « romain ou au moins italien, car voilà soixanle- <( huit ans que notre cité est veuve... Si l'on s'obs- « tine à ne pas nommer un italien, il ne faut plus « dire la cour romaine, mais la cour d'Avig*non. » Le cardinal les eng'ag'eait à prier Dieu de susciter un bon pape, sans s'inquiéter de sa nationalité ; mais un des assistants, irrité, s'écria : « La vérité, « la voici : depuis la mort du pape Boniface, la « France se g'org'e de l'or de Rome et de l'Italie ; « c'est notre tour maintenant, nous voulons nous {( g'org'er de l'or français * ! »

1. Déposition de Martinez d'Urduna, chanoine de Tolède, dans Baluze, I, 1073. "' '"'

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Ce fut bien pis au Vatican lorsque, après la neuvaine rég*lementaire, le conclave s'ouvrit le 7 avril 1378. Si vous ne nommez un pape romain ou italien, vous serez tous tués, criait la populace à l'entrée de chaque cardinal. Les conclavistes firent d'abord bonne contenance et protestèrent qu'ils éliraient celui que le Saint-Esprit désig-nerait. Mais les préliminaires des délibérations commençaient à peine qu une députation des Bannerets venait leur dire : (( Dépêchez-vous, Pères saints, avisez qu'on ne « fasse vos têtes plus roug-es encore que vos cha- « peaux ! » Le cardinal d'Aig-refeuille avait beau répéter : « Seig^neurs romains, si vous nous pressez « de telle sorte, vous ne réussirez qu'à vicier l'élec- « tion : vous croirez avoir un pape et vous n'aurez « qu'un intrus ' » ; l'émeute g'rossissait au son du tocsin et bientôt les portes furent enfoncées.

Quelques conclavistes proposèrent un simulacre d'intronisation du cardinal de St-Pierre ; mais celui-ci refusa avec indi^'iiation. Enfin, le péril croissant, l'archevêque de Barri, Barthélémy Prig*nano, fut proclamé pape ; puis chacun se sauva comme il put, au milieu de l'envahissement et du pillag*edu conclave. Le lendemain, on eut assez de peine à faire sortir du château St-v^ng'e douze cardinaux pour introniser Pri^nano, (|ui prit le nom d'Urbam VI ^

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