CHAPITRE QUATRIEME
lation des travaux considérables dans Tenccintc du palais, rarchitecte Chalgrin avait recueilli avec soin les boiseries et des panneaux qui ornaient jadis, entre autres appartements, l'oratoire et les archives de la régente Marie de Médicis. Il obtint en même temps l'autorisation de prendre dans les magasins du Louvre d'autres boiseries peintes en arabesques, qu'il avait, dit-on, l'intention de réunir et d'employer utilement au Luxembourg; mais ce projet resta sans exécution. Ce n*est qu'en 1817 que l'un de ses succès^ seurs eut l'heureuse inspiration de tirer de l'oubli, ou pour mieux dire de sauver d'une destruction complète ces précieux fragments, en les faisant servir à la décoration de la salle du Livre d'Or. Les principales peintures qui entrent dans cette décoration , fort remarquable sous le rapport de l'art, sont de différents maîtres *.
La salle dont il s'agit échappe à toute description ; on ne donnerait qu'une idée imparfaite du talent et du goût que l'artiste ordonnateur des travaux, feu M. Provost, a déployés dans une tâche difficile. Elle est l'objet d'une attention toute particulière de la part des étrangers qui visitent le palais du Luxembourg l
Je l'ai dit plus haut, les limites de cet ouvrage s'opposent à ce que je rappelle le souvenir de tous les faits qui ont eu lieu au Luxembourg. Aussi n'entreprendrai-je pas de rendre un compte détaillé des procès qui , sous la restauration de 1814 à 1830, ont été jugés dans l'ancienne salle des séances par la Chambre des Pairs, constituée en cour de justice ; ils sont au nombre de sept. Cependant l'un d'entre eux eut un trop grand retentissement et une trop déplorable cé-
^ Voir la Notice explicative des objets d*art.
^ Les travaux de toute nature exécutés pour la décoration de la salle du Livre d'Or ont coûté 57, (KH) francs.
lébrité pour être passé sous silence : celui du maréchal Ney, jugé en 1815, après les cent-jours.
Resté fidèle jusqu au dernier moment à l'Empereur, à qui il devait son élévation, le maréchal Ney avait ensuite accepté un commandement sous Louis XVIII, qui l'avait aussi élevé à la dignité de Pair. Chargé par ce prince de s'opposer à la marche de Napoléon, sorti de l'île d'Elbe au mois de mars 1815, Ney, entraîné par le souvenir du passé, a la faiblesse d'adresser à ses troupes, à Lons-le- Saulnier, une proclamation en faveur de Napoléon, et se réunit à lui à Auxerre, par une défection que devait peutêtre excuser la reconnaissance. Après la désastreuse campagne de Waterloo, où il acquit de nouveaux titres au surnom de brave des braves que lui avait donné l'armée , le malheureux maréchal est arrêté comme traître, par ordre de Louis XVIII, et traduit devant une commission militaire qui se déclare incompétente, puis devant la Cour des Pairs qui le reconnaît coupable à une immense majorité.
Pendant les débats de ce triste drame , le maréchal Ney avait pour prison l'ancien cabinet du bibliothécaire , situé à l'extrémité Ouest de la grande galerie des Archives du palais. La porte ouverte sm* l'escalier par lequel on le conduisait à l'audience, conserve encore le guichet en fer pratiqué alors pour donner vue dans la chambre du prisonnier. La veille de l'exécution de l'arrêt, le maréchal avait reçu les adieux de sa femme et de ses enfants : sa mort ne démentit pas le courage qu'il avait constamment déployé pendant sa longue carrière. Après avoir reçu les consolations de la religion, il descendit dans le jardin du Luxembourg où l'attendait une voiture de place. A l'instant d'y monter, le curé de Saint-Sulpice , qui s'était chargé de la douloureuse mission de l'assister, voulut se faire précéder par le maréchal : Montez le premier^ mon-sieur le curé, dit celui-ci^ f arriverai là^-haut avant vous. Il fut